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JAMOIGNE

Andrée Gueulen a 100 ans : elle a sauvé la vie de centaines d'enfants juifs en les amenant à Jamoigne

Andrée Gueulen a 100 ans : elle a sauvé la vie de centaines d'enfants juifs en les amenant à Jamoigne

En 2012 lors de l’inauguration du Mémorial de la Shoah à Jamoigne. Andrée Gueulen est la dame à l’avant à droite. - ÉdA

L'ancienne institutrice a pris des risques inouïs pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle vit toujours aujourd'hui dans une maison de repos à Ixelles et vient d'être fêtée pour ses 100 ans.

Il y a une phrase dans le Talmud (texte fondamental du judaïsme) qui dit que «celui qui sauve une vie sauve l’univers tout entier».

Andrée Gueulen, à elle seule, a sauvé la vie de centaines et centaines enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle vient de fêter ses 100 ans dans une maison de repos à Ixelles (Bruxelles) et la RTBF lui a rendu hommage à cette occasion.

En train jusque Jamoigne

Jeune institutrice née en septembre 1921, Andrée Gueulen n’a pas hésité à s’investir dès 1942 dans un organe clandestin, le CDJ (Comité de défense des juifs) qui au départ de Bruxelles cherchait des refuges et cachettes pour des dizaines d’enfants juifs à travers le pays.

C’est ainsi qu’Andrée a pu accompagner à de nombreuses reprises plusieurs gamins juifs de Bruxelles et Anvers jusqu’au château du Faing à Jamoigne, à l’extrême sud du pays. Elle prenait de grands risques pour cela.

Porteuse de faux certificats de naissance et faux documents d’identité pour ces enfants, Andrée voyageait avec eux en train sur la ligne Bruxelles-Arlon. Et on venait les chercher en camionnette à la gare de Marbehan pour les acheminer jusque Jamoigne.

Parfois aussi, Andrée et ses collègues du CDJ optaient pour la ligne Bertrix-Virton et descendaient avec les enfants à l’arrêt de Valansart-Jamoigne, en pleine forêt.

«Oui, il y avait du danger car nous étions contrôlés régulièrement par des soldats allemands à l’intérieur des trains et il y avait toujours un risque qu’ils aient un doute sur la réelle identité des enfants», nous avait raconté Andrée Gueulen voici plusieurs années. Mais c’était mon devoir. Je devais le faire pour ces enfants», ajoutait-elle modestement.

L’organisation du CDj était d’une rare efficacité

À travers cinq cahiers, un registre secret établissait la correspondance entre le nom originel de l’enfant, sa famille d’origine et son nom d’emprunt via un numéro de référence.

Et les voyages aller-retour d’Andrée Gueulen de Bruxelles jusqu’à la Gaume ont pu ainsi se dérouler sans encombre jusque septembre 1944 et la Libération.

«Merci à mes enfants de Jamoigne!»

Andrée Gueulen est une grande dame. L’État d’Israël a reconnu à la hauteur son héroïsme exceptionnel.

En 1989, elle a reçu le titre de «Juste parmi les Nations» en en 2007, la nationalité israélienne à titre honorifique lors d’une cérémonie à Yad Vashem à Jérusalem.

Le 16 septembre 2012, Andrée Gueulen a participé à une cérémonie très émouvante au château du Faing à Jamoigne, là où 87 enfants juifs ont été cachés et sauvés pendant la Seconde Guerre mondiale.

À l’initiative du gouverneur de la province, Bernard Caprasse, la Ville de Chiny et la Province de Luxembourg ont inauguré un monument devant le château, dû à l’artiste brabançonne Marie-Paule Haar. Une œuvre en acier corten symbolisant la Shoah, mais aussi la lumière des enfants juifs ayant été sauvés grâce au dévouement d’Andrée Gueulen et d’autres Justes tels Jean-Marie Fox et Michel Gendebien, des Gaumais qui eux aussi ont pris de grands risques à Jamoigne.

«Merci pour tout ce que vous m’avez apporté, a dit Andrée Gueulen aux anciens enfants cachés (via un d’entre eux, David Inowlocki). Vous m’avez appris l’incommensurable bêtise du racisme. J’ai résisté à l’époque aux lois injustes et j’ai toujours gardé cette vigilance devant les discriminations imbéciles.»

Un message fort, dont devraient s’inspirer aujourd’hui les Zemmour et autres idéologues de la xénophobie.


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