article abonné offert

FOOTBALL

Diables rouges: cinq questions avant un cinquième grand tournoi

Diables rouges: cinq questions avant un cinquième grand tournoi

Roberto Martinez ne semble pas se remettre en question. BELGA

Après 2014, 2016, 2018 et 2021, la génération dorée des Diables aura-t-elle une ultime chance de briller au Qatar? Tentons d’y voir plus clair…

 

1.RobertoMartinez veut-il changer?

 

Le Final Four de la Ligue des Nations était le rendez-vous idéal pour situer l’équipe belge, entre l’Euro et la Coupe du monde. Les deux défaites, surtout celle contre la France (2-3), ont fait remonter, ou ont entretenu, quelques doutes autour du management de Roberto Martinez.

Son système est immuable et le sélectionneur est apparu agacé, dimanche après la défaite contre l’Italie, quand la question d’une éventuelle évolution lui a été posée. À ses yeux, ce n’est pas le système qui pose problème, mais son animation. C’est un classique du genre, pour l’explication, mais certains soucis persistent : la défense à trois est-elle toujours un gage de sécurité? Mais une défense à quatre (et avec qui?) apporterait-elle plus de certitudes? De Bruyne doit-il évoluer plus bas? Ou ce serait perdre sa force de création? Pour le moment, Martinez est fermé à ce débat.

Ce qui apparaît aussi dans la communication du sélectionneur est son absence de remise en question, en public du moins. C’était apparu une première fois après l’élimination à l’Euro, quand il avait balayé l’idée qu’il avait été battu tactiquement par Roberto Mancini.

Lors de ce Final Four, il a aussi cherché les explications ailleurs. La défaite de jeudi? Les joueurs ont été dépassés, sur un plan émotionnel, et «on a arrêté de jouer». La défaite de dimanche? Il a notamment pointé l’arbitrage de M. Jovanovic, pas à la hauteur de l’événement, et a regretté le manque de respect que cette génération mériterait, pointant les médias. Il flotte dans l’air des Diables un parfum de remise en question et Martinez n’apprécie pas trop cette ambiance.

Il a une grosse année pour apporter d’éventuels changements et poser les bons choix d’hommes (et de système?). Une chose semble acquise toutefois : un départ n’est pas à l’ordre du jour.

 

2.Lesjoueurs peuvent-ils encore y croire?

 

La question a été posée par Yannick Carrasco, samedi lors de la conférence de presse, à un confrère qui interrogeait le joueur de l’Atlético Madrid sur la chance de gagner encore un tournoi. «Et vous, vous croyez en nous? Parce qu’on a l’impression que vous n’y croyez plus trop.» C’était après la défaite contre la France, qui avait souligné les limites belges quand la route s’élève.

Dimanche, après le revers contre l’Italie, Timothy Castagne et Kevin De Bruyne ont posé des constats clairs. «Il serait temps qu’on passe un cap, car il manque chaque fois quelque chose pour gagner contre ces équipes», avait pointé le joueur de Leicester, alors que celui de Manchester City a glissé : «Nous ne sommes “que” la Belgique. L’Italie ou la France ont 22 joueurs de haut niveau, pas nous.»

Pas besoin de sous-titre, même si le constat n’est pas neuf : la Belgique a besoin d’être au complet, et sans pépin, pour être performante. En 2018, c’était le cas. En 2021, beaucoup moins, et, en 2022, la moyenne d’âge aura encore augmenté, avec les risques que cela suppose. La génération dorée aura une dernière chance au Qatar, et la question sera de savoir si dans l’année qui arrive la nouvelle génération parviendra à élever son niveau pour être complémentaire, ou compenser les éventuelles absences.

Quand Castagne explique qu’il manque chaque fois quelque chose pour faire tomber un grand, il pointe un mal récurrent qui ne pourra pas être totalement corrigé en treize mois. Il reste une dernière donnée, plus délicate : comment gérer l’approche mentale d’une équipe qui s’est cassé les dents lors des grandes échéances essentielles depuis 2018, et va voir arriver la Coupe du monde 2022 comme sa dernière chance? Il ne faudra pas sous-estimer cet élément, et éviter que les démons viennent rôder dans les têtes quand la Belgique arrivera à nouveau en position de conclure, comme contre la France.

 

3.QuelsDiables ont marqué des points?

 

Pendant le Final Four, Martinez a utilisé 15 joueurs de champ. Dont une grande majorité de cadres qui ont l’assurance d’être au Qatar sauf pépin physique (Vertonghen, Alderweireld, Denayer, Witsel, Tielemans, Carrasco, Castagne, De Bruyne, Eden Hazard et Lukaku). Parmi les cinq autres joueurs alignés, seul De Ketelaere a vraiment marqué les esprits. Et des points. Le Brugeois de 20 ans a montré qu’il avait faim et qu’il pouvait s’adapter au niveau pendant sa grosse demi-heure face à l’Italie.

