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WALLONIE PICARDE

Immersion dans nos forêts: «On n’abat jamais un arbre pour le plaisir»

La coupe de gros bois, c’est un sujet sensible. Et pourtant, cela participe à la gestion durable et raisonnée de nos forêts.

Certains promeneurs s’émeuvent de voir des arbres, parfois centenaires, mis à terre au sein de zones boisées. «On n’abat jamais un sujet pour le plaisir. Je suis parfois interpellé par des citoyens choqués par l’abattage de gros bois principalement. Notre travail, c’est aussi de les sensibiliser par rapport au fait que l’on gère durablement nos forêts, contrairement à des pays d’autres continents», insiste Jérémy Martin, agent du Département de la Nature et des Forêts (DNF).

Le garde forestier nous emmène dans la forêt domaniale de Belœil sur laquelle il veille au quotidien. Un massif de 350 hectares, racheté par le SPW à la famille de Ligne il y a un peu plus de 40 ans, où cohabitent de nombreux feuillus (chênes indigènes, frênes, hêtres, bouleaux…) et, en moins grande proportion, résineux (le mélèze est roi).

À cela, il convient d’ajouter les 70 ha de bois attenant, propriété de la Commune de Belœil et dont la gestion incombe au DNF, à l’instar de la forêt indivise de Stambruges qui couvre 500 ha.

Immersion dans nos forêts: «On n’abat jamais un arbre pour le plaisir»
ÉdA

La forêt, c’est tout un écosystème à sauvegarder, par le biais notamment de la sylviculture qui induit une exploitation raisonnée et durable des différentes essences.

«Les domaines forestiers jouent un rôle écologique fondamental (développement de la biodiversité, captation du CO2 par les arbres…), sans oublier la dimension économique. Assurer la pérennité de la forêt, cela passe aussi par la production de bois de qualité, venant d’essences indigènes, au profit des professionnels de la filière », soutient Jérémy Martin.

La régénération naturelle plutôt que de nouvelles plantations

À partir de quand décide-t-on de couper un arbre? Et selon quels critères?

«Lorsque certaines essences sont malades ou présentent un danger pour la sécurité publique, l’abattage peut se justifier, indique le garde forestier de Belœil. Il est aussi important de procéder à des coupes lorsque les arbres sont arrivés à maturité, en vue de faire de la place pour d’autres sujets qui ne demandent qu’à grandir. Pour le chêne par exemple, son exploitation peut être envisagée lorsqu’il atteint 250 cm de circonférence. Cette gestion rationnelle contribue à rendre l’espace plus aéré, permettant ainsi aux jeunes plants de se développer dans de bonnes conditions. C’est le principe de l’éclaircie. »

Immersion dans nos forêts: «On n’abat jamais un arbre pour le plaisir»
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Le volume de bois ne varie en définitive presque pas, sachant que ce qui est prélevé par les scieurs et exploitants forestiers dans les massifs publics du SPW correspond à la production annuelle de la forêt. C’est ce qu’on appelle la régénération naturelle, soit la faculté d’un écosystème à se reconstituer spontanément.

«Auparavant, on plantait bien davantage, mais au-delà du coût important, cela demande énormément de main-d’œuvre. Notre philosophie est de profiter un maximum de ce que la nature nous donne. Les fruits qui tombent des arbres (et ceux transportés par le vent ou les animaux) nous offrent une série de nouveaux plants dont on essaie de favoriser le développement. Aujourd’hui, on procède à des plantations uniquement quand il n’y a pas d’autre solution. »

Reprise dans le réseau Natura 2000, la forêt domaniale de Belœil est divisée en 12 coupes, selon le plan d’aménagement établi par le DNF. «On ne passe dans chaque coupe qu’une fois tous les 12 ans, afin de déterminer les arbres mûrs, malades ou dangereux qui peuvent être récoltés. Un certain nombre d’arbres dépérissants ou morts sont préservés car c’est bénéfique pour la faune et la flore. Quelques hectares sont aussi laissés en zone de réserve intégrale.» Dans sa gestion des forêts, le SPW ne vend que des bois sur pied, lesquels sont repris dans un catalogue pour être proposés lors d’une vente publique annuelle. Une autre partie de la production est réservée aux ventes de gré à gré.

 

Les hêtres souffrent énormément du dérèglement climatique

Inondations, tempêtes plus fréquentes, records de température…, plus personne ne peut nier le dérèglement climatique. Toutes les essences d’arbres en souffrent, surtout les hêtres. «Son écorce très fine les rend plus vulnérables aux coups de soleil. Depuis 2018, on a connu des périodes de sécheresse répétées au printemps, au moment où les arbres ont le plus besoin d’eau pour grandir », nous dit M. Martin.

S’il est difficile de mesurer l’ampleur des dégâts, on peut déjà observer les stigmates (branches mortes, chute hâtive de feuilles…) sur certains spécimens du domaine de Belœil. La multitude d’allées qui caractérise les lieux n’aide pas puisque les bois sont plus directement exposés aux rayons du soleil. « L’autre problématique, c’est la chalarose du frêne, une maladie causée par un champignon qui engendre son dépérissement. Dans nos forêts, on observe beaucoup de frênes malades.»

Ruée chinoise et bois réservé aux scieurs wallons

La filière bois est par ailleurs touchée par un autre fléau: l’exportation massive d’arbres forestiers vers la Chine. Une aberration écologique quand on sait que certains meubles sont fabriqués à des milliers de kilomètres pour ensuite se retrouver… dans nos magasins. Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’est amplifié cette année. Des sociétés faisant de l’export vers l’Asie achètent à prix d’or, lors des ventes publiques, les lots de bois. Une concurrence à laquelle les scieries wallonnes ne peuvent répondre, suscitant de vives inquiétudes du secteur qui éprouve de gros soucis pour s’approvisionner.

«Il est évident que l’on préfère voir nos arbres être transformés par les scieurs wallons. Mais on n’a pas la maîtrise sur la marchandise écoulée lors des ventes publiques. Du bois de Belœil est-il déjà parti vers l’Asie? Oui, ça arrive. Le DNF a toutefois mis en place des ventes de gré à gré, de façon à réserver une partie de nos arbres aux scieurs wallons.»

 


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