BELGIQUE

Brussels Airlines s’offre un nouveau logo, le personnel dénonce une opération marketing "au goût amer"

Brussels Airlines a présenté jeudi le premier avion arborant le nouveau logo de la compagnie aérienne.

Une étape importante car l’entreprise ouvre un "nouveau chapitre" de son histoire et se tourne résolument vers l’avenir, qu’elle souhaite profitable et durable, a commenté son CEO Peter Gerber lors de son discours d’introduction.

Là où les syndicats et une partie du personnel, rassemblés devant le hangar où a eu lieu la présentation, critiquent le "mauvais timing" de cette opération, Brussels Airlines répond que c’est au contraire le "parfait moment pour montrer au monde que le pire est passé".

"Il y aura toujours des questions sur le timing. Mais c’est là un signal visible que la reconstruction de la compagnie est en cours, que nous regardons vers l’avenir et que Brussels Airlines a sa place au sein du groupe Lufthansa", a ainsi souligné le patron allemand.

«Brussels» en grand

Le logo avec le fameux "b" formé de quatorze sphères rouges, vieux de 15 ans, va donc disparaître, de manière phasée, d’ici à 2024. Cela pour faire place à un desgin plus moderne constitué de neuf boules, de la même couleur rouge, mais de tailles différentes placées en forme de carré. "Il n’y a pas deux points identiques", explique la compagnie, "afin de refléter la diversité des clients, des destinations et des employés". En outre, le mot "Brussels" occupe désormais une place plus proéminente, tandis que "Airlines" devient plus petit.

L’entreprise a pourtant dû traverser de nombreuses turbulences ces dernières années. Dans un premier temps, elle devait être intégrée à Eurowings, filiale de Lufthansa, avant de se voir attribuer une position propre au sein du groupe aéronautique allemand. Puis ont suivi les plans de restructuration (Reboot et Reboot +, qui est presque arrivé à son terme) et la crise du coronavirus, qui a frappé l’ensemble du secteur aérien. Brussels Airlines a d’ailleurs dû recourir au soutien du gouvernement (290 millions d’euros) pour survivre à la crise.

Fin des turbulences?

La période de fortes turbulences semble toutefois se terminer doucement. Après des périodes où la rentabilité était loin d’être au rendez-vous, la compagnie a en effet enfin enregistré un bénéfice opérationnel au 3e trimestre 2021. Si l’hiver devrait être froid, que ce soit au niveau des températures ou des réservations, le CEO espère un printemps et un été 2022 dans la foulée des derniers mois. "Nous enregistrons déjà des réservations pour ce printemps et pour cet été, ce que l’on n’observait pas cette dernière année et demie", relève ainsi Peter Gerber.

"Avec cette nouvelle identité de marque, nous sommes prêts à montrer à nos clients, nos employés et nos partenaires que nous tournons une page. En tant que l’une des quatre compagnies aériennes de réseau du groupe Lufthansa, nous ouvrons la voie à un avenir prometteur. Nous considérons cette nouvelle identité de marque comme un symbole de confiance dans notre entreprise", a encore dit le CEO.

"Cette nouvelle identité de marque est le signe que nous investissons. Nous le faisons aussi dans le personnel", répond le patron allemand aux critiques des travailleurs mécontents de cette opération de "rebranding". Du recrutement de nouveaux collaborateurs est en cours, assure-t-il, reconnaissant que la période à venir s’annonce pleine de défis, notamment en matière de présence suffisante de personnel. En particulier en cette période de pandémie donnant lieu à de plus nombreuses absences pour cause de maladie.

Mais "le personnel a des perspectives et nous allons croître", soutient fermement Peter Gerber. "Brussels Airlines est là pour durer et nous sommes prêts pour le futur."

