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MUSIQUE

Bénabar: "J’aime la persévérance" (interview)

Bénabar: "J’aime la persévérance" (interview)

Sony Music

Sortir deux disques la même année, ce n’est pas courant. Bénabar franchit le pas avec "On lâche pas l’affaire". Un 10e album plus brut, enregistré avec la même équipe que le précédent.

Privé de tournée et pris dans une spirale créatrice avec la nouvelle équipe qui l’a accompagné sur son précédent album Indocile heureux (Johan Dalgaard, Bertrand Lamblot, Pierre-Yves Lebert et Davide Esposito), Bénabar publie déjà son successeur (le 10e!) On lâche pas l’affaire. Un disque plus "brut", plus électrique que le précédent, enregistré dans l’énergie du moment et qu’il a récemment annoncé avec humour sur sa page Facebook en réalisant une petite vidéo clin d’œil à Thomas Pesquet…

 

Vous êtes redescendu de l’ISS?

 

Oui, juste pour répondre à vos questions… (rires) Plus sérieusement, c’était un juste retour des choses puisqu’il avait réalisé une petite vidéo à mon attention pour l’émission La boîte à secrets. Nous sommes copains, je l’ai rencontré avant son premier départ…

 

Cela vous fascine d’aller dans l’espace?

 

Moi j’ai peur en avion, alors l’espace, c’est au-delà de la fascination!

 

Vous ne postulez pas à un vol alors?

 

Non! Et cela va me faire économiser quelques millions… (rires)

 

Le cahier des charges de base, c’était juste de rester avec la même équipe, du batteur au graphiste, pour profiter du souffle et de l’enthousiasme.

 

 

Venons-en au disque. C’est assez rare de faire l’interview d’un chanteur pour deux disques différents sur la même année…

 

C’est vrai. Comme je n’ai pas fait de tournée, je me suis retrouvé dans une période d’entre-deux… Comme on avait envie d’encore travailler ensemble avec l’équipe, on s’est relancé sur un deuxième album. C’est venu très naturellement. Le cahier des charges de base, c’était juste de rester avec la même équipe, du batteur au graphiste, pour profiter du souffle et de l’enthousiasme.

 

Et la maison de disques a été facile à convaincre?

 

Oui. Pourtant, dieu sait si les chanteurs et chanteuses se plaignent souvent des maisons de disques, mais, là ils ont directement adhéré à la démarche artistique. J’ai juste demandé un peu de temps pour être sûr d’avoir de quoi faire un album, parce que ce ne sont pas du tout des restes du disque d’avant ou des fonds de tiroir.

 

Le disque s’ouvre sur «On lâche pas l’affaire», qui donne son titre au disque. C’est une chanson sur la résilience: ne jamais lâcher face à l’adversité.

 

Oui, c’est ça, c’est un peu mon caractère, même si j’ai des moments de faiblesse comme tout le monde. Cette attitude est valable dans tous les domaines, que ce soit dans la vie de tous les jours ou en couple, dans l’amitié, dans la vie professionnelle… J’aime le concept de persévérance. Cela passe par des moments de doute, d’erreurs… Mais ce n’est pas quelque chose qui me dérange de recommencer, d’essayer de faire mieux…

 

Vous avez déjà eu envie de lâcher l’affaire?

 

J’ai eu des moments de découragement profond. Mais jamais jusqu’au point de vouloir arrêter. J’ai la chance de pouvoir écrire, chanter, composer…, c’est tellement galvanisant que cela ne donne pas envie d’arrêter.

 

Après avoir chanté le divorce sur votre album précédent, vous dites cette fois «Reviens me quitter»… Une sorte de fresque musicale qui débute comme un western avant de basculer vers quelque chose de plus doux…

 

Cette deuxième partie a été complètement improvisée en studio. On m’a dit après que cela ressemblait à « Message personnel » de Françoise Hardy, et j’assume cette référence.. C’est quelque chose qui arrive souvent: il y a tant de belles chansons qui ont été faites avant remarquablement… Il faut passer au-dessus, sinon c’est trop castrateur.

 

C’est une chanson construite en miroir: dans la 1re partie, vous dites qu’il n’y a pas de bonne saison pour se quitter, et dans la 2e, que l’on peut revenir à tout moment…

 

Oui exactement. La 1re partie, ce sont les reproches de celui qui a été plaqué, la seconde partie, ce sont les lamentations… C’est une chanson très «brelienne», un peu théâtrale. C’est quelque chose que je n’aurais pas fait voici quelques années… Comme quelques chansons d’amour 1er degré aussi, qui se trouvent sur le disque. C’est assez nouveau pour moi qui me cachais derrière des bons mots ou du second degré.

 

C’est la première fois que je chante une chanson que je n’ai pas écrite. Il me l’a présentée afin que je la retravaille et j’ai trouvé que tout était là…

 

 

Parmi les chansons d’amour, il y a «Monogame», qui a été écrite par Pierre-Yves Lebert…

 

Oui, et c’est la première fois que je chante une chanson que je n’ai pas écrite. Il me l’a présentée afin que je la retravaille et j’ai trouvé que tout était là… Je n’ai donc fait que la musique. Et cela m’a peut-être permis de l’interpréter différemment. Je ne sais pas si j’aurais été aussi direct, aussi 1er degré…

 

Et Stéphanie, elle en a pensé quoi?

