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CYCLISME

Quand peloton et société se rejoignent : la vision du "vélosophe"

Quand peloton et société se rejoignent : la vision du "vélosophe"

AFP

Guillaume Martin vient de publier son deuxième ouvrage : "La société du peloton".

Dans le peloton cycliste, il n’est certainement pas celui qui se manifeste le plus, encore moins, celui qui prend la parole pour contenter le plus grand nombre. Pourtant, Guillaume Martin est sans aucun doute l’un des coureurs les plus intelligents et qui est constamment dans la réflexion. Son master en philosophie l’aide à analyser les différentes situations et à relativiser par moments. Déjà auteur d’un premier ouvrage "Socrate à vélo", publié en 2019 et décrivant le Tour de France des philosophes, le Normand s’est consacré à l’écriture d’un second ouvrage intitulé "La société du peloton", traitant de la philosophie de l’individu dans le groupe. Cet essai philosophique, publié aux Editions Grasset, est actuellement disponible en librairie et sur les grandes plateformes de vente en ligne. "Je ne sais plus très bien quand m’est venue l’idée d’écrire ce livre. Cela vient sûrement d’expériences sociologiques du peloton ou de déceptions après avoir été dans une échappée, sans que cette dernière n’ait pu aller au bout, à cause d’une entente insuffisante, souligne le grimpeur de 28 ans. Je trouve sincèrement que le peloton est en quelque sorte le reflet de la société. Le propos est de faire le grand écart entre le microcosme, le peloton et ce qui se passe dans la société. En fait, j’essaie de faire un parallèle entre les enjeux collectifs d’un peloton avec ceux de la société. Par exemple, en abordant le réchauffement climatique. On sait tous qu’il faudrait collaborer mais chacun privilégie ses intérêts personnels, et au final, on ne fait pas grand-chose. Chacun essaie de tirer la couverture à soi, pense à son petit confort personnel immédiat avant de penser au bien commun. Quand on voit aussi la problématique de la vaccination. Effectivement, en tant que jeune et en bonne santé, je n’ai pas spécialement besoin du vaccin mais il faut aussi qu’on œuvre pour l’intérêt collectif. Sinon, on n’avance jamais."

«Sport individuel pratiqué en équipe»

Les différentes classes sociales, les différentes personnalités, les qualités plus importantes chez certains par rapport à d’autres, les intérêts divergents, les statuts, cela fait du peloton un bon outil de comparaison avec la vie de tous les jours, lorsque tout un chacun doit accepter l’autre pour avancer.

On sait tous qu’il faut collaborer mais chacun privilégie ses intérêts personnels

"On est sur une corde raide. Ce n’est pas possible d’être égoïste à l’extrême, ce n’est pas non plus possible d’être trop altruiste. Je pense que la vérité se trouve entre les deux. Le cyclisme, comme la société, est selon moi des sports individuels pratiqués en équipe. Quand on naît, on vient ‘tout seul’, quand on meurt, on est parti tout seul. On est attaché à notre personnalité. Mais en même temps, on ne peut pas faire autrement que de vivre avec les autres, s’associer dans le travail, l’amour, etc. Il y a des similitudes avec l’insociable sociabilité chère à Emmanuel Kant."

Être un féru de philosophie offre un regard différent à Guillaume Martin, par rapport à ses coéquipiers et ses adversaires, mais parfois elle peut aussi le desservir. Avant-tout, le coureur de Cofidis est un garçon ambitieux et pour qui l’abandon ne fait pas partie du vocabulaire. "J’ai bien conscience que je ne suis pas le coureur le plus explosif du peloton. Même lorsque je suis à mon meilleur niveau, il y a plus fort que moi. Mais je suis un éternel optimiste, en plus d’être un épicurien. Je continue à croire à une grande victoire un jour. Je sais que je peux y arriver. Certains me disent que je dois abandonner mes idées de classements généraux. Je ne suis pas d’accord avec cela. Je ne suis pas ce genre de coureur qui peut gagner trois étapes après avoir connu une défaillance…"

Une vision réaliste

Bien qu’il pourrait adapter son programme pour tenter d’obtenir cette grande victoire, l’ancien fer de lance de Wanty-Gobert ne bouleversera pas son calendrier, au risque de ne pas s’épanouir comme il le souhaiterait. "J’ai déjà gagné des courses dans ma carrière. Mais pour gagner une étape sur un des trois grands tours, c’est parfois une question de circonstances et de réussite. Dois-je adapter ma carrière sur des choses abstraites? Je ne suis pas certain. Le concret est primordial."

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