TATOUAGE

Privés de leurs encres, les tatoueurs ne sont pas d’accord: "Plus dangereux de fumer, de boire ou d’aller manger chez McDo" (vidéo)

Depuis le 4 janvier, les tatoueurs ne peuvent plus utiliser certaines encres. Celles-ci sont jugées trop toxiques pour la santé.

Sur la place du Jeu de balle dans les Marolles bruxelloises, alors que les brocanteurs terminent de ranger leur brol, le store rose de la Boucherie Moderne, une adresse désormais réputée dans le monde du tatouage en Belgique, s’entrouvre lentement. Minutieux, à l’étage, Angelo Bedani, l’un des tatoueurs de la maison, est occupé à désinfecter son espace de travail, avant de préparer les encres nécessaires au premier dessin de la journée. "Mais depuis ce lundi, il m’est interdit d’utiliser certains pigments", précise celui qu’on appelle aussi Gamma GT dans le milieu.

Dans un tatouage, on parle de dose microscopique. Or, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucune corrélation entre les encres de tatouage et le cancer.

Depuis ce 4 janvier, une réglementation européenne interdit en effet certains pigments colorés dans l’encre de tatouage. Au total, ce sont 25 pigments, notamment différentes teintes de rouge, d’orange et de jaune, qui ont été interdits et plus de 4 000 substances ont, elles, été ramenées à de faibles seuils.  "Certains produits présents dans les doses pourraient éventuellement avoir des effets néfastes, précise le tatoueur. Mais dans un tatouage, on parle de dose microscopique. Or, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucune corrélation entre les encres de tatouage et le cancer. Tout au plus peut-on observer des allergies, mais les cas sont extrêmement rares. À part si tu te fais tatouer dans une porcherie évidemment, je pense qu’il est plus dangereux de fumer, de boire ou d’aller manger chez McDo que de se faire un tatouage. "

En France notamment, le Syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT) pointe du doigt la méthodologie utilisée par l’Europe pour bannir certaines de ces substances, et notamment la comparaison avec des produits cosmétiques. " Comme si le tatouage était quelque chose qu’on s’injecte tous les jours, regrette Angelo Bedani. Et on ne parle que d’un picogramme d’encre sous la peau.C’est évidemment très bien qu’ils fassent des tests pour voir si c’est nocif ou non, mais c’est la façon de procéder qui nous étonne. "

Des nouvelles encres hors de prix et inconnues

Ce lundi, les tatoueurs ont donc dû mettre à la poubelle toutes les encres qu’ils utilisaient jusqu’ici pour les remplacer par des produits dont les tarifs ont considérablement augmenté. " Du simple au double bien souvent, s’étonne encore le tatoueur bruxellois. Puis nous allons devoir travailler avec des produits que nous ne connaissons pas. On va devoir essayer de trouver les mêmes couleurs, la même qualité, etc., mais pour le moment seulement certaines marques ont sorti leur nouvelle gamme. Le choix est donc très limité, les délais de livraison très longs, et surtout, je n’ai jamais testé ces autres encres donc je ne sais pas ce que cela donne dans la peau et le résultat une fois que c’est cicatrisé. "

Nous allons devoir travailler avec des produits que nous ne connaissons pas. On va devoir essayer de trouver les mêmes couleurs, la même qualité, etc.,

Pour le tatoueur bruxellois, c’est la mise en lumière actuelle du tatouage qui pousse l’Europe à légiférer. " Et à nous faire payer la note alors que nous appliquons déjà des règles très strictes, termine-t-il. Ils veulent mettre le monde du tatouage dans des cases, mais du coup, le tattoo perd son côté fun et un peu underground. Et forcément, l’augmentation du prix des encres va évidemment pousser les tatoueurs à augmenter leurs prix. "

Forcément, l’augmentation du prix des encres va évidemment pousser les tatoueurs à augmenter leurs prix.

De nouvelles règles qui vont faire
proliférer les tatoueurs clandestins

Selon les tatoueurs, dans leur salon, le danger est ailleurs que dans les encres. " L’hépatite, le HIV, les streptocoques ou autant de maladies qui peuvent se transmettre dans un espace de tatouage, glisse Angelo Bedani. Mais normalement, si vous vous faites tatouer dans un bon shop qui suit bien les règles d’hygiène, il n’y a aucun risque. Nous devons en effet suivre des règles déjà très strictes et nous faisons déjà attention à tout. Beaucoup de choses ont déjà été mises en place et du coup, on se pose la question de savoir à qui ces nouvelles règles vont profiter, à part, justement, se faire du fric sur notre dos."

Si vous vous faites tatouer dans un bon shop qui suit bien les règles d’hygiène, il n’y a aucun risque.

Contraints de fermer leurs portes un long moment à cause du Covid, les salons de tatouage estiment avoir déjà perdu beaucoup d’argent ces dernières années. " Parce qu’on nous a collé un peu trop vite l’étiquette de métier de contact, ajoute le tatoueur. Et surtout parce que le prix de tous nos consommables (gants, masques, etc.) utilisés au quotidien a triplé ces derniers mois. "

Le prix de tous nos consommables (gants, masques, etc.) utilisés au quotidien a triplé ces derniers mois.

Pour les tatoueurs, le combat mené par l’Europe risque d’avoir un effet néfaste pour les consommateurs. " Parce que les tatouages clandestins vont augmenter et il n’y aura, là, aucun contrôle possible ", assure Angelo Bedani.


Nos dernières videos