Catel, Ethan Hawke, Zidrou, etc.: nos 11 coups de cœur (ou de griffe) BD du 7 octobre

Le jeudi, c’est le jour de notre sélection bande dessinée. Avec, cette fois, la première réalisatrice de l’Histoire du cinéma, du pétrole iranien et des baleines qui volent. Entre autres plaisirs. Bonnes lectures.

Michaël Degré, Alexis Seny & Élise Lenaerts
Catel, Ethan Hawke, Zidrou, etc.: nos 11 coups de cœur (ou de griffe) BD du 7 octobre
«Meadowlark», Robinson, 2021.

1Alice Guy

 Casterman
Casterman

Le résumé de l’éditeur

En 1895, à Lyon, les frères Lumière inventent le cinématographe. Moins d’un an plus tard, à Paris, Alice Guy, 23 ans, réalise La Fée aux choux pour Léon Gaumont. Première réalisatrice de l’histoire du cinéma, elle dirigera plus de 300 films en France.

En 1907, elle part conquérir l’Amérique, laissant les Films Gaumont aux mains de son assistant Louis Feuillade. Première femme à créer sa propre maison de production, elle construit un studio dans le New Jersey et fait fortune. Mais un mariage malheureux lui fait tout perdre.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): PIONNIÈRE

Après Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges et Joséphine Baker, Catel et José-Louis Bocquet se penchent sur le destin incroyable de la première réalisatrice de l’Histoire du cinéma.

Une femme qui, en plus d’être une pionnière, abordait déjà, à l’époque des frères Lumière et de Georges Méliès, de vrais sujets de société, à l’instar de l’avortement ou des inégalités entre hommes et femmes.

Une vraie belle biographie.

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2Chen et les enfants perdus

 Glénat
Glénat

Le résumé de l’éditeur

Chine, 2089. La politique chinoise de l’enfant unique a eu des conséquences catastrophiques: les femmes ne représentent dorénavant plus qu’un pourcentage inférieur à 1% de la population.

Devenues marchandises inestimables, elles sont la proie de milices clandestines qui organisent des rapts sur l’ensemble du territoire. Piao, la sœur de Chen, est l’une des nombreuses victimes de ces expéditions. Chen assiste impuissant à l’enlèvement de sa petite sœur et garde de cet événement une colère vive qui ne demande qu’à être consumée.

C’est le début d’une enquête à couteaux tirés, brutale et fulgurante, la course désespérée d’un homme qui n’a plus rien à perdre.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): AGAÇANT

Dans la Chine de la fin du XXIe siècle, les femmes ne représentent plus qu’1% de la population et font l’objet des pires trafics. Chen est ainsi à la recherche de Piao, sa petite sœur, enlevée sous ses yeux.

Un récit futuriste très noir gâché par un nombre assez incompréhensible de… fautes d’orthographe, surtout dans sa dernière partie. Agaçant et surprenant de la part d’un scénariste aussi chevronné que Ducoudray.

3Meadowlark

 Robinson
Robinson

Le résumé de l’éditeur

Au Texas, dans la petite ville tranquille de Huntsville, Jack «Meadowlark» Johnson et son fils Cooper vont partager une journée épique. Cooper va devoir se confronter aux choix calamiteux de son père et lutter pour sa survie.

Emportés dans un tourbillon de violences, le père et le fils vont, soudés, faire face à l’adversité et nouer une relation aussi dysfonctionnelle qu’émouvante.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): VIVIFIANT

Bien plus infaillible dans les histoires qu’il scénarise que dans ses choix de rôle au cinéma, Ethan Hawke nous entraîne dans la cavale d’un père et son fils, pris en sandwich entre les soucis et des évadés de prison qui ne font pas dans la dentelle.

C’est âpre, brutal mais aussi vivifiant.

4Chroniques diplomatiques

 Le Lombard
Le Lombard

Le résumé de l’éditeur

Téhéran, 1953. En nationalisant les puits de pétrole, le Premier Ministre Mossadegh a totalement rebattu les cartes… et excité les convoitises!

