BASKET-BALL

Axel Hervelle : « Le Spirou aurait pu signer quatre Américains »

Axel Hervelle : « Le Spirou aurait pu signer quatre Américains »

Axel Hervelle ne veut plus passer à côté de jeunes talents. D’où l’importance d’investir encore plus dans la jeunesse. © Bernard Demoulin

Le manager général du Spirou Charleroi revient sur le projet Next Gen avant le Clasico de ce vendredi.

Ce vendredi, c’est le Clasico du basket belge : Charleroi-Ostende. Alors certes, ce duel de légende a perdu de sa saveur ces dernières années tant la différence entre les deux équipes s’est creusée, mais c’est aussi l’occasion de faire le point sur un projet qui fonctionne et qui fait des émules. Pendant des années, Ostende s’est attelé à former des jeunes pour leur permettre d’accéder à l’élite. Aujourd’hui, les Côtiers en récoltent les fruits et le Spirou entend suivre cette voie avec sa Next Gen.

Axel Hervelle, parlez-nous en quelques mots de ce projet Next Gen mis sur pied par le Spirou.

L’objectif est d’avoir une académie de basket et d’établir des relations avec les écoles de la région.

Un projet qui dépasse le cadre purement sportif.

Tout à fait. C’est aussi un projet social. L’idée n’est pas uniquement de former des basketteurs professionnels mais d’éduquer des enfants. De faire en sorte que quand ils sortent de l’académie, ce soit des personnes bien élevées, respectueuses et capables de se retourner si jamais ils ne percent pas dans le basket. Une école de vie en quelque sorte.

Un chemin que vous avez vous-même suivi étant plus jeune.

Exactement. J’ai des amis qui étaient avec moi au centre de formation de Pepinster, qui sont sortis de là sans faire carrière dans le basket mais qui ont très bien réussi dans la vie grâce à la rigueur mise en place par Niksa Bavcevic.

Mais pour y arriver, bien évidemment, comme toujours, il faut de l’argent.

C’est pour cette raison que nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires. Nous partons régulièrement à la rencontre des écoles pour nouer des partenariats. Aujourd’hui, nous n’avons que la Banque CPH qui a adhéré au projet mais nous avons besoin de plus d’aide, notamment du privé. On dispose de l’un des meilleurs centres de formation du pays avec la salle de Jumet et il faut qu’on en profite. Certes, il manque encore de professionnalisation pour une équipe de D1 mais c’est un outil exceptionnel.

Le Spirou ne veut plus passer à côté de certains talents, non plus?

On a toujours investi dans les jeunes mais on n’en a pas profité en passant à côté de joueurs comme William Robeyns ou encore Tito Casero pour ne citer qu’eux. Aujourd’hui, la pyramide s’est concrétisée et d’ailleurs, 75 % de notre effectif vient de notre centre de formation. On veut donner des perspectives aux jeunes et surtout retrouver de la stabilité dans le club sur du long terme.

Un peu à l’image de ce que fait Ostende depuis des années?

On peut copier un modèle comme celui qui a été mis en place par Ostende pendant plusieurs années, en travaillant sur la formation, et qui en récolte les fruits aujourd’hui. D’ailleurs, il est bon de noter que la plupart des jeunes de là-bas ont été formés par Sam Rotsaert et que les nôtres l’ont été par Fred Wilmot. Avec eux deux, je pense qu’on dispose des meilleures personnes qui ont compris l’importance de la formation.

Pour un club comme Charleroi, qui se devait de viser le top tous les ans, cela n’a pas été compliqué de changer la philosophie du club en investissant dans la jeunesse?

Ce switch, c’est ma décision car à mes yeux, c’est un modèle qui fonctionne. On l’a vu à Ostende mais également au Real Madrid qui sort régulièrement d’excellents jeunes comme Luka Doncic, Mario Nakic, Amar Sylla Usman Garuba. Je pense également à Badalone, à l’Estudiantes ou encore au Partizan Belgrade. Toutes ces équipes ont développé leur centre de formation. C’est un modèle qui fonctionne et que j’ai envie de reproduire au Spirou pour un jour à nouveau être de retour au sommet et dans la durée, à l’image d’Ostende.

Ce qui permettra aussi peut-être au club de nouer de nouveaux partenariats.

