Quand les décors ressuscitent

En réponse au gaspillage, le recyclage de matériaux et d’éléments de mise en scène s’organise. Et c’est dès la conception de ces projets qu’on doit y penser.

Pauline Bienfait
Maude Piette et son associée Alessia Guidoboni ont fondé “Magazzino” il y a un an.
Maude Piette et son associée Alessia Guidoboni ont fondé “Magazzino” il y a un an.

"Voici un escalier autoportant qui a servi au film de Dany Boon. Il est reparti depuis lors à la Chapelle Musicale de Waterloo le temps d’une soirée." Dans un ancien prieuré en bordure de la forêt de Soignes, des voix s’échappent de derrière la grande porte en bois. "Et là c’est le tapis du défilé de Stella McCartney en arrivage direct de la Fashion Week à Paris qui vient de s’achever."

Telle la caverne d’Ali Baba, la bâtisse imposante regorge de panneaux en bois, de châssis de fenêtres et d’autres formes intrigantes recouvertes de bâches. " Il pleut un peu à l’intérieur ", explique Maude Piette, scénographe et cofondatrice de Magazzino, un entrepôt qui récupère et stocke des matériaux et des éléments de décors.

L’objectif? Les remettre en circuit à destination de professionnels ou de particuliers. Si l’espace de stockage vétuste se veut provisoire, le projet, quant à lui, prône la durabilité.

Pour pallier la surproduction coûteuse d’éléments de décors, d’autres concepts similaires ont récemment vu le jour. C’est le cas de " InLimbo ", une plateforme en ligne, ou encore " Rotor ", destiné plutôt au monde de l’architecture. " Il y a plein d’initiatives qui se recoupent et c’est très bien. On a trop de matériel ", explique Maude Piette. Chez elle, pas de meubles vintages" prêts-à-monter "ni de décoration Ikea de seconde main. " Il faut être créatif et avoir l’habitude de travailler avec des matériaux utilisés. "

Une devanture de boutique a été imaginée pour les décors d’un film à l’aide de panneaux provenant de chez Magazzino.
Une devanture de boutique a été imaginée pour les décors d’un film à l’aide de panneaux provenant de chez Magazzino.

Le mythe de l’œuvre unique

La créativité, les étudiants en architecture d’intérieur à Saint-Luc (Bruxelles) n’en manquent pas. "Maude Piette est une de nos anciennes élèves. Elle a bien écouté le cours." Nathalie Borlée, directrice technique du théâtre de Liège et professeure, esquisse un sourire avec une pointe de fierté. Convaincue de l’importance de l’économie circulaire des décors, elle lui reconnaît un obstacle. "Un vrai frein aujourd’hui pour faire du réemploi, c’est l’attachement des artistes à cette idée de l’œuvre unique. Ce n’est pas évident d’accepter que l’œuvre sera réutilisée." Pour cette professeure engagée, les décors doivent être pensés intelligemment dès le départ de façon à pouvoir être facilement réutilisés.

En attendant de concevoir les décors écologiques de demain, ses étudiants de master 2 sont venus puiser dans le stock de Magazzino pour habiller leur exposition de fin de parcours. Une démarche réjouissante qui marque le début d’une nouvelle ère dans le domaine culturel.

Retrouvez l’interview complète de Nathalie Borlée :

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