article abonné offert

METTET

Mettet: Théo Doneux, 20 ans, gère déjà sa boutique

Mettet: Théo Doneux, 20 ans, gère déjà sa boutique

Théo Doneux n’avait que 19 ans quand il a ouvert son «Aveve», rue Hennevauche à Mettet. ÉdA – 501856104882

Et c’est une grande boutique: 800 m2, sous l’enseigne Aveve. À seulement 20 ans, grâce au précieux compagnonnage de ses parents, Théo peut déjà exercer un métier d’indépendant.

Bong sang ne peut évidemment pas mentir. Théo Doneux, fils, petit-fils et même arrière-petit-fils d’imprimeur, a toujours su qu’il était destiné à exercer une activité d’indépendant. Tant et si bien qu’à seulement 20 ans, l’âge de tous les possibles et de tous les amours, ce jeune homme a ouvert, rue Hennevauche, à Mettet, un magasin de 800 m2. Sous quelle enseigne? Aveve, une chaîne de grande distribution belge spécialisée dans les secteurs de la jardinerie, des animaux et de la boulangerie-pâtisserie. Entre autres articles de qualité made in Belgium, la farine est l’un de ses produits phares, avec de l’alimentation pour poules et chevaux.

Destiné au métier d’indépendant, oui. Diplômé en Industrie graphique de l’IATA - (l’Institut des Arts Techniques, sciences et Artisanats de Namur)-, il n’était par contre pas écrit qu’il deviendrait un franchisé du groupe écologiste Aveve. Au départ, Théo avait pour seule ambition de reprendre l’imprimerie parentale, "mais on ne voulait pas qu’il s’investisse dans un métier attaqué par l’internet et se digitalisant fort", souligne son papa, Christophe Doneux, dont l’entreprise compta un temps 15 personnes, avant qu’il n’en réduise la voilure pour se recentrer sur l’encre et le papier. Avec lui et son épouse Christel, ils ne sont désormais plus que 7 à concevoir les mises en page et à faire tourner les machines.

Cette correction de trajectoire économique tomba à pic pour l’aîné de cette famille de trois enfants. Sorti de rhéto (à l’IATA donc), Théo n’avait plus envie d’école tandis que le bâtiment abritant l’imprimerie était désormais trop grand. Un autre astre céleste s’aligna bien: "On avait eu vent qu’Aveve recherchait un franchisé sur Mettet", précise Christophe Doneux.

"Je n’aurais pas pu vendre des vélos, ça non, mais comme j’aime la nature, les plantes, les animaux, je m’y suis intéressé. Je suis parti de zéro. C’est un défi à relever de devoir tout apprendre", raconte humblement le jeune homme.

 

Le deuil de l’Amérique

 

L’Aveve de Mettet occupe 800 m2 de l’imprimerie. Seule une épaisse cloison sépare ces deux activités qui n’ont rien à voir entre elles. Des rayonnages, et tout ce qui constitue un magasin, ont garni cet espace de béton brut autrefois dédié au stockage du papier.

Le jeune Théo réalise que, sans l’apport immobilier de ses parents, il ne pourrait juste pas être ce très jeune commerçant qu’il est devenu comme par magie, même en rêve. Acheter un terrain, y construire dessus un hall de type industriel, représenteraient au moins 1 million d’€ d’investissement. "Il n’y a pas beaucoup de banquiers qui le suivraient", complète Christophe Doneux.

Depuis presque un an, le garçon ne ménage pas sa peine pour saisir cette chance. Il progresse du compagnonnage bienveillant de ses parents, qui ne sont jamais physiquement loin pour lui filer un coup de main occasionnel. "On le remplace parfois. Je fais sa comptabilité par exemple, mais on ne pourrait pas tenir ce magasin sans lui. En presque un an, il connaît ses produits, il a déjà acquis une expertise", précise Christel, sa maman. Théo est seul aux commandes, au four et au moulin, pour gérer ses stocks au jour le jour, et réceptionner les livraisons deux fois par semaine. "Il y a des moments plus stressants, dans le relationnel", souligne Théo, comme quand il doit régler des problèmes avec une clientèle insatisfaite ou tatillonne. À 20 ans, il a l’avenir devant lui pour gagner en assurance.

Est-ce difficile d’être déjà aussi professionnellement engagé, à 20 ans? Il ne nie pas qu’il sacrifie ses belles années à l’âpreté du monde du travail et à ses exigences, dont celle de la rigueur, du don de soi, quand d’autres découvrent le monde. "Si nous avions ouvert le magasin un an plus tard, je serais allé apprendre l’anglais aux États-Unis, mais une opportunité s’est présentée, à ne pas rater". Ayant renoncé à l’appel de l’Amérique, il pourrait se sentir coincé à Mettet. Éprouver ce sentiment d’être fait comme un rat. "Tous les jours, de 9 à 18 h, excepté le dimanche, mon seul jour de congé, je dois être dans mon magasin. Mais je le vis bien. C’est mon choix. J’en suis heureux", assure-t-il. C’est qu’il a toujours vu ses parents plus souvent dans leur entreprise qu’en villégiature ou en repos.

Avec l’énergie folle de ses 20 ans, il se donne trois ans pour mettre son commerce sur une belle orbite, et se fidéliser une aimable clientèle.

Exploiter un commerce exige un autre renoncement: celui de la fièvre du vendredi soir. "Ou je ne sors pas, ou je fais le choix d’être raisonnable. Si les copains tiennent jusque 4 h du matin, moi pas, je dois revenir beaucoup plus tôt pour dormir."

 

 

Vite Dit

 

 

Maredsous

 

Le travail, ça se travaille. Ainsi, le jeune Théo, dès 16 ans (15 ans est l’âge minimum pour travailler) a fait ses armes au centre d’accueil Saint-Joseph de Maredsous. Il y a un peu tout fait, du débarrassage des tables à la préparation des commandes au comptoir. Tout qui connaît l’affluence à Maredsous peut convenir que Théo y est allé à bonne école.

 

Anno 1888

 

Chez les Doneux, on a l’agriculture dans le sang. On est aussi imprimeur de père en fils, depuis plusieurs près de… 130 ans. Quand Christophe Doneux a repris l’imprimerie de son père, le fondateur d’Apple, Steve Job, l’avait déjà bien révolutionnée. Dans un monde en mutation accélérée, le jeune Théo, lui, ne l’aura donc pas reprise. Dans le bureau, le portrait encadré d’un homme en noir et blanc attire le regard. C’est le fondateur, Victor Pierret. Originaire de Beauraing, il est venu s’installer à Saint-Gérard, pas pour sa beauté pittoresque mais parce que s’y trouvait un négociant en vins et spiritueux, un certain Gilbart. "Il y avait du travail pour imprimer les étiquettes à coller sur mes bouteilles."

 


Nos dernières videos