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NAMUR

Insécurité à Namur: un jeune citoyen crée une carte des agressions

Insécurité à Namur: un jeune citoyen crée une carte des agressions

Les premiers témoignages recueillis pointent la rue Godefroid et le quartier de la gare. ÉdA – Florent Marot

Aujourd’hui, de plus en plus de citoyens se tournent vers les réseaux sociaux pour signaler des faits délictueux. Dernièrement, un Namurois a créé une plateforme en ligne pour rapporter les agressions sur une carte. Il espère faire bouger les choses. Néanmoins, le dépôt de plainte reste l’unique boussole de l’action policière.

Depuis plusieurs semaines, le passage à tabac d’Ethan, 15 ans, a attisé de vives discussions sur la problématique de l’insécurité à Namur. Elle serait plus importante qu’hier dans la capitale wallonne clament certains citoyens. Le 1er novembre, ils étaient 300 à battre le pavé pour le faire entendre. Dernièrement, un Namurois de 24 ans, y est allé de son initiative en publiant sur Internet une plateforme permettant aux victimes d’agressions de partager leur expérience tout en pointant le lieu où les faits ont été commis sur une carte. Par sa démarche, Mallaury Gérard espère "un électrochoc" du monde politique, et amener "à une prise de conscience des citoyens. Pour qu’ils puissent adapter leur comportement et ainsi éviter les problèmes."

 

 

En quelques jours, la plateforme a déjà recueilli une vingtaine de témoignages anonymes pour des faits majoritairement survenus aux environs du quartier de la gare et de la rue Godefroid.

Leur véracité est évidemment difficile à vérifier. "Pour limiter les abus, nous demandons obligatoirement une description des faits", précise Mallaury Gérard. La plateforme a également été conçue pour empêcher un même auteur de publier plusieurs témoignages en un court laps de temps.

 

Rendre visible l’invisible

 

L’exercice a ses limites, le jeune Namurois en est conscient, mais son intention n’en est pas moins noble: rendre visible ce qui ne l’est pas. "Je pense qu’à cause de contraintes administratives, certaines mesures ne sont pas prises. Les procédures devraient être facilitées pour les gens qui souhaitent porter plainte ou rapporter des faits à la police."

La réflexion fait directement écho aux réponses apportées par les autorités politiques et le pouvoir judiciaire assurant que les statistiques ne démontrent pas une hausse de la criminalité. " Mais les faits enregistrés ne constituent qu’un sous-ensemble du total des faits commis", rappelle Christian De Valkeneer, en sa qualité de professeur en faculté de droit et de criminologie (UCL) et responsable du groupe d’étude des politiques de sécurité.

 

Sentiment d’insécurité

 

Cette criminalité non enregistrée a un nom: le chiffre noir. Selon le dernier Moniteur de sécurité (2018), initiative de la police fédérale et du SPF Intérieur, 52% des violences physiques, 44% des vols sans violence et 41% des vols avec usage de violence commis en Belgique ne sont pas rapportés à la police, par exemple.

Mais rappelons-le, à Namur, les chiffres relatifs à la criminalité sont stables. Le sentiment d’insécurité serait, lui, en augmentation. "Ce sentiment peut être influencé par différents éléments, comme le vécu des personnes, leur âge, les lieux dans lesquels elles évoluent, décrit Christian De Valkeneer. Par ailleurs, et c’est paradoxal, nous vivons dans une société de plus en plus sécurisée. De ce fait, et sans rien enlever à la souffrance des victimes, on constate que la moindre chose qui perturbe cet environnement peut générer de l’insécurité."

Les réseaux sociaux joueraient également un rôle pervers en amplifiant des faits. "En leur donnant une importance collective qu’ils n’ont pas forcément, ils donnent l’impression que l’on vit dans un monde dangereux." Suivant cette logique, la plateforme de Mallaury Gérard ne risque-t-elle pas d’exacerber ce sentiment d’insécurité? En un sens, certainement. Néanmoins, l’académique y voit également l’opportunité de rappeler à chaque citoyen que la sécurité n’est pas seulement l’affaire de l’état, mais celle de tous. "Plutôt que de mettre un certain nombre de faits en exergue, peut-être faut-il s’interroger sur ce que chacun peut faire. Comment vais-je réagir si je vois quelqu’un se faire importuner? C’est un acte citoyen. Les gens ne doivent pas jouer aux héros, mais à tout le moins contacter les forces de l’ordre."

 

Oser la plainte

 

C’est donc à ce lien entre police et citoyen que l’on revient. Pourtant, entre omerta, perception d’une démarche vaine ou crainte d’une possible exposition, les raisons qui poussent les victimes à ne pas porter plainte sont nombreuses. N’y a-t-il pas lieu de bouger les lignes comme Mallaury Gérard invite à le faire? "On ne va pas créer des systèmes parallèles au système policier qui fonctionne. Les victimes doivent porter plainte", assène-t-on du côté de la zone de police Namur Capitale tout en soulignant que les faits délictueux doivent être signalés de manière directe et quotidienne à la police. Et ce, afin que cette dernière puisse orienter utilement ses patrouilles. Soulignons tout de même que certains délits peuvent être déclarés via la plateforme Police-on-web.

 

 

Des mesures annoncées

Dans un récent discours, Maxime Prévot a estimé que l’insécurité n’était pas qu’un sentiment et qu’il était nécessaire d’y apporter une réponse.

Ce dernier a rappelé qu’une brigade urbaine avait été créée pour accroître la présence policière à pied dans certains quartiers et que l’engagement de 20 agents supplémentaires avait été financé sur fonds propres.

Des opérations ciblées dans le quartier universitaire, notamment, sont prévues, de même que des opérations d’hameçonnage en civil pour contrer des comportements sexistes. De manière préventive, la lutte contre la toxicomanie et le renforcement de l’action des travailleurs sociaux figurent au programme.

Par ailleurs, 4 millions€ seront consentis pour étendre le réseau de caméras de surveillance. De plus, le bourgmestre le soulignait, pour lutter contre l’insécurité, l’implication et le civisme de chacun seront nécessaires. Enfin, il invite toute victime à porter plainte.

 


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