ASSISES DE NAMUR

Assises de Namur: «Xavier Van Dam a dit lui-même qu’il méritait la peine maximum»

Assises de Namur: «Xavier Van Dam a dit lui-même qu’il méritait la peine maximum»

Marc Preumont, avocat des proches de la victime ÉdA – Florent Marot

Pour Me Marc Preumont, avocat de la famille de Wivine Marion, partie civile, il n’y a aucun doute sur la culpabilité du Flawinnois Xavier Van Dam. Il n’y a rien, dans les faits et dans le dossier, pour le sauver.

Une table basse installée devant lui, plusieurs fardes du dossier sur la table et, surtout, deux grandes photos de Wivinne Marion. Me Preumont, avocat des parties civiles s’est adressé aux jurés de la cour d’assises en revenant sur celle qui a perdu la vie le 1er novembre 2018 au matin. «Comment pourrais-je mieux vous en parler que sa famille, ses amis, ses collègues? Quelle humanité autour de ce rayon de soleil. Mon but, c’est de faire revivre la personne qui n’est plus là.» Il a lu l’éloge funèbre de son ancien responsable du service de néonatologie à Liège, où la victime a travaillé avant de continuer sa carrière au CHR de Namur. «Elle était dynamique, désireuse d’apprendre avec une volonté de transmettre son savoir. Elle a créé le vade-mecum du service néonatal de Liège qui est, aujourd’hui encore, utilisé.»

Après être revenu sur le portrait, idyllique, de la victime, l’avocat s’est penché sur celui de l’accusé, Xavier Van Dam. Le ton de Me Preumont a changé. «On ne parle pas d’un rayon de soleil mais d’un bon à rien prêt à tout!» Une description glaçante. «C’est une agression préméditée, bestiale, sauvage qui se traduit juridiquement par un assassinat, viol et séquestration.» Il y a, également dans le chef de Xavier Van Dam, une absence d’humanité. «Quand on lit certaines de ses déclarations, on préférerait avoir rêvé. Il dit: “J’ai acheté deux muffins au chocolat (à la station Q8 avant les faits, NDLR), ma compagne ne les aura jamais.” Oh oui, que c’est triste, mon dieu, déclarait Me Preumont. N’est-ce pas plus triste qu’il aille chercher les 100€ du baby-sitting de sa copine, chez lui, pour aller au bordel? Il a plus d’état d’âme pour ses muffins que pour ses victimes.»

Pour l’avocat, il n’y a pas de doute sur la culpabilité du Flawinnois. Pendant plus d’une heure, il a détaillé ses propos en reprenant de nombreux éléments du dossier: les résultats de l’enquête, les détails, la préméditation, le trou noir, le contrôle de l’information.

 

1 Les résultats de l’enquête de police:

 

«La Renault croise Wivinne Marion chaussée de Louvain. Il la suit, la précède sur certains endroits de son trajet. L’enquête démontre que la victime est agressée physiquement sur le chemin des Tombes. Elle est placée dans le coffre, elle subit une pénétration anale et vaginale avec éjaculation. Xavier Van Dam est ensuite repéré à Flawinne où il pousse sa voiture dans la Sambre.» Le tout avec une violence inouïe. «Elle est mise à mort par une strangulation extrême, un traumatisme laryngé majeur. Il l’a achevée après lui avoir fait tout le reste. C’est l’œuvre de l’accusé.»

 

2 Les détails manquants:

 

Il manque, en raison du trou noir de Xavier Van Dam, plusieurs éléments précis dans les faits. Mais, pour M Preumont, ils n’ont finalement que peu d’importance. « Peu importe de savoir si le viol a été immédiat au chemin des Tombes, près du Bunker, ou qu’il s’agisse d’un viol sur une personne qui ne pouvait plus se contracter, plus rien empêcher. Peu importe de savoir si la mise à mort s’est produite au moment où l’accusé est aperçu par l’agriculteur ou après. Peu importe si Xavier Van Dam s’est rendu, ou non à Onoz. Quand je vous dis que ça importe peu, je n’évacue pas les problèmes. Je vous dis ça car, au niveau des actes, Wivinne Marion a été tabassée, séquestrée, violée et mises à mort. Ces quatre choses ont eu lieu, qu’importe le lieu et le timing. Sa description des faits n’aurait pu qu’être utilisée pour la confronter aux éléments d’enquête. C’est tout.»

 

3 La préméditation:

 

L’avocat des parties civiles s’est ensuite intéressé à la question de la préméditation. Il n’y a pas photo. «Il chasse sa proie avec ses allées et venues en voiture. L’agression complète est préméditée. Il était prêt, disposé à commettre d’un bout à l’autre ce qu’il a fait. Il avait choisi, décidé de celle qui allait y passer dans tous les sens du terme.» Le trou noir, qui a été longuement analysé par les experts, n’a pas de sens.

 

4 Le trou noir:

 

Selon les psychologues et les psychiatres, le trou noir évoqué par l’accusé ne tient pas la route. «Je dirais même que c’est de la comédie pour nous distraire pendant deux ans. C’est une amnésie de circonstance, de confort. Il se protège dans son trou noir», analyse l’avocat Il reprend une des auditions. «A une question d’un enquêteur, il répond: Si c’est moi, je n’ai pas envie de m’en souvenir. C’est une amnésie purement bidon pour son confort personnel.»

