TOURNAI

Le Tournai d’avant: avec les Sœurs bleues durant 36 ans

Méconnue et intéressante histoire que celle de ces n° 4 et 6 du boulevard Léopold où s'implante la Congrégation de la Visitation de Marie en 1904.

L'idée naît en 1604, la concrétisation en 1610 de la volonté de Jeanne Françoise Frémiot, future sainte Jeanne de Chantal et de l'évêque François de Sales. Ainsi se forme une congrégation d'Oblates dont le succès sera fulgurant. Les statuts en sont souples – toutes les femmes sont admises – et le volet social attirant «dans une vie d'humilité et d'effacement, visiter malades et pauvres et les réconforter». Le pape Urbain VII approuve en 1625 la constitution de la Congrégation de la Visitation de Marie. Dès lors, les religieuses prononcent leurs vœux perpétuels.

Des monastères essaiment partout dans le monde, nombreux en Belgique, le plus proche de Tournai étant le pensionnat de Blandain ouvert en 1859 et subordonné au couvent de Celles.

Pour enseigner

La congrégation sera, comme toutes les institutions françaises, victime des lois de la République en fin XIXe ; elle est supprimée en 1792, rétablie par Napoléon en 1805. Après un lent redémarrage, les congrégations religieuses sont supprimées en 1904 parles lois Combes. Les pays limitrophes accueillent les religieuses.

À Tournai, cette même année 1904, quelques Sœurs bleues – couleur de leur robe – venant du monastère d'Amiens, s'installent dans le nouveau bâtiment qu'elles ont fait construire au n° 4 d'un boulevard Léopold encore désert sur un vaste terrain cerclant, entre deux artères, les écoles de la porte de Lille. Elles y vivent quasi en vase clos, semblent avoir gommé leur ancien rôle de «Visitandines» ou du moins il doit être bien modeste, ne paraissent pas dans la vie religieuse mais, certitude, elles enseignent.

Leurs élèves sont exclusivement françaises, issues en majorité de familles aisées. Pour elles, à l'arrière des bâtiments en front à rue du boulevard s'est construit un vaste complexe scolaire de brique, avec, sans doute, un pensionnat. L'ensemble existe toujours.

Accroissement de la population scolaire et/ou du nombre de religieuses, le besoin d'espace se fait bientôt sentir. En 1913, les demanderesses Dary Fanny et Boury Clotilde, agissant au nom de leur communauté de la Visitation introduisent une demande de bâtir «dans la cour du n° 4, un bâtiment à usage de chapelle et de dépendances». Ce sera le n° 6 du boulevard, élevé sur les plans de l'architecte Liévin Reynvoet qui architecturalement, par ses lignes et sa couleur blanche, s'oppose au n° 4. Il comporte essentiellement une très vaste chapelle et quelques pièces annexes

Après la Grande Guerre qui interrompt l'activité scolaire, la vie reprend presque normalement.

Mais en France, les lois offrent dès 1925 des débouchés dans l'enseignement pour les religieux et religieuses. Assez logiquement, les familles françaises n'envoient plus guère leur progéniture hors frontière.

Les Sœurs bleues suivent le même chemin et lorsque la seconde guerre mondiale éclate, elles ne sont plus que deux qui quittent Tournai le 2 août 1940. Pour ne plus y revenir.

Les grands édifices du couvent de la Visitation sont abandonnés; pas pour longtemps.


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