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TÉLÉVISION

François Pirette dans "Mad in Belgium" dimanche sur RTL TVI: "En Belgique, on ne fait rien comme tout le monde"

François Pirette teste un nouveau concept, qu’il espère voir durer avec d’autres humoristes à l’antenne. Fred Guerdin

François Pirette débarque avec une nouvelle émission dimanche soir sur RTL TVI. "Mad in Belgium" se veut un nouveau format télé, ouvert à d’autres artistes. Une nouvelle aventure pour l’humoriste qui figure aussi en couverture du "Petit Farceur 2022".

La dernière apparition de François Pirette à la télévision remontait à janvier dernier, avec le spectacle Sras et paillettes, sur RTL TVI. Une éternité pour les fans de l’humoriste. Mais le voilà de retour pour trois soirées ("et peut-être plus si j’ai encore de la matière") avec Mad in Belgium. Entretien téléphonique avec l’humoriste.

Quel est le principe de ce nouveau rendez-vous?

L’envie de départ, c’est d’avoir un rendez-vous plus fréquent, plus court et enregistré quasiment à flux tendu, pour mieux rebondir sur l’instant. En fait, cela fait des années que j’ai le privilège d’être programmé systématiquement en prime. Cela flatte mon ego, mais cela fait longtemps que je demande à la chaîne d’avoir un rendez-vous plus court et de descendre d’une case. Cela préserverait une case de prime le jour où le prétexte se présente. C’est aussi ce que je veux pour la suite, en espérant que cela ne soit pas trop contrarié par la situation qui part un peu en vrille. Ici, trois émissions sont prévues. Mais plutôt que d’enregistrer chaque émission avec un contenu propre, j’ai pris la décision d’enregistrer un maximum de temps utile devant le public, au moment où la fenêtre était encore ouverte.

Au départ, en cette année 2021, vous auriez aimé faire un reboot de votre 1er spectacle, 58 ans en 2021.

Ça, c’était complètement en dehors de ce projet. Cela fait déjà trois ans que j’ai cette date en tête. Mon premier spectacle s’intitulait «58 ans en 2021», car c’était l’âge que j’avais donné au personnage de François Pirette – qui bien malgré moi est devenu mon pseudonyme, et je le vivrai toujours très mal – car cela me paraissait tellement loin! C’était aussi une façon de dire que François Pirette, ce n’était pas moi… Mais là, j’y suis! (rires) C’était l’occasion en or… Mais bon, les circonstances ont fait que…

Mad in Belgium est un format dans lequel je peux me glisser, mais où d’autres humoristes sont les bienvenus.

Ce nouveau rendez-vous s’appelle «Mad in Belgium», jeu de mot avec «Made in Belgium»…

C’est un titre que j’avais dans mes cartons depuis très longtemps. Je crois que la première fois que je l’ai proposé, cela doit bien faire dix ans… Cela part du constat qu’on est complètement fou en Belgique. On ne fait rien comme tout le monde. Pour bien signifier le côté décalé de la chose, le «e» de Made est tombé, derrière le décor… Mais au-delà de ça, Mad in Belgium est un format dans lequel je peux me glisser, mais où d’autres humoristes sont les bienvenus.

C’est un format plus court, aussi…

Je pense que dans les prochaines années, ce qui va formater la façon dont on regarde la télé, ce sont les plateformes de streaming. Je pense que notre capacité d’attention va se conformer aux formats proposés par les plateformes. Et ceux-ci dépassent rarement les 50 minutes. Moi, mon but est d’arriver à 40 minutes. Car dans ce format-là, beaucoup d’autres humoristes peuvent venir s’exprimer. Peu d’humoristes sont capables de produire 90 ou 100 minutes, comme j’ai pu le faire. Je ne dis pas que je l’ai toujours fait brillamment, mais je n’ai fait que ça jusqu’ici. Si on ramène le format à 40 minutes, je me sens beaucoup plus motivé. C’est plus dynamique. Et puis je crois qu’il faut ouvrir la fenêtre à plein de gens… Mad in Belgium n’est donc pas un titre de spectacle, mais c’est une opportunité que je rêve de pouvoir ouvrir aux autres.

Cela a été enregistré où?

À Liège, chez mon complice Éric Marquis, qui fait tourner le Comédie central et le Comédie en île. C’est dans cette dernière que je me suis investi pour faire un outil d’enregistrement télé de comedy club. C’est d’ailleurs sous cette forme que j’ai travaillé, même si j’ai emmené les personnages que l’on connaît. On se trouve dans une formule beaucoup plus intimiste, beaucoup plus brute, beaucoup plus rock’n’roll. Tout est resté installé et d’autres y ont joué depuis.

Dans la bande-annonce de l’émission diffusée par RTL, on peut voir un extrait avec la maman de Nathalie qui évoque la vaccination. Votre spectacle va tourner autour de la pandémie?

