Stéphane Guillon: «Être un humoriste qui fait peur ? C’est ma Légion d’honneur!»

Humoriste cinglant, et toujours réactif sur l’actualité, Stéphane Guillon sera deux soirs chez nous en octobre : à Liège dans le cadre du Voo Rire le mardi 18 et à Mouscron le vendredi 28. 

Xavier Diskeuve
Recueilli par Xavier Diskeuve
 Privé de radio et de télé, Stéphane Guillon s’exprime désormais surtout sur la scène.
Privé de radio et de télé, Stéphane Guillon s’exprime désormais surtout sur la scène.

Stéphane, il y a quatre ans, vous sortiez un spectacle qui s’appelait «Mes premiers adieux», vous aviez pressenti...l’épidémie de covid ?

Stéphane Guillon: Oui voilà ! J’avais été visionnaire (rire) Cela dit c’est un spectacle qui n’a presque pas été joué. On a fait Paris, puis l’épidémie est arrivée et on a perdu 40 dates en province.

Est-ce que le nouveau spectacle, "Guillon sur scène" est évolutif ? Des extraits parlaient de la campagne présidentielle de Macron, mais elle est finie à présent SG: En fait, il y a une partie dans le spectacle où je m’installe derrière un mange debout avec des notes, des articles. Et là je peux faire une sorte de revue de presse, être réactif sur l’actualité. Donc oui, dans ce sens le spectacle est évolutif.

Comme satiriste, chroniqueur de l’actualité, est-ce que ça vous manque les billets radio ou télé ? SG: Ce n’est plus de mon ressort. Cela me manquerait si on souhaitait que j’en refasse et que ce n’était pas possible. Il faut de l’envie et du désir dans les deux sens. La télé, pour moi, c’est un média finissant, les jeunes d’aujourd’hui regardent les choses sur le téléphone. Mais la radio, ça pourrait encore me tenter, il y a moyen de dire des choses. Vous savez, je suis retourné parfois les voir, à France Inter (NDLR: dont il a été viré avec fracas en 2010) puisque la direction y a changé, ainsi qu’à France Culture. Mais à chaque fois, ça a été des refus. Des refus un peu lâches d’ailleurs, parce que pas clairement dits et provoqués par une sorte de peur non dite que je leur inspirais. Oui, je suis tombé sur des gens qui ont peur de leur ombre et j’ai compris que je ne referais plus de radio.

Faire peur, pour un humoriste, c’est une forme de réussite quand même...SG: Oui, c’est ma légion d’honneur, voilà ! (Rires) J’ai eu des années fastes à France Inter, je me suis beaucoup amusé, j’ai été loin, trop loin peut-être, ont dit certains. Mais refaire ça en moins bien, ça ne m’intéresse pas, ce n’est pas dans ma philosophie.

L’affiche du nouveau spectacle qui s’arrête deux soirs en Belgique.
L’affiche du nouveau spectacle qui s’arrête deux soirs en Belgique.

Pourquoi les humoristes actuels, eux, et il y en a une kyrielle à France Inter, ne se font pas virer ? SG: Je n’en sais rien, et je n’aime pas dire du mal de mes collègues. Peut-être qu’ils sont prudents. Mais pour en revenir à mon cas, concernant France Inter, je n’ai jamais fait qu’appliquer le cahier des charges qu’ils m’avaient proposé. On m’avait dit "vas-y à fond, on te suit". C’est ce que j’ai fait, et c’est pourtant pour cette raison que mon collègue Didier Porte et moi on a été virés !

Les tribunaux ont d’ailleurs établi qu’il n’y avait eu aucune faute professionnelle dans votre chef…SG: Voilà. Et puis, malgré ma réputation de "méchant", je n’ai jamais été attaqué qu’une fois, par Dupont-Aignan (NDLR: à l’époque où il était d’accord de devenir le Premier ministre de Marine Le Pen, si elle devenait présidente). Bon, Dupont-Aignan, il y a longtemps qu’il nous a quittés! (rire) Et son procès à mon égard, il l’a perdu en première instance, en deuxième et en appel. Mais jamais il n’est venu en personne au tribunal. Moi j’y suis allé. Pourtant, à l’entendre, je l’attaquais dans son honneur. Cela valait de se déplacer non ?

Vous seriez donc un faux méchant ? SG: Ce n’est pas à moi de le dire, mais il y a une chose que je sais faire et d’autres pas, c’est m’excuser. Reconnaître que, par moment, à cause peut-être du succès des chroniques, je me suis pris au sérieux, j’ai joué au chevalier blanc. Tout ça je sais le reconnaître. Vous savez, il y a beaucoup de gens dans le métier qui sont totalement le contraire de ce qu’on dit d’eux. C’en est même assez fascinant. "Bigard est vulgaire", "Joey Starr est un bad boy", "Drucker est gentil", dit-on. La réalité est souvent bien différente. Il y a des gens qui ont été toute leur vie, professionnellement, des pourritures sur pattes et qu’on continue, même après leur mort, à célébrer pour leur gentillesse !

Un Joey Starr que vous côtoyez par ailleurs dans une série télé, "Le remplaçant" où il joue un enseignant…SG: Il a cette image de rebelle un peu bourru alors qu’en fait, c’est quelqu’un de singulièrement sensible, tendre même et attentionné.

Vous avez souvent dit vouloir faire davantage de cinéma, pourquoi ne vous écrivez-vous pas un film ? SG: Cela fait plusieurs années que j’y travaille. Mais ce n’est pas facile de faire aboutir un premier film. Et l’écriture scénaristique n’est pas chose aisée il faut l’apprendre patiemment.

 «Jouer, j’adore! Mon spectacle fait une 1 h 40, et ça ne me fatigue pas.»
«Jouer, j’adore! Mon spectacle fait une 1 h 40, et ça ne me fatigue pas.»

...Ou alors écrire une série ? SG: Même problème. Je ne veux pas me disperser. La scène me prend déjà énormément de temps. Je n’aime pas faire les choses à moitié.

Être en tournée, ça vous plaît ? Vous avez quelques dizaines de dates devant vous, mais qui vous obligent à traverser la France dans tous les sens...SG: Oui, les déplacements sont l’aspect le plus éprouvant. Mais compte tenu de l’embouteillage de spectacles qu’a généré la fin de l’épidémie de covid, je suis content d’avoir une tournée copieuse. Car ce n’est que du plaisir ! Jouer, j’adore. Mon spectacle dure 1 h 40, j’ai l’habitude de le faire... je ne sens pas la fatigue.

Que faites-vous quand vous ne faites rien ? SG: C’est extrêmement rare ! Je tiens de ma mère d’être toujours en activité. À part m’arrêter pour écouter de la musique, je suis sens cesse occupé. D’ailleurs, sur les tournages de film ou de feuilleton, j’ai eu beaucoup de mal au début avec les longues attentes entre les prises. J’ai dû apprendre la patience.

Quand on y pense, Eric Zemmour et vous, vous avez débuté de la même manière, dans la même émission. Il y en a de vous deux qui a mal tourné, non ? (Rire)

SG: Alors de fait, je pense n’avoir aucun point commun avec lui, à part ce point de départ. C’est un garçon qui a dérivé vers le sordide et le ridicule et qui ne cesse de s’y enfoncer, et va certainement s’enfoncer encore. C’est un spectacle assez fascinant.

Stéphane Guillon sur scène : le mardi 18 octobre au Trocadero de Liège et le vendredi 28 octobre au Centre Culturel M. Staquet à Mouscron

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