Grâce à son travail de formation, Ostende a pu avoir des joueurs du top comme Mario Nakic et Amar Sylla. Je pense qu’on doit aussi envisager d’établir des contacts avec des grands clubs étrangers mais cela passera par un travail de formation de qualité. Il y a un gap entre les écoles de jeunes et l’ACB (le championnat de D1 en Espagne) et je pense que nous nous trouvons entre les deux en Belgique. Si on travaille bien, on pourrait entrer en relation avec ce genre de clubs en leur prouvant qu’on est capable de faire évoluer leurs jeunes. C’est dans cette direction que le Spirou doit aller. C’est aussi pour cette raison qu’on s’est entouré des meilleurs formateurs avec Aline Vercleven et Vincent Bouffioux.

Certains ont dit que le Spirou investissait dans la jeunesse car il n’y avait plus d’argent dans les caisses. Est-ce un choix financier ou pas?

C’est tout à fait faux. Ce n’est pas un choix financier. D’ailleurs, on aurait très bien pu avoir quatre Américains dans notre effectif cette saison mais alors, on aurait dû se passer des services de Vincent Bouffioux par exemple. Et ce n’est pas la philosophie que nous voulions adopter. On n’aurait pas eu Vincent Kesteloot non plus, ni Nathan Kuta. Non, nous avons préféré investir dans la jeunesse et on préfère avoir des gars comme Tim Lambrecht et Yoeri Schoepen que des Américains. Ce sont des décisions qui ont été prises pour impliquer au maximum nos jeunes tout en les mettant en avant en leur donnant une chance de se montrer au plus haut niveau en Belgique.

Pas question de se tromper dans le recrutement du coup…

On ne pouvait plus vraiment faire de paris. On savait ce que Jito Kok, Nathan Kuta ou encore Vincent Kesteloot allaient nous apporter. Étant donné qu’on a déjà fait pas mal de paris avec nos jeunes, on voulait être certain d’avoir des gars qui adhèrent complètement à notre projet et c’est le cas.

En misant sur la jeunesse, le Spirou a-t-il tiré un trait sur ses ambitions?

Pas du tout. On reverra le Spirou au top. Nous voulons revenir sur la scène européenne et on veut avoir un rôle à jouer dans tous les secteurs qui touchent de près ou de loin au basket. Je pense que nous devrions récolter les fruits de notre travail dans 3-4 ans.

Ce vendredi, vous allez affronter Ostende dans le Clasico du basket belge. Mais peut-on toujours parler de Clasico tant l’écart entre les deux formations est important?

Pour moi, cela reste un Clasico car l’histoire, on ne peut pas l’effacer. C’est important de garder les valeurs et la nostalgie du passé. Pour nous, cela reste un Clasico. Ostende est la meilleure équipe de Belgique et tout le monde a envie de les battre.

C’est tout de même dommage de ne plus ressentir cette pression à l’entre-deux…

Cette ambiance manque au basket, au produit belge mais aussi aux joueurs. Ce n’est pas du tout la même chose de jouer ce genre de match dans une salle pleine. Mais ça, c’est aux dirigeants de la fédération de travailler sur le produit et de faire en sorte de le promouvoir.

À ce sujet, vous pensez quoi de la BNXT League?

J’y vois du positif dans le sens où dès le début, il y a de l’enjeu. Tout le monde se bat pour terminer cette première partie de saison dans le Top 5. C’est un objectif à court terme qui n’existait pas il y a quelques années et qui nous oblige à être prêt rapidement sans avoir le droit à l’erreur. Après, il faudra voir si on ne perd pas dans le format de la compétition mais il a le mérite de pimenter le début du championnat.

En parlant de supporters, est-ce qu’ils adhèrent à ce projet Next Gen?

Notre objectif est de donner une identité à cette équipe et de faire en sorte que les supporters puissent justement s’y identifier. Je pense qu’ils adhèrent au projet. Il suffit de voir le nombre d’entre eux qui viennent nous supporter quand on joue en déplacement. Je ne pense pas que beaucoup d’équipes en Belgique peuvent se targuer d’en avoir autant à chaque rencontre.

Un avis sur le match de ce vendredi?

On a vu le potentiel de notre groupe et contre Mons, par exemple, nous avons joué vingt minutes excellentes. Si on arrive à jouer notre basket pendant 30 minutes avec notre intensité et de la justesse tactique, je pense qu’on peut faire de bonnes choses. Nos joueurs ne doivent pas avoir peur de regarder Ostende droit dans les yeux et j’espère aussi que les supporters pourront faire la différence.

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