Ce personnage, c’est une sorte de dénominateur commun supposé de la vie domestique en Belgique francophone. C’est du comique du quotidien. Elle me permet de raconter des situations délirantes. Mais je ne peux pas rebondir sur des choses trop anecdotiques. J’aborde donc ce qui rythme nos vies depuis deux ans… Tout est imprégné de ça. Passer à côté est difficile. Mais il y aura quand même des moments autres. Je me suis beaucoup amusé à me projeter avec mon personnage d’Amédée dans l’univers de la série coréenne Squid Game. C’est la première fois que je joue ce personnage sans son costume. Je me suis beaucoup amusé. À part quelques autres sujets anecdotiques, le reste du spectacle, c’est la pandémie. Cela aurait presque été une faute si j’avais évité le sujet. Le plus compliqué, au-delà de rire avec un sujet éminemment anxiogène, c’est d’être différent de ce qui a été écrit au quotidien par des dizaines de chroniqueurs dont c’est le boulot depuis deux ans. Sur France Inter, ils sont vingt tous les jours à s’exprimer sur le quotidien. Donc, le vrai problème, c’est «Qu’est-ce qu’on peut écrire de plus?» Heureusement, mes personnages me sauvent.

Si je n’avais pas d’autre choix pour nourrir ma famille, je le ferais. Mais non… Non, non, non, non!

Tiens, ce genre de chronique au quotidien, cela ne vous tente pas?

Je l’ai fait il y a longtemps, pendant deux ans chez Ruquier sur France Inter. J’écrivais deux textes par jour, dans une émission en public diffusée entre 11 et 13 h. Si je n’avais pas d’autre choix pour nourrir ma famille, je le ferais. Mais non… Non, non, non, non! Jamais plu! C’est une punition de faire ça. La radio, c’est ce qui a de plus dur. Ce n’est que de l’écriture. C’est un vrai job. C’est un mode de vie dont je ne veux plus. J’ai des enfants, une famille, et écrire au quotidien, c’est ne plus les voir et être tout le temps de mauvaise humeur car stressé. Comme j’habite en France, j’écoute souvent France Inter. Et ils ont toute mon admiration.

En plus, la chaîne est squattée par des Belges…

Oui, il y a Alex Vizorek, Charline Vanhoenacker que je n’ai jamais rencontrée, Guillermo Guiz… Alex a des auteurs, moi je n’en ai jamais eu, et certains se disent sans doute que j’en aurais bien besoin… Mais moi, le jour où je n’ai plus rien à dire, j’arrête. Je ne me sentirais pas légitime à dire des mots qui ne sont pas les miens. Je serais un très mauvais passeur de plat. Par contre, j’ai écrit des spectacles pour d’autres. Mais voilà… Encore une fois, j’applaudis la performance de Charline, Alex ou Guillermo, car c’est un «full-time job».

Sa tête sur Le Petit Farceur 2022: "Si un jour on m’avait dit que…"

Si vous êtes un habitué du calendrier humoristique Le Petit Farceur, peut-être avez-vous aperçu la tête de François Pirette sur la couverture de l’édition 2022. "J’ai été très surpris quand la maison d’édition Colin a pris contact avec moi. Au départ, ils voulaient juste mettre ma tête, ce que je n’ai pas voulu. Par contre, j’ai proposé de raconter douze blagues pour le 1er jour de chaque mois, et puis cela a été 52 pour finalement arriver à 365. Là-dedans, il y en a 52 que je pourrais encore raconter autour d’une table et toutes les autres sont des histoires que j’ai trouvées amusantes et pour lesquelles je ne rougirai pas de les dire… Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les oreilles."

Pour l’humoriste, cela lui rappelle des souvenirs d’enfance. "Le Petit Farceur est un objet culte en Belgique. C’est une espèce de madeleine de Proust. À l’école, en classe, on se battait pour arracher la page… Et à la maison, quand je faisais une bêtise ou que je racontais une bêtise parce que je n’étais pas rentré à temps pour dîner, ma mère me disait ‘Si je crois celle-là, tu m’en inventes une autre’, ou alors ‘Celle-là, tu la mettras dans Le Farceur. ‘ J’ai donc vu dans ceci une sorte du clin d’œil du destin. La phrase que j’ai sans doute le plus prononcé dans ma carrière, c’est: ‘Si un jour on m’avait dit que…’ Cela se vérifie encore une fois."

Ce n’est pas la première fois que l’humoriste fait la couverture d’un objet usuel du quotidien. En 2008, les Page d’or avaient choisi dix personnalités pour faire leur couverture, afin de célébrer leurs 40 ans. François Pirette avait été choisi pour le Hainaut. "Ce bottin était mon outil de travail quand j’ai commencé mes canulars téléphoniques sur Radio Deux. Je les empruntais à la téléphoniste car je n’ai jamais pu avoir mes propres bottins (rires). Ce qui est dingue, c’est que je ne l’ai plus. Ma mère en a gardé un, mais pas moi."

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