 

Vous savez, les paroles, elle s’en fout, elle pense surtout à la Sacem! (rires) Non, je lui ai bien sûr fait écouter. Mais je suis un peu «duplice», c’est-à-dire que je demande son avis, mais je n’en tiens pas vraiment compte. C’est pour ça que je me méfie de trop demander l’avis en période d’écriture…

 

On retrouve aussi votre côté plus piquant, notamment sur le titre «C’était quoi l’info», qui pourfend les chaînes d’info en continu qui monopolisent l’antenne parfois avec pas grand-chose…

 

Je suis un peu critique, mais ce que je dis, on le pense tous., même des journalistes. Mais je suis moi-même très client. Je suis de ceux qui pendant le confinement bouffaient du BFM toute la journée. Donc je ne donne pas de leçon, car je suis le 1er à les suivre. Mais cela a un côté oppressant. Et puis ce culte de la rapidité, de l’immédiateté, de la répétition… je ne suis pas sûr que ce soit un progrès. C’est le meilleur moyen de laisser passer des fake news.

 

Quand je fais une chanson un peu critique, j’aime bien partir d’un problème que j’ai moi-même.

 

 

Vous vous en prenez aussi à l’astrologie et aux vegans dans «Vanessa». Vous allez encore vous faire des amis…

 

(rires) Là aussi, c’est une de mes contradictions. Quand je fais une chanson un peu critique, j’aime bien partir d’un problème que j’ai moi-même. Cela m’amusait de parler de l’astrologie, des vegans… mais je vous avoue que j’ai moi-même une application d’astrologie sur mon téléphone.

 

Ah bon?

 

Je ne regarde pas souvent… Et comme je le dis dans la chanson, je ne pense pas que ce qui se passe sur Saturne à 7 milliards de kilomètres va changer ce qui va se passer dans ma vie dans la journée.

 

Et vous n’êtes jamais allé consulter une astrologue en chair et en os?

 

Non, pas encore. Mes contradictions s’arrêtent à l’application (rires). En fait, ce qui me dérange dans l’astrologie, c’est ceux qui prétendent que c’est une science. Mais après, chacun fait vraiment ce qu’il veut de sa vie.

 

Sur cet album, il y a un morceau qui sort du lot au niveau musical, c’est «À contre-nuit», qui est très dansant…

 

C’est une chanson sur laquelle on ne s’est pas trop posé de questions. Avec l’équipe, on a eu surtout à l’esprit l’efficacité artistique, dans le sens de viser juste, de transmettre l’information le plus simplement possible…

 

Avec aussi une touche plus rock, non? Il y a plus de guitare, de riffs…

 

C’est vrai que par rapport à «Indocile heureux», on est moins dans l’arrangement musical. C’est l’avantage d’avoir pu faire deux albums dans l’année. Là, on a voulu faire quelque chose de plus ramassé, plus brut…

 

Il y a quelque chose d’assez enfantin dans le mauvais goût et d’assez beau.

 

 

On retrouve à la fin une version longue de «Une âme de poète», déjà présente sur le précédent album. Pourquoi l’avoir rallongée?

 

C’est une chanson que j’avais déjà jouée sur scène avant de l’enregistrer sur le 1er disque. Et j’avais inventé une sorte de personnage qui déclame, que je surjouais… Comme il me plaisait bien, j’ai voulu le garder et j’ai développé le texte sur ce que sont le bon et le mauvais goût. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez enfantin dans le mauvais goût et d’assez beau.

 

Un autre texte qui parle de poésie, c’est «Poète béni», en référence aux poètes maudits…

 

Oui, j’ai une vraie fascination pour ces poètes du XIXe siècle (NDLR: Verlaine, Rimbaud, Mallarmé…). C’est assez étonnant de voir le vivier de talents qu’il y a eu sur une période de 50 ans. On n’a pas fini de les étudier. Je suis très sensible à la littérature de cette période-là, je ne lis quasiment que des ouvrages du 19e, faute de temps pour lire autre chose. Et puis l’image d’Épinal du poète maudit me fascine.

 

Moi, j’ai toujours considéré mes concerts comme des best-of.

 

 

Comme il y a deux disques, les concerts vont être deux fois plus long?

 

(rires) C’est un vrai questionnement… Mais moi, j’ai toujours considéré mes concerts comme des best-of. Bon, là, c’est sûr qu’il y aura des morceaux des deux albums, mais je n’envisage pas mes concerts comme un service après-vente.

 

Il y a des chansons inévitables, comme «Monospace», «L’itinéraire», «L’effet papillon», «Je suis de celles»…

 

Oui, et il n’y a aucune raison de ne pas les chanter… C’est toujours un plaisir.

 

Dernière question: on vous a vu dans un épisode de Capitaine Marleau récemment, avec Nolwenn Leroy. Vous avez d’autres projets de fiction?

 

Non, il n’y a rien dans les tuyaux. Je vais me concentrer sur l’album et la tournée qui démarre fin février. Je touche du bois et j’espère que l’on passera entre les gouttes.

 

 

En duo avec Renaud

 

 

Un qui ne lâche pas l’affaire, c’est Renaud, que l’on retrouve en duo sur le titreChez les Corses.

 

"C’est ma femme Stéphanie qui a eu l’idée de faire un duo. Et comme la chanson parle d’un gars qui va mal et qui va voir un autre copain qui va encore plus mal, on s’est tous regardés et il y avait une évidence qu’il fallait la chanter avec Renaud. En plus, j’y parle du restaurant Les Corses et c’est Renaud qui me l’a présenté."

À ses débuts, certains journalistes ont intronisé Bénabar comme le digne successeur de Renaud. "C’est un truc de journaliste pas très inspiré…, commente Bénabar. J’ai d’abord eu une grande admiration pour l’artiste, sans le connaître. Et là ça doit faire une vingtaine d’années que l’on s’est rencontré. Vu qu’on vit dans le même coin, on se voit beaucoup dans l’année. On partage l’amour des textes et des chansons."

 

Bénabar, «On ne lâche pas l’affaire», Sony Music. Concert au Cirque royal le 08/03 à 20 h. www.ticketmaster.be

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