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PROVINCE DE NAMUR

Après 20 mois de Covid, le délicat équilibre des maisons de repos

Après 20 mois de Covid, le délicat   équilibre des maisons de repos

Conserver la chaleur humaine même après 20 mois de crise sanitaire: un grand défi à relever dans les maisons de repos. ÉdA – 501768285314

Entre l’humain et le sanitaire, la qualité de l’accueil et la rentabilité, les maisons de repos doivent (re)trouver un précieux équilibre. Reportage et rencontres au sein d’Accueil et solidarité, l’ASBL qui gère six résidences en région namuroise.

Les statistiques Covid qui grimpent ne font pas spécialement sourire les gestionnaires et le personnel des maisons de repos. Mais ce n’est pas la panique pour autant. "Nous avons connu deux ou trois clusters ces dernières semaines", détaille Sébastien Marcq, le directeur général d’Accueil et Solidarité, qui gère six maisons de repos dans le Namurois. "Quasiment tous nos résidents sont vaccinés. Il y a eu des cas positifs, mais asymptomatiques."

Au sein d’Acsol, ce n’est pas l’insouciance pour autant. "Il y a une lassitude terrible après ces vingt mois de crise sanitaire, de l’angoisse face à la pandémie, tous ces décès, toutes les réorganisations. À L’Univers à Vedrin, ils ont aussi subi une évacuation d’urgence avec les inondations, rappelle le patron du groupe. Quand on jette un œil sur ces vingt mois, on se dit qu’on a vécu ce qu’il y avait de pire…"

Des groupes de paroles ont été mis en place, pour que chacun, résidents et familles compris, puisse lâcher ce qu’il a sur le cœur. "Logiquement, c’est l’absence de contacts physique, l’isolement mais aussi le manque de sécurité qui sont revenus le plus souvent sur le tapis", souffle-t-on chez Accueil et Solidarité.

 

Des stocks pour trois mois

 

La crise peut cependant aussi générer de nouvelles idées, des réorganisations salutaires. "Dans nos futurs projets de construction, on prévoit des plus petits blocs de 20 ou 25 chambres, avec plus d’autonomie, un lieu de vie commun. On ne pense plus faire un seul grand lieu ou restaurant qui regroupe tout le monde", pointe Sébastien Marcq. "On a aussi constitué des stocks de masques, gel, oxygène, poursuit Antoine Thiry, directeur de la stratégie et du développement. On pourrait tenir trois mois. Mais il y a aussi des choses qu’on ne referait plus. En cas de nouvelle crise, on ne cohorterait plus les pensionnaires. On ne les changera plus de chambre. Bousculer les points de repères, les habitudes, cela crée beaucoup d’anxiété, dans un contexte déjà très lourd."

Même si la mort fait partie de la… vie d’une maison de repos, le coronavirus a précipité le sort de nombreux pensionnaires. "Par rapport à la moyenne des trois années précédentes, on a connu 32 décès supplémentaires. C’est une surmortalité en hausse de 21%, relaie Sébastien Marcq. Certains établissements ont été plus marqués: ce fut le cas des Jours Heureux (Longchamps), de Sainte-Barbe (Seilles) et de L’Univers (Vedrin)."

 

84% du personnel vacciné

 

Un grand nombre de décès, des pensionnaires qui retournent en famille… tout cela peut aussi mettre à mal l’équilibre financier des résidences. "C’est vrai que l’on a connu une période inquiétante, souffle le directeur général. Nos taux d’occupation sont passés de 98 à 93%. Cela peut paraître anodin, mais ces 5% font toute la différence. De plus, durant toute la crise, on n’a mis personne au chômage économique, car nous étions confrontés à des absences et des maladies. C’est un choix mais cela a aussi un coût. Or, on doit dégager un peu de bénéfices pour investir pour la suite (voir par ailleurs). Heureusement, depuis peu, on est revenu à un niveau plus rassurant."

Le prochain gros défi sera de gérer la vaccination obligatoire du personnel qui se profile. "Aujourd’hui, 84% de nos collaborateurs sont vaccinés. C’est un chiffre qui pourrait encore monter ces prochaines semaines. Mais c’est vrai que derrière cette moyenne, il y a des réalités différentes entre les établissements où l’on peut avoir un taux de 70% dans et 95% dans l’autre.

Cette nouvelle obligation aura un impact. Or, c’est déjà très dur de trouver des infirmières, des aides-soignantes. On réfléchit déjà à des solutions, mais ce sera un moment à nouveau délicat." Un parmi d’autres, vécus et subis depuis déjà vingt mois dans un secteur qui n’est décidément vraiment pas de tout repos.



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