La France a misé sur son plus jeune ambassadeur, Jean d’Arven. Fin connaisseur de la région, il mène le bal diplomatique tandis que dans les coulisses, son ami Jacques se salit les mains pour la cause.

Mais ils sont loin de se douter que les Américains s’apprêtent à écrire une nouvelle page des relations internationales: le coup d’état intérieur.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): CLASSIQUE

Iran, 1953. Mossadegh, premier ministre, tente de relancer l’économie du pays en s’appuyant sur ses ressources pétrolières, tout en composant avec les appétits étrangers, notamment français. Captivant, mais un peu soporifique sur la longueur en raison du dessin très classique de Simon.

5Kill Annie Wong

 Sarbacane
Sarbacane

Le résumé de l’éditeur

À Chogsu Siti, mégapole coréenne tentaculaire, au bord de l’implosion, où politique rime avec crime organisé, vit Enzo, 24 ans, muet et tueur à gages ultra performant.

Enzo a deux passions dans la vie: Le grand bleu, et la voix d’une mystérieuse chanteuse dont il se repasse le morceau en boucle quand il massacre des anonymes pour le compte de ses clients.

Sa dernière mission qui lui vient tout droit du chef de la police: s’en prendre à ce salaud de Mon-Sik, gangster qui veut détrôner la puissante maire aux élections, en attaquant sa petite copine.

Mais voilà, alors qu’Enzo s’apprête à passer à l’action, il s’aperçoit que sa cible est en fait la cantatrice qui se cache derrière la voix qu’il aime tant. Pour Enzo, c’est le dilemme: tuer ou sauver Annie Wong?

Notre avis en un mot (puis quelques autres): ENLEVÉ

Un tueur à gages qui défaille et s’enfuit avec sa cible, on a déjà vu ça. Pourtant, quand le criminel est muet et non dépourvu de sentiments, ça change la donne.

Et la violence peut faire place à un peu de douceur dans ce monde de brutes. Enlevé.

6Infidel

 Urban Comics
Urban Comics

Le résumé de l’éditeur

Lorsque Aisha, jeune musulmane, emménage dans un nouvel appartement, ses nuits sont perturbées par des cauchemars terrifiants.

Elle découvre cependant que les démons qui peuplent ses rêves ne sont pas le produit de son imagination mais révèlent un mal plus grand, tapis derrière dans les murs de cet immeuble où un drame a eu lieu quelques mois plus tôt.

À leur tour, les voisins d’Aisha se retrouvent victimes d’entités qui ne se nourrissent pas de la peur, mais de la xénophobie.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FOUILLIS

Mêler horreur fantastique et racisme, ça s’est déjà vu mais rarement de manière aussi dérangeante que dans cette mini-série.

Sur les stigmates d’un attentat qui a laissé bien des monstres tapis dans l’ombre, c’est tout un immeuble et la psychologie de ses habitants qui sont explorés.

Le texte est parfois peu compréhensible. Problème de traduction?

7La baleine blanche des mers mortes

 Bamboo
Bamboo

Le résumé de l’éditeur

Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts. Dans un monde changé en désert, la mer fantôme revient hanter les hommes.

Paris en ruines tremble sous l’ombre d’une baleine blanche et seuls les musiciens de l’Opéra parviennent à canaliser sa fureur en jouant pour elle. Jusqu’au jour où deux voyageurs s’en mêlent: une femme qui danse avec les méduses et un homme au passé trouble.

Sont-ils du côté des survivants ou de celui des spectres?

Notre avis en un mot (puis quelques autres): BIZARRE

Dans un monde où les océans se sont évaporés, des «mers fantômes», et les animaux qui les peuplaient, reviennent hanter et décimer l’humanité.

Une sorte de fable écologique fantastique difficile à suivre. Pas illisible, mais bizarre.

8Gérald (T.2)

 Michel Lafon
Michel Lafon

Le résumé de l’éditeur

Gérald est de retour! Il prend toujours tout au premier degré. Absolument tout.

«Que ta vie soit belle, que tes amours soient fortes, que tes aventures soient bonnes»: voici le mot que lui a laissé son grand-père. Un message qu’il prend évidemment au pied de la lettre et qui le pousse à partir dans un voyage où il n’est malheureusement pas le bienvenu…

Gérald, un personnage drôle et mouvant!

