BELGIQUE

Yves Coppieters au sujet de certaines mesures envisagées par le Codeco: "C’est une très mauvaise idée"

Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de Santé publique à l’ULB ainsi que Roland Lahaye, de la CSC Enseignement, étaient les invités de l’émission "Il Faut Qu’on Parle" ce vendredi matin sur DH Radio.

Ce vendredi se déroule un nouveau Comité de concertation. Il s’agit du troisième Codeco en trois semaines et celui d’aujourd’hui risque d’être très lourd au niveau des restrictions qui vont êtres imposées. Les experts du GEMS demandent d’ailleurs que les écoles primaires et maternelles ferment " pour 10 jours au moins ". Le secteur culturel devrait lui aussi prendre un coup, tout comme les marchés de Noël et peut-être l’horeca.

Pour Yves Coppieters, les mesures antérieures n’ont pas encore fait leurs preuves mais "il y a une demande pressante d’accentuer les mesures de manière plus forte, mais je ne pense pas que ce soit à tout prix nécessaire", regrette l’épidémiologiste. "Nous arrivons quand même au sommet de la vague actuelle comme on a pu le voir en Allemagne et au Pays-Bas, par exemple, pays qui ont déjà passé ce cap."

Le professeur de santé publique regrette donc que les grosses mesures soient prises à un moment où l’on constate un ralentissement dans l’augmentation des contaminations. "Ces mesures vont certainement accélérer la descente de la courbe, ce qui est sans doute très positif, mais peut-être que nous n’avons pas assez fait confiance aux mesures d’il y a 15 jours."

Yves Coppieters estime également que la fermeture des écoles, au niveau sanitaire, ne va pas changer grand chose. "La transmission du coronavirus va fortement diminuer chez les jeunes, où le taux de positivité est de 24% chez les 0-9 ans. Mais il faut aussi se dire que le taux de positivité est très important chez les 40-64 ans, qui représentent la population active. Là, on note 17% de positivité en plus par rapport à la moyenne des autres tranches d’âge. Ce ne sont donc pas que les ados qui sont fortement positifs mais aussi la population active."

Un problème d’anticipation est aussi à observer au niveau des écoles. "Je pense que l’impact du variant Delta sur la population a été sous-estimé et n’a pas été assez anticipé. Les écoles ont ensuite été débordées concernant les suivis de contacts et ce qu’il manque aujourd’hui, c’est une véritable stratégie de testing à mettre en place dans les établissement scolaires."

L’épidémiologiste estime aussi que les mesures préconisées par le GEMS ne sont donc pas bien ciblées. "Je pense que les mesures prises au début du mois de novembre étaient les bonnes. Les vraies mesures à prendre, c’est le télétravail, faire attention aux gestes barrières et diminuer ses interactions sociales dans la sphère privée. Viser l’horeca et le secteur culturel est une très mauvaise idée alors que nous voyons les premiers effets des mesures prises il y a 3 semaines aujourd’hui."

 

«On va encore me traiter d’expert de balcon»

 

Roland Lahaye, de la CSC Enseignement, estime quant à lui que les écoles sont actuellement contaminées par plusieurs maladies. "Nous sommes à une géométrie extrêmement variable. Des écoles sont très touchées et pas uniquement par le Covid mais aussi par la grippe, les gastro, les laryngites qui circulent beaucoup dans les écoles à cette période. Si l’on pouvait fermer les écoles là où il y a un haut taux de contamination et en épargnant toutes les autres, ce serait pour nous une opération qui serait plus porteuse."

Selon le représentant syndical des enseignants, la stratégie du gouvernement pour limiter le coronavirus dans les écoles a été une véritable cacophonie. "A un moment, il faut un message cohérent, parce que les gens ne s’y retrouvent plus, tout comme moi. Je ne souhaite pas une fermeture généralisée mais à un moment donné, 3 Codecos en 3 semaines, il faut arrêter et il faut une cohérence une bonne fois pour toute."

Yves Coppieters, qui rejoint l’avis de Roland Lahaye, estime quand à lui qu’il faut des mesures à moyen terme et pas dans l’urgence. "On va encore me traiter d’expert de balcon car je dis ça, mais il faut être honnête et la population a besoin d’une vision à moyen terme des mesures à mettre en place."

Concernant le port du masque à l’école, Roland Lahaye estime que cette mesure n’est pas assez efficace. "Je ne absolument pas contre le port du masque dans les écoles, car je préfère un port du masque que des fermetures généralisées, mais des études prouvent que cette mesure n’est pas assez porteuse. Les endroits où le masque est imposé dans les écoles, on ferme tout de même des classes. J’aimerai donc savoir la plus-value qu’il y a."

Suivre des cours en distanciel dans le réseau secondaire est aussi une très mauvaise idée selon Roland Lahaye. "Ce serait la catastrophe, on a vu ce que ça a donné et il faut arrêter de croire que tous les élèves sont équipés pour travailler à distance. Il faut aussi que les élèves aient un contact social."

 

«Il faut un GEMS qui soit beaucoup plus ouvert aux autres aspects de la société»

 

La solution, à l’heure actuelle, pour Yves Coppieters, est de réinstaller le baromètre. "Cela a été abandonné par le ministre de la Santé mais l’idée était très bien car c’était un indicateur qui nous montrait ce qu’il fallait faire et à quel moment il fallait le faire en fonction de l’évolution de l’indicateur. Il faut également, dans ce baromètre, ne pas reprendre uniquement les chiffres classiques de l’épidémie publiés par Sciensano. Il faut aussi prendre en compte les chiffres psychosociaux."

Si le GEMS est parfois critiqué, il n’empêche que cette structure reste très importante comme le fait remarquer l’épidémiologiste. Cependant, il faudrait élargir ce groupe d’experts en y intégrant des personnes ayant d’autres compétences dans le GEMS. "Il est composé de gens avec de très grandes compétences mais peut-être pas assez pluridisciplinaires. L’ancien groupe du Celeval l’était beaucoup plus. Le GEMS actuel est surtout fait de personnes issues du monde des soins de santé, d’épidémiologistes et de statisticiens. Il faut un GEMS qui soit beaucoup plus ouvert aux autres aspects de la société et l’élargir donc."



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