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LIVRES

Les femmes, oubliées de l’Histoire

Les femmes ont fait l’Histoire, à toutes les époques. Un livre passionnant qui les remet à leur juste place.

L’Histoire avec un grand "H", c’est surtout celle des grands hommes. Pourtant, durant tous ces siècles, les femmes étaient bien là, elles aussi. "Mais on n’a pas arrêté de les oublier, déplore Titiou Lecocq. Les femmes ont écrit, ont peint, elles ont composé de la musique classique… elles se sont toujours débrouillées pour faire des choses. Et certaines ont eu du succès à leur époque. Elles n’ont pas été empêchées de réussir, mais elles ont été rayées de anthologiques."

La romancière, essayiste et chroniqueuse replace les femmes dans la ligne du temps de l’Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui dans Les Grandes oubliées. Un ouvrage riche, dense, mais dont l’humour et le ton font qu’on le lit comme un roman.

C’est un livre militant, oui. Mais surtout un livre qui s’appuie sur des recherches historiques et scientifiques. "Le féminisme, ce n’est pas une opinion ou pas que ça. C’est un ensemble de savoirs, universitaires et chiffrés. Ce n’est pas une vision biaisée, bien au contraire."

 

Une histoire en dents de scie

 

On a l’idée, logique, que l’Histoire avance vers le mieux, le progrès, de la sauvagerie vers la civilisation. Pour les femmes, ce n’est pas forcément vrai. L’histoire du droit des femmes est plutôt en dent de scie. A la Préhistoire, les sociétés étaient plutôt égalitaires. Et puis, ça s’est gâté. "Dans la civilisation gréco-romaine, on estimait qu’une femme était un homme mal fini, un gâteau mal cuit. Au Moyen-Âge, on disait que les femmes avaient une sexualité dévorante, qu’elles ne pouvaient pas se maîtriser. Or, la maîtrise de soi était vue comme une valeur supérieure."

A la Renaissance, la lutte des classes prend le dessus sur la lutte des sexes. Les femmes peignent, écrivent. Oh, des romans seulement, un style considéré comme un sous-genre. Jusque dans les années 1830 où le roman devient un art majeur. Et les auteures disparaissent des rayons…

 

Une tête plus petite

 

On a aussi beaucoup utilisé la biologie pour justifier la supériorité des hommes sur les femmes. Le cerveau des femmes serait moins plastique, pas fait pour apprendre, leur tête plus petite, les femmes sont dominées par leur corps, les règles en sont la preuve… Des idées qui ne sont pas que le fait de croyances populaires. Elles ont été appuyées par des grands intellectuels. "Voltaire disait que les femmes avaient des doigts fins pour coudre…"

On a utilisé la loi, aussi pour asseoir le patriarcat, quitte à la traficoter un peu, comme la loi salique qui empêchait les femmes de régner: "Elle s’est appuyée sur des textes qui ont été manipulés." Certainement une des premières fake news de l’Histoire…

L’auteure milite pour que l’Histoire soit enseignée différemment à l’école, en rendant aux femmes le rôle qui est le leur dans l’Histoire: "La façon dont on montre les hommes, aventureux, dominants continue d’entretenir des clichés très ancrés dans la société. Il y a des biais culturels énormes il faut en prendre conscience. Les choses évoluent, mais l’institution (l’école) est en retard sur le public."

Titiou Lecocq, «Les grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes», L’Iconoclaste, 330p

 

 

Petite bibliothèque féministe

 

 

Une toute petite sélection d’ouvrages féministes et historiques parus récemment.

 

 

Les femmes, oubliées de l’Histoire
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"Lady Sapiens", Thomas Cirrotteau, Jennyfer Kerner, Eric Pincas, Les Arènes.

 

Les auteurs ont donné la parole à plus d’une trentaine de spécialistes de la Préhistoire pour une enquête sur la place de la femme dans son époque. Un film documentaire est sorti en parallèle.

 

"L’homme préhistorique est aussi une femme", Marylène Patou Mathis, Allary Editions.

 

Autre livre qui casse les préjugés liés à la Préhistoire et qui explique comment la société du 19e siècle a analysé la période en y projetant ses propres croyances.

 

"Bibliothèque féministe", Collectif dirigé par Agathe Le Thaillandier, L’Iconoclaste.

 

Un livre peut changer une vie, éveiller des consciences, pousser à agir différemment. Dix-huit femmes parlent du livre fondateur de leur parcours féministe. Titiou Lecoq parle de Simone de Beauvoir, Laure Adler, de Marguerite Duras, Adèle Haenel de Virginie Despentes…

 

"Les Incomprises", Laura El Makki et Pierre Grillet, ed. Michel Lafon.

 

Marilyn Monroe, Françoise Giroud, Amy Winehouse… elles ont toutes en commun le goût du rêve, de la liberté et une certaine solitude dans leur époque… des incomprises.

 

Les femmes, oubliées de l’Histoire
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"Femmes puissantes, saison 2", Léa Salamé, Les Arènes.

 

Elles sont actrice, médecin, historienne, avocate, femme politique, colonelle… connues ou pas du grand public, elles ont su se faire une place dans un monde très masculin. Un second tome de grands entretiens menés par Léa Salamé.

 

"Les ambitieuses", Virginie Girod, M6 Éditions.

 

L’auteure dresse le portrait de 40 femmes audacieuses et inspirantes, qui ont voulu chacune dans leur domaine, marquer leur époque. De grandes figures historiques comme Agrippine La Jeune, impératrice de Rome, Tomoe Gozen, femme samouraï, à des femmes du 20e siècle, de Colette à Mae Jemison, la première femme noire astronaute.

 

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