Le personnel de Brussels Airlines manifeste

Brussels Airlines s’offre un nouveau logo, le personnel dénonce une opération marketing
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Une centaine de travailleurs et travailleuses de Brussels Airlines ont mené une action jeudi matin à proximité du hangar où a été présenté le premier avion de la compagnie arborant le nouveau logo. Ils ont accueilli les dirigeants de l’entreprise par une haie du déshonneur en leur tournant le dos, dénonçant une "opération marketing qui leur laisse un goût amer".

Une partie du personnel, tant pilotes que personnel de cabine, se montre très critique face à cette évolution et surtout le moment choisi. "Les gens ont tourné symboliquement le dos au bâtiment", a expliqué Olivier Van Camp, du syndicat socialiste BBTK/Setca. "Nous ne sommes pas contre un nouveau logo en soi, car le renouvellement n’est pas un problème. Mais le timing n’est pas bon."

Rassemblés devant le hangar où a été présenté le premier avion au nouveau logo, ces travailleuses et travailleurs – qui sont tous venus sur leurs congés, soulignent les syndicats – estiment que les aides publiques reçues par la compagnie -290 millions d’euros- "auraient pu être mieux allouées et améliorer les conditions de travail du personnel".

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Brussels Airlines assure cependant que cette aide d’État ne sera pas utilisée dans le cadre de cette opération, dont elle estime le montant à un peu plus de 300.000 euros. Celle-ci se fera d’ailleurs en plusieurs phases, jusque 2024, afin d’éviter de devoir repeindre tous les avions (38 dans la flotte) en même temps. Les appareils ne seront en effet pas repeints avant leur date d’échéance, afin de ne pas gaspiller d’argent, de ressources ou de peinture.

La compagnie souligne d’ailleurs avoir toujours eu à cœur de réduire un maximum les coûts de cette opération.

Pour le front commun syndical, il y avait "d’autres priorités". "L’argent aurait pu être mieux dépensé", soutient ainsi Tim Roelandt, du syndicat libéral ACLVB/CGSLB. Il évoque la situation du personnel, qui a traversé plusieurs restructurations (Reboot, Reboot + ), été placé en chômage temporaire pendant la crise du coronavirus et qui a subi une lourde charge de travail l’été dernier.

"Les travailleurs veulent envoyer un signal aujourd’hui. Nous espérons que cela ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd. Avant tout, nous voulons une solution pour l’été prochain", dit-il.

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"’C’est un ras-le-bol installé au sein des travailleurs depuis la reprise des activités pendant l’été. Le personnel est à bout!", résume Didier Lebbe, secrétaire permanent CNE. La disparition du "b" (et de sa référence, selon les travailleurs, à la Belgique) a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Le représentant du syndicat chrétien dénonce en outre des horaires pour les fêtes de fin d’année qui sont "intenables", prenant l’exemple de pilotes avec 20 ans d’ancienneté auxquels la compagnie demande de voler à Noël et au Nouvel An.

Les pilotes ont d’ailleurs demandé une conciliation au SPF Emploi pour régler certains points de désaccord avec la direction, a-t-on appris jeudi. Si les deux parties ne devaient pas parvenir à s’entendre, cela pourrait donner lieu à des grèves dans les prochaines semaines.

Le front commun se demande ainsi s’il ne fallait pas plutôt investir dans le bien-être au travail du personnel ou dans une révision des règles de rémunération, qui ont entraîné des baisses de salaires de 300 à 500 euros pour les stewards et hôtesses et de 5 à 6% pour les pilotes. Il souhaiterait aussi que soient revues les règles de temps de travail "qui ont poussé à bout le personnel de cabine lors de la dernière période estivale".

De petites actions contre cette charge du travail avaient déjà eu lieu pendant l’été, mais il n’y a toujours pas de solution structurelle, constate Paul Buekenhout, de l’ACV Puls. "Le mécontentement est profond", déplore le représentant du syndicat chrétien flamand, qui appelle la direction de Brussels Airlines à discuter de solutions structurelles pour le personnel.

Autant de sujets dont la compagnie dit être consciente et qu’elle traite au sein des organes de concertation compétents.


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