TOURNAI

Le Feldgrau puis d'autres vies

L'occupant est le maître et réquisitionne les immeubles encore debout; demeures, écoles, couvents, fabriques,, rien n'y échappe.

Pour le n° 2 du boulevard Léopold, site de l'école des filles, il est un bien occupé mais il n'en est guère parlé dans les réquisitions et travaux. A-t-il servi d'annexe ou de réserves? Par contre, chez ses voisins, le branle-bas est constant.

Pour unités en transit?

On ne sait quand exactement sont occupés ces lieux mais dès le mois de septembre 1940, le Ville se voit obligée d'y exécuter certains travaux et de garantir le confort des occupants. Qui sont-ils? surveillance ou centre de transit pour petites unités tels les rampants de la Luftwaffe? Il est soumis au Collège du 19. septembre 1940 l'ordre d'exécuter pour le n° 4 des travaux divers et de fournir tables, chaises et couverts ainsi que 20 matelas et couvertures et 40 lits (sic). En octobre, tous les chauffages à gaz des immeubles réquisitionnés doivent être fonctionnels, au 4 c'est fait le 11.

Il serait oiseux de suivre ces réquisitions sauf intérêt spécifique comme lorsque, en septembre 1941, l'une d'elles englobe la condamnation de deux fenêtres avec du barbelé, le placement d'une clôture de barbelés dans la cour et des panneaux de bois au-dessus des portes, l'installation de quatre petits poêles, l'occultation, la fourniture de 30 médaillons de clefs. Protection de l'unité en place?

Auprès des réquisitions dans d'autres immeubles, les demandes à l'ex-Visitation sont bien moins fréquentes..

STO et Haftlager

On ne peut à Tournai, que lier ces deux mots. Le Service du Travail Obligatoire, c'est, après l'échec de l'Allemagne d'attirer en ses usines des travailleurs, surtout spécialisés, dès 1941 avec salaires attractifs, congés réguliers, le recours à des méthodes plus brutales.

Le STO appelle donc des Belges à travailler outre-Rhin; il est promulgué en mars 1942 et est élargi ensuite aux deux sexes et à différences classes d'âge. Les premiers appelés, notamment les travailleurs de Carton et Meura, partent, faute de mieux, vers l'Allemagne où ils participeront, bon gré mal gré, à l’effort de guerre.

Très vite, les appelés utiliseront tous les moyens pour se soustraire à ces départs; les familles et aussi les mouvements de résistance notamment trouvent des refuges, des caches, en ville et au village. L'occupant y répond en faisant la chasse à ceux qui sont des «réfractaires». Pris pour avoir assisté à une joute sportive, à une kermesse, à un bal, ils sont emprisonnés..

Le Haftlager ou centre de détention du boulevard Léopold est la réponse. Il est aménagé vaille que vaille dans le sous-sol du bâtiment arrière dont les caves seront les cellules. Si André Delcampe écrit que «cette prison est créée en juin 1942», les travaux et les fournitures se multiplient en avril et mai 1943 avec treize interventions.

Les interrogatoires sont menés par le caporal dit le tortionnaire Alfred Reckzeh, né le 16 février 1907 à Wutschdorf, feldgendarme. Sa brutalité est légendaire, rapportée par tous et d'autant plus grande que le détenu refuse de parler. L'individu, jugé en 1946 par l'Auditorat Militaire, rentrera ensuite paisiblement dans son pays.

La sûreté est-elle déficiente dans ces caves? La nuit du 14 au 15 juillet 44, ils sont plusieurs détenus à s'évader; le groupe qui descend le boulevard est sauf, celui qui le remonte est surpris par la sentinelle, Louchez, Saelens et Grawboski sont tués sur le coup, Stockman blessé décède peu après.

Faute d'archives, on ne sait combien de prisonniers et quand transitèrent par ce Haftlager

L'armée anglaise libère le site en 1946, la brasserie Duchatelet le rachète en 49 avant de le céder à l'enseignement. Mais c'est là d'autres vies.


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