CULTURE

Denis Gerardy, directeur du Cirque royal: "Nous devons fermer sans avoir reçu la moindre explication"

Denis Gerardy, directeur du Cirque royal: "Nous devons fermer sans avoir reçu la moindre explication"

Le Cirque royal, salle emblélmatique de Bruxelles à la programmation éclectique: elle doit fermer en décembre et sans doute aussi en janvier car aucun spectacle de 200 places n’y est rentable. -BELGAn

"Arbitraire", "sans justification", "un désastre industriel"... La limitation des spectacles intérieurs à 200 personnes a assommé tous les directeurs de théâtres, d’opéras ou de salles de concerts de ce pays. Témoignage de Denis Gerardy, directeur du Cirque royal à Bruxelles et programmateur de festivals.

"C’est peu dire que nous sommes KO depuis vendredi. D’autant que nous n’avons reçu aucune explication étayée, ni aucune perspective. 200 personnes maximum? Pourquoi pas 300 ou 600? Ou, ce qui serait déjà plus acceptable, une limitation proportionnelle à la taille de la salle? "

Pour l’instant, le quotidien de Denis Gerardy, c’est de tenter de reporter tout ce qui avait été programmé au Cirque royal (2000 places assises) en décembre mais aussi janvier": " Car si on lit l’arrêté royal entre les lignes, on voit que les mesures de vendredi sont valables jusqu’au 28 janvier. Sans garantie… que ça ne soit pas prolongé ".

 

Ce n’est que du marchandage, parce que clairement, la culture, le monde politique s’en fiche

 

Il y aura donc des reports, essentiellement pour les chanteurs et humoristes. Par

Denis Gerardy, directeur du Cirque royal:
Denis Gerardy, directeur du CR depuis 2018 -
contre, des pièces de théâtre seront annulées: "On avait "Qui est Mr Schmitt?" avec Stéphane De Groodt et Valérie Bonneton. Mais il n’y a plus de date disponible sur la tournée, qui est limitée dans le temps. Et donc c’est supprimé".

Une catastrophe industrielle pour tout un secteur pourtant économiquement très porteur: "La culture, ça tourne, les gens sont friands de spectacles, ils réservent de plus en plus tôt. Cela représente une part importante du PIB. Mais là, on est en train de nous nuire à long terme, en désignant nos salles comme des zones de danger potentiel. On sentait d’ailleurs un net ralentissement dans les réservations depuis la reprise. Le public semble plus hésitant. Et avec les annulations à venir, c’est aussi tout le quartier à Bruxelles, cafés et restaurants, qui va à nouveau souffrir aussi, la mesure a des effets collatéraux".

 

Nous avions même fait testé deux fois 60 danseurs des Ballets russes pour éviter tout risque

 

Alors que s’est-il passé lors de ce Codeco controversé de vendredi? " À mon avis, ce n’est que du marchandage. Il fallait trouver des mesures et justifier la réunion. Tout en épargnant des secteurs économiques en permettant aux gens de continuer à aller chez Ikea, au foot, dans les grandes surfaces ou même sur les marchés de Noël. Et ça nous est tombé dessus comme ça. Parce que la culture, apparemment, ils s’en fichent. Je n’ai d’ailleurs vu aucun homme politique important regretter la mesure, ou avoir un mot de compassion pour notre secteur".

Pour le Cirque royal, c’est en effet fermeture obligée. "Et pourtant on sait que les spectacles assis, avec masque, ne sont pas des foyers de contamination. Cela vient très très loin dans la liste des activités "à risques". De plus, nous avons joué le jeu à fond. Investissements dans le système d’aération, suppression du bar les soirs du spectacle ce qui représente une perte de recettes, sans parler de mesures très strictes lors de l’accueil des artistes."

Au Cirque royal, lorsqu’un artiste et son équipe débarquent, en général tôt le matin, tout le monde est "vérifié " et personne n’entre sans un bracelet indiquant qu’il est "safe ". " On a instauré une tolérance zéro, même si je n’aime pas l’expression. Cela n’a pas toujours été facile, par exemple, avec ce ballet russe de 60 danseurs venu se produire récemment. Ils avaient été vaccinés au Sputnik, qui n’était pas référencé ici, ils n’avaient pas de QR code. Donc il a fallu leur faire passer des tests à toutes et tous et attendre les résultats avant qu’ils puissent entrer dans la salle et répéter. Ils sont restés quatre jours, et ont été testés deux fois".

 

Le problème du secteur culturel, c’est que nous sommes trop divisés, nous ne sommes pas un lobby puissant

 

Denis Gérardy estime donc que lui et ses collègues d’autres salles ont fait de leur mieux: " Le hic, c’est qu’on a imposé le CST tout en laissant totale liberté au public à l’intérieur, alors qu’il aurait peut-être fallu continuer à imposer le masque et le public assis. Parce qu’on le constate, la vaccination protège mais ne préserve pas totalement d’être contaminé ou de transmettre le virus".

La culture est donc laminée une fois de plus: "Peut-être que nous sommes mal représentés. Trop divisés, avec trop nombreuses fédérations et associations professionnelles. Cela semble donc plus facile aux décideurs politiques de nous brimer. Il n’y a pas dans le secteur culturel de lobbies puissants comme dans d’autres secteurs capables de manifester ou de paralyser le pays."


Nos dernières videos