Notre avis en un mot (puis quelques autres): EMBARRASSANT

C’était prévisible. La force des bonnes idées, c’est parfois de ne pas en abuser.

Avec ce deuxième tome des aventures de Gérald, l’homme qui prend tout au premier degré, Léopold Lemarchand touche déjà les limites de son comique de situation et des quiproquos que le super – (pas)pouvoir peut générer.

Embarrassant.

9Amore

 Delcourt
Delcourt

Le résumé de l’éditeur

Séduction, tentation, passion, séparation… réchauffés par le soleil de l’Italie, Zidrou et David Merveille composent une superbe symphonie amoureuse en 9 mouvements.

On ne présente plus Zidrou, il a ce pouvoir, rare, de provoquer des émotions, de remuer vos sentiments… Avec Amore, il a cousu sur mesure pour son dessinateur épris de culture italienne, une de ses plus belles œuvres.

Qu’elles finissent mal, qu’elles finissent bien, impossible de rester de marbre devant ces histoires d’amour portées par l’immense talent pictural de David Merveille.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): ZIDROUESQUE

Zidrou revient aux histoires courtes et explore, sur dessin de Jacques Merveille, une thématique universelle: l’amour. Neuf historiettes, donc, à travers lesquelles il déploie peu de mots et d’effets, et revient à la poésie surannée de ses débuts dans la bande dessinée réaliste.

Le meilleur Zidrou depuis longtemps.

10Bob Denard, seigneur de la guerre

 Glénat
Glénat

Le résumé de l’éditeur

De braves gaillards comme Robert Denard, on n’en fait plus. Depuis tout petit, ce grand rêveur a la bougeotte et ne pense qu’à s’évader loin des terres de Gironde où ses parents se sont embourbés. Ce qu’il attend de la vie, c’est qu’elle soit riche, plurielle, palpitante…

Pendant les années de la Seconde Guerre mondiale, Bob est trop jeune pour pouvoir vraiment participer, pourtant, l’excitation et l’adrénaline qu’il recherche tant, il les pressent dans ce conflit. Alors en 1946, à 16 ans, il s’engage dans l’armée.

Mais Robert est un électron libre, violent, inconséquent et indiscipliné: il ne correspond pas tout à fait au profil type du bon soldat.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FIN

Indochine, Yémen, Congo, Gabon, Rwanda, il n’y a pas un conflit où le mercenaire français Bob Denard n’a pas trempé.

Avec un humour acide qui contraste avec des dessins éclatants, Olivier Jouvray retrace le parcours de cette figure controversée. Il soulève par là l’absurdité de la guerre et tacle au passage l’implication des grandes puissances coloniales.

C’est fin, didactique juste comme il faut et férocement intelligent.

11Aimer pour deux

 Bamboo
Bamboo

Le résumé de l’éditeur

Monique a 20 ans et ne rêve que de s’émanciper. En 1941, elle débarque dans un Paris occupé et découvre l’euphorie de la capitale. Elle fait la connaissance de Francis, l’épouse sur un coup de tête et donne naissance à Nicole.

Mais Monique cherche à comprendre comment elle doit aimer sa propre fille, cette enfant innocente qui la prive de sa liberté…

À la Libération, Monique rencontre un officier américain et découvre le grand amour. Pour vivre sa passion, la jeune femme décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille et l’abandonne à son père.

Dorénavant, la mère et la fille sont faites pour se chercher, se rater, se retrouver. Une histoire bouleversante inspirée de la vie de l’auteur.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): STÉRILE

Dans le Paris de la libération, Monique, la petite vingtaine, décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille pour obtenir le droit de divorcer de Francis, son mari.

Un choix douloureux, raconté à coups d’allers et retours dans le temps par un Desberg qui s’applique, mais ne parvient jamais à nous toucher avec cette histoire dont les dialogues prennent souvent la pose, et pour ne pas nous dire grand-chose.

Une démonstration de grands sentiments stérile, malgré le dessin léché du Hollandais Emilio Van der Zuiden.