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SOCIÉTÉ

Agressions sexuelles: «C’est une vraie colère qui s’exprime»

Agressions sexuelles: «C’est une vraie colère qui s’exprime»

Près de 1300 personnes se sont mobilisées jeudi dernier à Ixelles. Une nouvelle manifestation est prévue jeudi. BELGA

La thématique des agressions sexuelles contre les femmes est plus que jamais d’actualité. Mais le problème n’a rien de neuf, rappelle Céline Caudron.

Des centaines de personnes exprimant leur soutien aux victimes d’agressions sexuelles, jeudi dernier aux abords du cimetière d’Ixelles. Et un nouveau rassemblement prévu ce jeudi soir. La mobilisation ne faiblit pas, dans la capitale, sur les réseaux sociaux et ailleurs.

La problématique refait surface en raison d’une affaire qui a éclaté dans le quartier festif du cimetière d’Ixelles, à savoir des viols et agressions sexuelles qui auraient été commis par au moins un employé de deux bars. Le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête et confirme avoir reçu plusieurs plaintes.

Dans la foulée, de nombreux témoignages ont été formulés sur les réseaux sociaux, faisant état d‘agressions dans des établissements festifs. Lundi, la secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Sarah Schlitz (Écolo), rapportait une recrudescence de plaintes ces dernières semaines auprès du Centre de prise en charge des violences sexuelles (CVPS) de Bruxelles. Les agressions perpétrées à Ixelles «ont allumé la mèche, mais ce sont des phénomènes généralisés dans notre société», exprimait-elle.

L’afflux de témoignages et la mobilisation de nombreuses femmes démontrent à quel point les agressions sexuelles restent un problème de société, structurel, et qui ne date pas d’hier, appuie Céline Caudron, coordinatrice nationale de l’association Vie Féminine, luttant contre les discriminations et violences faites aux femmes.

Protester pour avancer

«Ces récents événements permettent peut-être une prise de conscience dans la société. Mais pour les femmes, ce n’est pas nouveau. Elles connaissent les agressions, elles sont nombreuses à les vivre, dans l’espace public notamment. Il y a quand même une évolution depuis cinq ou six ans: des femmes qui en parlent, se renforcent mutuellement, reconnaissent de plus en plus que ce n’est pas de leur faute», explique Céline Caudron. Cette libération de la parole, qui a progressé suite à l’affaire Weinstein et à l’avènement du mouvement #MeToo, a au moins une vertu. «C’est de cette façon qu’on peut faire bouger les lignes. Par contre, c’est une vraie colère qui s’exprime», poursuit Céline Caudron.

Au-delà des discours d’intention, de nombreuses femmes attendent désormais des actes. Politiques, notamment. «On entend des discours. La Belgique a ratifié la convention d’Istanbul contre la violence à l’égard des femmes. Mais dans les faits, un fossé subsiste entre ces engagements et la réalité de terrain», déplore-t-elle.

En plus des aspects répressifs ou judiciaires, Céline Caudron insiste sur l’indispensable travail de prévention. Il doit permettre, en amont, d’éviter que de telles agressions soient commises.

En finir avec le fatalisme

Le volet préventif peut sembler abstrait, mais devrait pourtant engager la société dans son ensemble et au quotidien. «Dans les lieux festifs, il s’agit par exemple de sensibiliser les tenanciers de bars, qu’ils soient attentifs à leurs employés, d’autant plus dans des endroits où on consomme de l’alcool. Pour les autorités locales, il peut s’agir d’aménager des espaces publics plus sécurisants pour tout le monde, dont les femmes, au moyen de l’éclairage par exemple.»

Les médias, l’école ou encore le cercle familial sont concernés, puisqu’il s’agit notamment de déconstruire dès l’enfance certains stéréotypes et rôles assignés tantôt aux filles, tantôt aux garçons. Ils contribuent à la perpétuation de ce qui constitue un problème de société bien plus qu’une somme de faits isolés. «Il existe encore une tolérance sociale des violences faites aux femmes. Une forme de fatalisme, “c’est comme ça, on ne peut rien y faire”. En réalité, la responsabilité est collective», soutient Céline Caudron.


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