SANTÉ

La toxine botulique pour soigner la spasticité musculaire après un AVC: «Je ne savais plus du tout bouger les doigts»

La toxine botulique pour soigner la spasticité musculaire après un AVC: «Je ne savais plus du tout bouger les doigts»

Après un AVC, la main est comme «coincée» dans un spasme musculaire. La toxine botulique . (photo d’illustration) Anatta_Tan - stock.adobe.com

Depuis le mois d’août, le traitement de la spasticité musculaire (qui touche les victimes d’AVC) par toxine botulique est mieux remboursé. Témoignage de Jean-Marc, qui a pu reprendre sa vie.

Jean-Marc Finn a 54 ans lorsqu’il a un accident vasculaire cérébral. «J’étais flûtiste-, professeur, directeur d’un centre culturel.... En un moment, tout ce qui constituait cet homme est passé par la fenêtre

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La toxine botulique pour soigner la spasticité musculaire après un AVC: «Je ne savais plus du tout bouger les doigts»
Jean-Marc a décidé de tout tenter, pour ses proches. -

L’AVC laisse Jean-Marc hémiparétique: avec une faiblesse de la moitié du corps. « Cela touche ma jambe. J’ai un pied équin (NDLR comme tordu sur le côté), des orteils en griffe» mais dès la revalidation au Centre neurologique William Lennox, il marche énormément, même après ses séances de rééducation, «au début, avec l’aide d’une orthèse».

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Le jeune quinca s’est lancé à fond dans la rééducation -

Au niveau du membre supérieur, une spasticité – raideur musculaire involontaire – touche son bras, son poignet, sa main et ses doigts. « J’étais dans l’impossibilité de bouger le moindre doigt de la main gauche. Ne pensez pas qu’avec une seule main, on fait 50% de ce qu’on fait avec deux. C’est de l’ordre de 10%: attacher des boutons de chemises, faire des lacets, c’est juste impossible

La toxine botulique pour soigner la spasticité musculaire après un AVC: «Je ne savais plus du tout bouger les doigts»
Après la revalidation, Jean-Marc faisait encore de longues promenades, malgré son pied équin. -

On lui parle alors d’injection de toxine botulique. « C’était un devoir moral envers mes proches d’essayer. Et dès la première injection, j’ai retrouvé une vraie mobilité des doigts. Je peux soulever une caisse, faire la vaisselle, la cuisine, bricoler, jardiner.» Jean-Marc sait qu’il ne sera plus jamais flûtiste virtuose, mais il a pu reprendre une activité professionnelle.

Qu’est-ce que la toxine botulique?

La toxine botulique est une toxine sécrétée par la bactérie responsable du botulisme. Il s’agit d’une neurotoxine,initialement développée comme arme militaire. « Sa 1re utilisation médicale remonte à 1977, pour soigner le strabisme, explique le Dr Fabienne Schillebeeckx, médecin rééducateur à l’UZ Leuven. La FDA américaine l’approuve en 1989 pour soigner le strabisme, les spasmes des paupières et le spasme hémifacial.

En Belgique, le remboursement est autorisé

En Belgique, le remboursement est autorisé en 2001 pour les enfants atteints de paralysie cérébrale après AVC et en 2011 pour la spasticité du membre supérieur avec des conditions restreintes. Depuis le 1er août 2021, le remboursement est acquis pour le traitement de la spasticité du membre supérieur quelque soit la cause et du mollet après AVC et traumatisme crânien.

Comment fonctionne la toxine botulique?

On injecte la toxine directement dans le muscle, sous le contrôle d’une échographie. « Elle agit au niveau de la terminaison du nerf, là où il est en contact avec le muscle. La toxine bloque la libération d’acétylcholine, qui transmet l’information du nerf au muscle, et le muscle ne se contracte plus.», explique le Pr Deltombe, chef du service Médecine physique et réadaptation du CHU UCL Godinne. Le muscle est paralysé, mais le muscle antagoniste fonctionne toujours, permettant de bouger les doigts, le bras, la jambe…

AVC et spasticité: comment traiter le syndrome spastique?

Répandu

Les accidents vasculaires cérébraux sont la 1re cause de handicap. Ils touchent 15 millions de personnes par an dans le monde, et 19 000 en Belgique (52 cas par jour). 30% des victimes d’AVC gardent des déficiences permanentes au niveau de la marche, le langage, et de la préhension.

La spasticité

Elle touche 30 à 50% des patients victimes d’un AVC. «Parfois, on ne peut même plus déplier sa main, dit le Pr Deltombe, chef du service Médecine physique et réadaptation du CHU Godinne. C’est invalidant et douloureux.» Le spécialiste souligne que les problèmes de spasticités ne surviennent pas seulement après un AVC: « c’est aussi le cas avectraumatisme crânien et sclérose en plaques

Les traitements

Les médications orales sont souvent peu efficaces ; la pompe à baclofène, appareil programmable qui administre un médicament, le baclofène, directement dans l’espace intrathécal de la moelle épinière. À côté de la toxine botulique, il y a aussi la chirurgie: la neurotomie (sectionner le nerf moteur qui contrôle le muscle spastique) ou la chirurgie du tendon.

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