De leur côté, Saelemaekers, Vanaken et Batshuayi ont quand même profité d’une place de titulaire en petite finale pour démontrer qu’ils étaient bien placés dans la tête du sélectionneur, à un an de la Coupe du monde. Les deux premiers cités sont polyvalents dans le système tactique de Martinez, un atout important quand il faut rendre une liste de vingt-trois. L’attaquant du Besiktas n’est toujours pas au niveau de Lukaku (et ne le sera jamais) mais il a montré une belle implication, même dans son jeu défensif. Il est largement en avance sur Benteke, non repris, pour être la doublure de la star de Chelsea.

Un quinzième joueur a pu monter sur la pelouse au Final Four mais il va rentrer en club très déçu : Trossard n’a eu droit qu’à une poignée de minutes contre l’Italie alors qu’il aurait pu s’imaginer être la doublure d’Eden (il l’avait remplacé dans le dernier quart d’heure contre la France). Il devra prouver à Brighton, l’une des belles surprises actuelles en Premier League, qu’il peut regrimper dans la hiérarchie.

 

4.Quelsjoueurs peuvent s’inquiéter?

 

Les absents ont toujours tort, paraît-il. Malgré les deux défaites au Final Four, Martinez ne va pas bouleverser son groupe. Sur les 20 joueurs de champ qu’il pourra prendre au Qatar (si on repasse bien aux groupes de 23 en tournoi comme avant le Covid), il n’y a déjà plus beaucoup de places, surtout si on ajoute Meunier, Doku, Thorgan Hazard et peut-être même Praet, blessés lors de ce rassemblement. Les anciens Mertens, Benteke et Chadli peuvent s’inquiéter sérieusement. Ils devront vraiment briller en clubs pour retrouver une chance dans un noyau qui se régénère lentement mais sûrement quand même.

D’autres peuvent avoir plus d’espoir mais doivent quand même se poser des questions. En ne recevant aucune seconde de jeu au Final Four, Boyata, Dendoncker et Lukebakio ne sont actuellement que des garnitures dans l’esprit de Martinez. Les deux premiers sont des joueurs à vocation défensive et pourront probablement profiter du manque de profondeur de notre réservoir pour garder un certain optimisme en vue du Qatar, même s’il ne faut pas oublier Vermaelen, bloqué au Japon. Pour Lukebakio, ça pourrait se compliquer avec le retour de Doku et des frères Hazard.

Si l’on excepte les gardiens (où la hiérarchie reste très claire derrière Courtois), un autre appelé au Final Four n’est pas sorti du banc : Theate. Rien d’illogique pour le dernier venu, appelé de dernière minute suite à la blessure de Thorgan. Le jeune arrière de Bologne part de loin mais peut encore entretenir un espoir. Dans la tête du coach, il passe derrière Vanheusden (même s’ils n’ont pas le même pied fort) mais les prestations en club vont encore jouer. Actuellement, Vanheusden est réserviste à Genoa et Theate titulaire à Bologne.

 

5.LesDiables seront-ils encore soutenus?

 

Le mois prochain apportera un enseignement intéressant : combien de tickets seront vendus pour la venue de l’Estonie le 13 novembre au stade Roi Baudouin? Ce sera un bon indicateur du soutien populaire actuel des Diables. L’adversaire n’est pas prestigieux mais ce sera probablement le match de la qualification officielle pour la Coupe du monde. Pour les autres grands tournois, ce moment avait toujours été célébré dans une communion entre les acteurs du terrain et des tribunes.

Les deux défaites au Final Four n’ont pas réchauffé un enthousiasme largement refroidi par la sortie en quart contre les Italiens à l’Euro. Sur les réseaux sociaux, les joueurs et Martinez ont été ouvertement critiqués (même s’il faut relativiser l’habituelle démesure de ce genre d’endroit). Peut-on être en tête du classement FIFA et impopulaire? La Belgique reste le champion du monde du surréalisme.

À Turin, on a quand même senti un vrai soutien pour les Diables. Contre la France mais aussi face à la Squadra Azzurra malgré l’enjeu relatif et la déception de la demi-finale. Hormis au moment (fabuleux) de l’hymne italien chanté par tout le stade, ce sont les Belges qui mettaient l’ambiance au Juventus Stadium. Et ce sont eux qui ont lancé la ola. Le noyau des supporters de longue date reste conséquent et positif. Ce sont eux aussi qui assurent le tempo au Heysel. Reste à voir combien ils seront pour les accompagner contre l’Estonie.

Nos dernières videos