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CHANSON

INTERVIEW | Nolwenn Leroy en liberté avec Biolay: "C’est le patron de la chanson française"

Pour son 8e album studio, intitulé La Cavale, Nolwenn Leroy – a confié les clés à Benjamin Biolay. Et c’est une réussite.

Benjamin Biolay est un homme très occupé. Pourtant, il a trouvé le temps d’écrire et de réaliser pour Nolwenn Leroy l’album La Cavale. Un disque de onze titres où l’on découvre une Nolwenn libérée.

Nolwenn, à quand remonte cette envie de collaborer avec Benjamin Biolay?

Cela fait longtemps que je suis admirative de son travail et du grand musicien qu’il est. Mais cette collaboration n’était pas prévue depuis longtemps. On a parlé de cet album juste avant le confinement. Ensuite, pas mal de temps s’est écoulé et je n’étais pas certaine que ça se fasse, car il a sorti son album (NDLR: Grand Prix) et tourné pour le cinéma… Mais il m’a rassuré. On s’est donc à nouveau rencontré, on a beaucoup discuté et à chaque fois qu’on se voyait, il y avait une nouvelle chanson.

Vous n’aviez plus collaboré avec un autre chanteur sur un album complet depuis «Histoires naturelles» en 2005, avec Laurent Voulzy. Qu’est-ce qui vous a plu chez Biolay?

C’est vrai que je ne confie pas facilement les clés à un autre artiste. Ce n’est pas rien de me remettre dans cette forme d’abandon. Mais j’étais prête à le faire à ce moment-là. Et pour moi, Benjamin est le patron de la chanson française. C’était à mon sens une évidence de travailler avec lui: nous venons tous les deux du conservatoire, il aime les voix…

Vous lui avez laissé carte blanche?

On n’a jamais cessé d’échanger sur les thèmes que j’avais envie d’aborder. Je n’ai pas fait de liste de thèmes, mais les idées de chansons sont venues dans le cadre d’une discussion.

Justement, on retrouve sur ce disque pas mal de morceaux dansants. Est-ce que cela a fait partie de la discussion?

Il est plus dansant, mais c’est dans un alignement total avec ce que je peux être et ressentir en ce moment.

C’est une chanson pour rapprocher les esprits et les corps.

Parmi les morceaux dansants, il y a ce 1er single, Brésil-Finistère, où vous dites d’ailleurs «Je sais que le ciel sera à ceux qui dansent au moins un jour sur deux».

Exactement. C’est une chanson qui rassemble, qui est faite pour danser, de la samba du Brésil au Fest-noz du Finistère. C’est une chanson pour rapprocher les esprits et les corps. Je pense que c’est ce dont on a besoin à la sortie de cette période de confinement.

Vous aimez danser?

J’adore. Je ne suis pas une grande danseuse, je danse à ma façon et c’est ça que j’aime. Me lâcher, évacuer les mauvaises énergies… La danse comme le chant ont ce pouvoir-là.

Vous avez tourné le clip à Dunkerque sur des rollers. Vous ne l’avez pas regretté?

(rires) Non, j’ai adoré faire du roller plus jeune. Là on voit que c’est un peu fragile parce que je m’y remettais, et puis je n’avais pas envie de faire la maline et de me péter le poignet… Mais je trouvais cette fragilité à la fois charmante et drôle. Le roller, c’est la liberté absolue, comme le cheval d’ailleurs, que l’on retrouve sur la pochette. Tourner à Malo-les-Bains m’a rappelé plein de souvenirs. Et puis cela a été compliqué de trouver une plage où il n’y avait pas trop de monde en plein été.

Vous avez aussi collaboré avec Adélaïde Chabannes, de Therapie Taxi, qui a écrit trois chansons sur ce disque.

Exactement. Elle a collaboré avec Benjamin Biolay sur la chanson «Parc fermé» et il se trouve qu’elle avait pensé à moi pour des titres qu’elle avait composé. Je les ai écoutés et j’ai tout de suite été séduite. Elle a une façon assez directe de dire les choses.

Elle vous a notamment écrit «Loin», qui est une chanson sur le lâcher-prise…

Et aussi sur le laisser-dire… Se lâcher sur la piste de danse et ne pas écouter ce que l’on dit, tracer sa route en suivant son instinct. C’est ce que j’essaye de faire depuis presque vingt ans maintenant.

Ne pas écouter ce que l’on dit sur vous, c’est facile à faire? Vous êtes beaucoup sur les réseaux?

Non, je n’y suis pas énormément, même si aujourd’hui, on est quand même obligé d’y être… C’est un outil extraordinaire pour communiquer avec le public, mais je ne suis pas spectatrice de ma vie.

Il y a parfois des mots que l’on ne trouve pas soi-même et que d’autres trouvent.

Sur ce disque, on vous (re) découvre séductrice et amoureuse passionnée sur des titres comme «Le tournis» ou «Tu me plais»…

C’est vrai que ce ne sont pas des thèmes que j’aborde naturellement, en bonne Bretonne que je suis (rires). Il y a parfois des mots que l’on ne trouve pas soi-même et que d’autres trouvent. Et finalement, cela rend cet album plus personnel que si je l’avais écrit moi-même. Pour ceux qui me suivent depuis longtemps, c’est une sorte de renouveau dans la continuité.

La chanson «Mon beau corsaire» parle de votre fils Marin. Vous lui avez déjà chantée?

Bien sûr! Il a 4 ans mais il est très sensible à la musique, surtout aux chansons lentes, sur l’émotion… Il est donc un peu submergé quand il l’écoute, et c’est très touchant.

Le jour ou l’accès au logement sera réglé, beaucoup d’autres problèmes seront réglés…

Vous avez également tenu à évoquer votre engagement auprès de la Fondation Abbé Pierre avec la chanson «Occident», qui pourrait être chantée par Cabrel ou Renaud.

C’est une chanson importante pour moi. Cela se passe en bas de chez nous, et il y a une sorte de fatalité par rapport à la pauvreté. Il y a encore beaucoup à faire pour que ces gens aient droit au minimum. Le jour ou l’accès au logement sera réglé, beaucoup d’autres problèmes seront réglés…

On constate que la société est de plus en plus divisée, et l’extrême droite en profite en France… Cela vous inquiète, cela vous incite à plus vous engager?

Je l’ai toujours fait, mais en restant un peu à l’extérieur pour avoir un avis objectif. Dès que l’on s’engage trop en politique, on est coincé. On vit dans une époque où tout le monde a un avis sur tout et on est parfois submergé. C’est important que les artistes soient engagés, mais de façon mesurée.

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