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ENVIRONNEMENT

Canettes: prime de retour enterrée, vive la consigne?

Canettes: prime de retour enterrée, vive la consigne?

Plus de 10 tonnes de canettes ont été ramassées pendant le projet-pilote. Mais l’efficacité en termes de propreté publique n’est pas atteinte et c’est très coûteux. ÉdA – 10648792271

Le projet de prime de retour pour les canettes a été enterrée ce mardi par les députés wallons. La consigne? On y réfléchit encore.

On n’affirmera pas que le principe d’une consigne sur les canettes (et les bouteilles en plastique) a été acté hier en commission Environnement du parlement wallon. Mais on peut dire sans risque de se tromper que celui de la prime de retour est mort et enterré.

Ce système lancé sous forme de projet-pilote en 2018 par l’ancien ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio (cdH) a fait l’objet d’un rapport d’évaluation (notre édition de ce mardi) qui a été débattu hier par les députés wallons. Pour rappel, le principe était le suivant: 5 euros en bon d’achat dans les commerces locaux pour 100 canettes ramassées dans la nature, mais après une procédure d’inscription plutôt contraignante.

«Malgré quelques signaux positifs, les résultats sont insuffisants en termes d’amélioration de la propreté publique », a ainsi conclu les débats Céline Tellier (écolo). La ministre de l’Environnement n’a pas eu à descendre en flèche le ballon d’essai de son prédécesseur. Les députés s’en étaient déjà chargés…

Trop complexe, trop coûteux, pas d’amélioration de la propreté publique réellement perçue, problèmes techniques des machines de collecte, énergivore en temps et donc coûteux pour les services communaux, système qui n’a mobilisé que 1% de la population des communes concernées et essentiellement un public déjà convaincu, etc., etc. N’en jetez plus… des canettes.

«On ne va pas se cacher derrière son petit doigt, disait ainsi Olivier Maroy (MR). On ne peut pas dire que cette expérience est un grand succès.»

Alors, mort à la prime de retour et vive la consigne? Pas si vite.

Après avoir entendu les responsables de Bewapp, l’ASBL qui a mené ce projet-pilote dans 19 communes ainsi que les auteurs du rapport sur les résultats, les députés wallons ont convenu de poursuivre les auditions des acteurs concernés par un système de consigne. Notamment ceux qui ne voient pas cela d’un bon œil: la grande distribution qui met ce type d’emballage-déchet sur le marché et devrait sans doute organiser le système de consigne, et les acteurs de la collecte et du recyclage (intercommunales, Fost Plus) qui craignent de voir leur échapper une fraction des matières collectées dans les sacs bleus et essentielles à leur business modèle.

L’instauration d’une consigne n’est donc pas encore pour demain. Mais aucun groupe politique, y compris le MR qui semblait être le plus réticent, ne ferme la porte. La réflexion se poursuivra, assure la ministre Tellier. Et elle devrait même prendre un rythme plus rapide puisque les auditions sont prévues lors de la prochaine commission, dans 15 jours.

 

 

Un système cher et peu efficace

 

Seulement 1% de la population a participé au ramassage de canettes dans le cadre de la prime de retour. C’est très peu et c’est encore plus faiblard quand on sait que 58% des canettes ramassées l’ont été par 10% des participants. Des convaincus et des personnes déjà engagées dans l’action citoyenne et la protection de l’environnement donc. Objectif sensibilisation manqué.

Plus de 2,8 millions de canettes ramassées (10,4 tonnes) ce n’est pas mal en soi. Mais au regard du coût de l’opération prime de retour, c’est 7 570€ par tonne. Ça fait cher la canette: 0,28€ précisément. «En Norvège, le coût de la consigne est de 0,03€», donnait en comparaison le député écolo Christophe Clersy. Quant au coût de la gestion des déchets sauvage, c’est 2 763€/tonne. La consigne serait-elle plus efficace? L’expérience d’autres pays le montre, même si la comparaison peut être biaisée puisqu’ils n’ont pas de système comparable au sac bleu wallon. Pour la ministre tellier, cela ne doit de toute façon pas empêcher de «poursuivre d’autres actions de propreté publique afin de toucher différents types de déchets, différents types de lieux et l’ensemble des profils d’inciviques. C’est le principe de la “boîte à outils”, comprenant déjà des appels à projets, des sanctions plus sévères ou encore des actions ponctuelles».

 

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