Grzegorz Rosinski : « La peinture m’a sauvé »

Alors que sort la «Jeunesse de Thorgal», le dessinateur historique du héros viking entend consacrer plus de temps à ses autres activités.

Céline Fion

Médaille d’officier des Arts et des Lettres fraîchement reçue, rétrospectives prestigieuses dont une très belle exposition à Versailles en cours, musée dédié à venir,… À 71 ans, Rosinski voit l’ensemble de sa carrière saluée de toute part mais conserve un seul objectif se «mettre en danger».

Fallait-il s'attendre à autre chose de la part d'un homme qui décida de devenir bédéiste dans une Pologne natale qui ignorait presque jusqu'à l'existence du phylactère? Il a fallu échapper au renvoi des Beaux-Arts: «dessiner des Mickeys c'était mal vu» et envoyer les planches des premiers Thorgal de Varsovie à Bruxelles « heureusement, il n'y avait pas de politique, de sexe ou de violence gratuite, on me laissait poster mes dessins» se souvient Grzegorz Rosinski.

« Je n’ai plus rien à apprendre »

Des années après l'immigration en Belgique et le sixième album écrit dans le grenier du scénariste Jean Van Hamme, une trentaine d'albums a été publiée, jusqu'en Europe de l'Est. Plus grand ennemi du dessinateur dans l'univers du viking qu'il continue d'affectionner: l'ennui. « Je n'ai plus rien à apprendre de la technique classique» assure le bédéiste «Ça n'a plus aucune utilité, je suis passionné de sujets dans lesquels je peux apprendre, sentir une inquiétude, ne pas maîtriser. C'est ma seule motivation de création».

Comme dans ses captivants détours à la Western, Rosinski est donc passé à la couleur directe, ou plutôt à «l'image simple, au tableau» pour ne pas utiliser ce terme de pur BD que l'illustrateur déteste. « Je voulais passer à autre chose et, au-delà de la série, la peinture m'asauvé.» se souvient Rosinski «Après la mort de ma femme, c'est ça et les grands tableaux historiques que j'ai fait pour le Cinquantenaire qui m'ont redonné le goût des choses »

« Continuer sans moi »

Une technique au pinceau, proche de la matière, qui se révèle particulièrement chronophage sans compter l’envie de vivre au-delà de Thorgal. Mais lecteurs et éditeur aiment à découvrir régulièrement de nouvelles aventures de la saga aux multiples facettes.

La solution? Les mondes de Thorgal, séries parallèles imaginées il y a de nombreuses années et dont la sortie a été facilitée par le départ du scénariste historique, qui a récemment vendu ses droits. «Il y a très longtemps que je souhaitais faire vivre des personnages secondaires dans d'autres séries dessinées par d'autres, créer ses déclinaisons» raconte le dessinateur, ravi de confier son héros à d'autres: «Ça me permet de faire plaire aux lecteurs, de permettre à l'univers de continuer à exister, même sans moi. En plus De Vita et Surzhenko, ils sont plus modernes, ils sont meilleurs et plus forts que moi

« Bof »

Après les séries Kriss de Valnor et Louve c'est au tour de la Jeunesse de Thorgal de faire son apparition en librairie. Persuadé que ces déclinaisons permettront à Thorgal de «vivre éternellement », Grzegorz Rosinski se souvient également d'une anecdote qui interpellera peut-être les sceptiques: «La toute première critique que j'ai lue sur Thorgal, c'était "Bof". Et j'étais très content parce que je ne savais pas du tout ce que ça voulait dire, on ne trouvait ça dans aucun dictionnaire de traduction. Je me disais que ça devait être bien. Pourtant, très vite, les lecteurs en ont demandé encore et encore… »

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