La prison de Mons est l'une des pires du pays: c'est son directeur qui le dit

La prison de Mons est l'une des pires du pays: c'est son directeur qui le dit

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Vincent Spronck a pris ses fonctions il y a tout juste un an. Entretien.

Après avoir dirigé les prisons de Tournai, Nivelles et Forest, Vincent Spronk a débarqué à Mons il y a tout juste un an. Évidemment, l'état délabré du bâtiment érigé à la fin du 19e siècle n'a pas laissé indifférent le criminologue de formation. Mais pas de quoi le dépayser non plus.

"J'ai toujours travaillé dans des prisons anciennes, donc je n'ai pas été surpris par ce que j'ai vu", explique Vincent Spronck. "Ce sont des prisons usées jusqu'à la corde avec trop de détenus. Ça impacte les conditions de détention, mais aussi les conditions de travail des agents. Un bête exemple: nous n'avons pas de centrale téléphonique ou de téléphones portables pour communiquer entre nous. Il faut toujours courir physiquement les uns après les autres."

Et comme toutes les vieilles prisons, celle de Mons est en ville. Ce qui peut tout de même présenter quelques avantages aux yeux du directeur. "C'est facilement accessible aux familles qui viennent en visite, au personnel ou aux associations qui viennent travailler dans la prison. Mais ça facilite aussi les largages dans le préau, c'est un problème que l'on connaît", nuance Vincent Spronck. "Le parking est également problématique."

Le Bruxellois n'est pas tombé de sa chaise en découvrant la prison de Mons. "Je viens de Forest où il n'y avait pas de toilettes dans certaines cellules." Mais cette prison déménagera en 2022 dans le nouvel établissement d'Haren. À Mons, rien de prévu pour le moment. "C'est une légende urbaine cette histoire-là! J'en entends parfois parler, mais je n'ai jamais été mis au courant officiellement d'un projet de remplacement de la prison."

S'il n'est pas tombé de sa chaise, Vincent Spronck reconnait tout de même que "la prison montoise est l'une des pires du pays." Un nouveau bâtiment serait bien nécessaire. "En attendant, la régie des bâtiments tente de faire ce qui est possible. Mais il y a une lourdeur importante des procédures avant de pouvoir lancer les travaux. Nous sommes toujours dans une espèce de bricolage en attendant que ça commence. Et comme c'est très lent à cause des procédures, les priorités peuvent changer en cours de route. On planifie par exemple de réparer telle pièce, mais entretemps, une autre structure lâche. C'est donc difficile d'avoir une politique structurée à long terme."

À cela s'ajoutent les punaises et la surpopulation carcérale. Problèmes récurrents à Mons. Mais a priori, on n'est pas près de revoir un arrêté du bourgmestre. La situation s'est en effet améliorée. "Mons a connu au plus haut près de 400 hommes pour 275 places. Cet été, période toujours plus calme, nous étions à 300. On a connu une certaine paix à ce moment-là. Tout est plus facile quand on n'est pas les uns sur les autres. Aujourd'hui, on est 333. Mais 25 cellules sont bloquées, dont certains à cause des punaises. Ça va mieux qu'avant à ce niveau-là, mais ce n'est pas encore réglé. Ça reste donc assez tendu. Et nous sommes inquiets, les détenus condamnés à des peines de moins de trois ans vont rester en prison en attendant une décision du tribunal, alors que certains pouvaient bénéficier d'un bracelet électronique. Ce système va prendre fin et on risque d'avoir un choc de surpopulation."

Heureusement pour Vincent Spronck, ces problèmes sont pour l'heure compensés par une Montoise Touch. "Il y a une forme de bonhomie, c'est une couleur locale. Une sorte de simplicité dans les contacts entre les uns et les autres qui fait que ces difficultés objectives ne se transforment pas en grosses tensions. C'est assez remarquable. Les agents font un boulot qui est loin d'être simple, mais ils ont une certaine habilité pour nouer des contacts avec les détenus. Ça n'empêche pas les incidents et les problèmes individuels. On reste dans une prison évidemment. Mais il y a une écoute et un déminage permanent."

Grégoire Lalieu


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