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TÉMOIGNAGES

Inondations, récits d'enfants : "Quand on est à l’école, on pense à autre chose"

En juillet, en Wallonie, des inondations exceptionnelles et meurtrières ont eu lieu, notamment à Pepinster, en province de Liège. Quatre mois plus tard, nous sommes allés à la rencontre d’enfants et de sinistrés.

À Pepinster, une commune de presque 10 000 habitants, plus d’une personne sur trois a été sinistrée (victime des inondations). Le village a été pris en étau (coincé) entre deux cours d’eau: la Vesdre et la Högne. Tout témoigne encore de ce qui s’est passé il y a quatre mois.

De très nombreuses maisons sont toujours marquées par l’humidité, les dégâts des eaux, et 100% des commerces ont été touchés. Des bâtiments se sont aussi effondrés et certains sont en cours de démolition.

 

«On s’est dépêché pour que l’école soit prête pour la rentrée de septembre»

 

Morgane Henrot est directrice de l’Athénée royal Verdi. "Les inondations ont touché l’école secondaire de Pepinster qui compte 400 élèves et l’école primaire et maternelle qui en compte 146."

L’école primaire a dû déménager. Les classes ont été réinstallées dans un bâtiment, jusqu’alors à l’abandon, quelques rues plus loin.

"On a repeint le bâtiment et fait au mieux, mais cette école est cinq fois plus petite. Tous les élèves viennent du quartier. Pendant que l’on faisait les travaux dans l’école, on les croisait car leurs familles aussi étaient sinistrées. Nous étions, les enseignants et moi, inquiets de savoir ce qu‘ils avaient vécu et où ils allaient être relogés. On s’est dépêché pour que l’école soit prête pour la rentrée de septembre. On a eu des dons et des aides notamment de la Croix-Rouge et de la Fondation roi Baudouin. Nous n’avons pas eu de chauffage dans l’école avant fin octobre. Plusieurs familles vivent encore dans des conditions très précaires (fragiles)."

 

Dans la cour d’école primaire, un enfant explique: «Mon parrain a sauvé des gens»

 

Une douzaine d’élèves de 5e et 6e années de l’école primaire de l’Athénée royal Verdi veulent nous expliquer ce qui est arrivé pour eux et leurs proches durant les inondations.

"Ma maison a été totalement détruite", explique un garçon qui précise que c’est aussi le cas d’autres maisons de la rue. "Mes voisins avaient leur salon à la même hauteur que notre cave. Eux, ils ont perdu beaucoup plus", ajoute un autre élève.

Des images leur reviennent. "On a ouvert la porte, l’eau était plus haute que nous!"

Les enfants ont besoin de raconter ce qui s’est passé mais ils précisent:"Quand on est à l’école, on pense à autre chose. Ça nous fait du bien."

Un élève ajoute: "Je ne parle pas des gens qui ont glissé de leur toit parce que c’était trop glissant." Trop dur. Ils décrivent plutôt les moments passés quand le niveau de l’eau était encore haut. "On est resté deux jours dans la maison. En bas, il y avait beaucoup de mazout. Du coup, on a dû rester à l’étage. On regardait par la fenêtre. On a vu un homme sur le toit , il est monté par une gouttière."

Ils n’ont pas compris certains gestes: "On a vu passer l’ambulance et les pompiers, on croyait qu’ils allaient venir. Mais je pense que c’était pour aller à Verviers. Ils ne se sont pas arrêtés, on n’a pas compris. On croyait qu’ils allaient aider. Les secours sont arrivés bien 20 minutes après!"

Ils sont aussi marqués par des gestes héroïques. "Mon parrain a sauvé des gens sur le toit avec une haute camionnette. " Un autre ajoute: "Mon tonton a pris un bébé dans les bras. Il a failli mourir de froid, le bébé." Une élève raconte: "J’ai été sauvée par une grue. On était au premier étage, elle est montée et elle nous a pris ma maman et mon petit frère."

 

Aujourd’hui, comment vivent ces enfants ?

 

Plusieurs d’entre eux vivent encore dans des conditions précaires. "C’est trop petit où je vis maintenant. Je ne pourrai pas y rester."

"On n’a plus de salle de bains, alors on doit se laver dans des cabines qui ont été installées à l’extérieur en attendant."

Ils sont blessés par certaines remarques. "Ceux qui se moquent de nous, je les imagine dans notre situation. Ils seraient en train de galérer… C’est bizarre."

Beaucoup expliquent qu’ils doivent pour le moment vivre avec ce qu’ils peuvent. "Papa a juste pu récupérer des vêtements. Il avait de l’eau jusqu’aux épaules."

"J’avais une tonne de chaussures depuis que je suis petite. Et mon vélo et celui de ma sœur, tout est parti!"

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