Réseaux sociaux et santé mentale: des liens existent, mais à nuancer

Réseaux sociaux et santé mentale: des liens existent, mais à nuancer

Les réseaux sociaux et la santé mentale entretiennent des relations complexes et subtiles qui méritent que l’on fasse preuve de nuance. REDPIXEL – stock.adobe.com

Si les réseaux sociaux influencent notre santé mentale, ce n’est pas nécessairement dans des proportions déterminantes, insiste Pascal Minotte, codirecteur du Centre de Référence en Santé Mentale.

Comment les réseaux sociaux affectent-ils notre santé mentale? La tentation est parfois forte de blâmer plus que de raison Facebook, Instagram, Snapchat et consorts. «S’il existe effectivement un lien négatif entre santé mentale et usage intensif des réseaux sociaux, il faut apporter une série de nuances», insiste Pascal Minotte, psychologue, chercheur et codirecteur du CRéSaM (Centre de Référence en Santé Mentale).

«Dans la littérature scientifique qui se concentre sur les liens entre santé mentale et médias sociaux, les liens statistiques sont relativement faibles», poursuit l’expert. «Pour le dire autrement et plus simplement, l’usage des médias sociaux n’est pas un des déterminants majeurs de la santé mentale. Il ne faut pas le voir comme étant l’explication avec un grand E de potentiels problèmes. Ceci étant, il y a un lien statistique relativement limité qui existe et qui est plutôt négatif, avec des études qui ont été voir comment on peut affiner cette compréhension.»

La question du temps de sommeil

«Ce qu’on va observer par exemple», approfondit Pascal Minotte, «c’est que ce lien statistique est un petit plus prononcé chez les jeunes filles par exemple. Pour le coup, l’explication est assez simple. Gérer sa visibilité en ligne pour les filles, c’est globalement plus compliqué, parce qu’elles sont régulièrement attaquées sur des dimensions auxquelles les hommes ont moins à se justifier, comme l’apparence, la réputation, la légitimité à tenir par exemple un discours sur autre chose que les produits de beauté.»

«La recherche explore différentes dimensions, comme la question du cyberharcèlement, qui impacte évidemment la santé mentale de celui qui en est victime», détaille le chercheur. «Il y a aussi la question du temps de sommeil. Globalement, est-ce que les écrans, notamment les réseaux sociaux, ne seraient pas en train de diminuer notre temps de sommeil et d’avoir un impact négatif sur la santé mentale publique, sur la santé publique en général? Encore une fois, les études nous poussent à nuancer. Elles montrent que l’usage intensif des écrans et des certains types d’applications, comme les jeux vidéo et les médias sociaux, impactent négativement le temps de sommeil, mais très légèrement.

«Pourtant, dès qu’un adolescent est fatigué, on va se dire que probablement il a joué aux jeux vidéo ou qu’il a traîné sur les réseaux sociaux toute la nuit. Il faut nuancer fortement, dans le sens où les adolescents comme les adultes peuvent connaître des troubles du sommeil. Sur le terrain, c’est un biais cognitif qu’on va observer quasi systématiquement: si le gamin est fatigué, c’est parce qu’il est trop devant les écrans. Mais le gamin, il est peut-être fatigué parce qu’il dort mal, parce qu’il est anxieux et angoissé ou encore à cause de problèmes de santé mentale qui ne sont pas générés par les écrans. Éventuellement l’écran peut lui servir à occuper une soirée et une partie de nuit pendant laquelle il n’arrive pas à dormir. Mais ce n’est pas nécessairement l’écran qui est la cause de ses problèmes de sommeil.»

Nos dernières videos