 

5 Le contrôle de l’information:

 

Ce qui permet à M Preumont d’affirmer que ce trou noir est inventé par l’accusé, c’est le fait que Xavier Van Dam, à de nombreuses reprises, a gardé le contrôle des informations. «Au départ, il joue aux imbéciles avec le policier qui l’a mis en joue. Quand ce dernier lui demande où est la voiture, il répond d’abord “Je ne sais pas” puis, “j’ai eu un problème d’embrayage”. Et la fille dans l’auto? “Je ne sais pas de quoi vous parlez.” Alors qu’il sait très bien qu’il y a un corps dans son coffre. Il l’a dit! Dès ce moment, il commence à maîtriser l’information.» Et à plusieurs reprises lors des auditions, il a coupé court. «Il prétend s’être réveillé à Onoz. Et, sans transition, il déclare aux enquêteurs: “Mais ne me demandez pas comment je suis arrivé là”. Il ferme la porte à la question qui n’est pas encore posée. Plus tard, à d’autres questions comme celle du pourquoi il a jeté sa voiture à l’eau, il répondra “Je ne vous répondrai pas maintenant.” Aujourd’hui, le “pas maintenant” est devenu “jamais”».

Pour toutes ces raisons, mais aussi parce qu’il y a un risque avéré de récidive, des traits manifestes de psychopathiques, Me Preumont a demandé aux jurés de condamner l’accusé d’assassinat, de viol et de séquestration. «Je ne peux pas parler de la peine. Mais les parties civiles ont des attentes à ce sujet.» Avant de conclure: «Rappelez-vous qu’il a déclaré, en arrivant au commissariat de police que, «de toute façon, pour les gens comme moi, c’est la peine de mort.» Aujourd’hui, elle est abolie. Mais il a dit lui-même ce qu’il méritait, à savoir, la peine maximum.» Les jurés, en fonction du temps du réquisitoire de l’avocate générale puis de la plaidoirie de la défense, pourraient se prononcer sur la culpabilité de Xavier Van Dam en fin de journée, voire dans le courant de la soirée.

Pour l’avocate générale, le «chasseur Van Dam» avait prémédité son projet de violer et de tuer

 

La première substitute du procureur du Roi, Audrey Séminara, était de garde le 1er novembre 2018, lorsque Wivinne Marion a disparu et a perdu la vie. Malgré son statut de magistrate, il y a derrière la toge, une femme qui se dit encore heurtée aujourd’hui. Retraçant la ligne du temps des faits, elle est revenue lors de son réquisitoire en tant qu'avocate générale sur le témoignage de l’agriculteur, Jacques L., témoin clé des faits. «Il a vu un homme frapper une femme et la mettre dans son coffre. Il a entendu qu’elle criait “Maman, maman, maman”. Ce cri de désespoir m’a hantée la journée et le soir du drame, les jours qui ont suivi et encore maintenant», confie-t-elle. Comme l’avocat des parties civiles, Me Preumont, elle remercie vivement l’agriculteur qui a partiellement relevé le numéro de plaque de Xavier Van Dam et la marque de la voiture. «Vers 9h20, on a pu directement partir sur la piste du suspect grâce à lui».

Implacable froideur de l’accusé

A 10h18, Xavier Van Dam est vu rue Tir de Ronet en train de jeter sa voiture dans la Sambre «non sans avoir pris soin de sortir ses petits effets personnels comme la bière qu’il vient d’acheter, son paquet de cigarettes, etc. Par contre, il ne prend pas la peine de sortir le corps du coffre de sa voiture», signale l'avocate général. Quand les enquêteurs parviennent à mettre la main sur lui ce jour-là et lui demandent où est la victime, il répond posément et avec une implacable froideur: «Je ne vois pas de quoi vous voulez parler!»

Ce jour de Toussaint, les pompiers et la protection civile sont à pied d’œuvre pour repêcher le véhicule de Van Dam, plongé à 2,60 voire 2,80 m de profondeur. «On ne veut pas y penser mais objectivement, on sait que c’est trop tard. À 16h43, la voiture a été repêchée et on est tous là (juge d’instruction, etc) pour l’ouverture du coffre qui se fait dans un silence religieux», relate la représentante du ministère public. En apercevant la chevelure blonde, ils ont alors compris que c’était malheureusement bien le corps de Wivinne Marion. Une image qu’ils n’oublieront jamais. Pour Audrey Séminara, cet assassinat est la résultante d’une mauvaise rencontre. «Wivinne Marion était au mauvais endroit au mauvais moment». Quant au mobile, la magistrate l’attribue aux pulsions sexuelles de l’accusé et à sa personnalité aux traits psychopathiques. «Quand il a décidé quelque chose, l’autre n’existe plus. II veut assouvir ses désirs, fut-ce en agressant ou en tuant.»

Le chasseur Van Dam

Xavier Van Dam a l’habitude de boire. Un témoin a même dit que c’était «une machine». À cela s’ajoutent la drogue et la drague. «On a vu défiler au procès un certain nombre de jeunes femmes qui ont un souvenir de lui de drague lourde voire très lourde, souligne Audrey Séminara. Ce qui ne fait aucun doute sur le comportement du chasseur Van Dam quelques heures avant le drame. Lorsqu’il a bu, il veut lever une fille. Pour importe que sa compagne l’attende à la maison.» Durant sa fin de soirée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2018, Xavier Van Dam a pris un rail de cocaïne et, se rendant compte qu’il était dans la dèche, est reparti à son domicile voler 100€ à sa compagne. «L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais la cocaïne le met dans un état d’excitation. Il ne ressent pas les effets de la fatigue. Il veut continuer la soirée, poursuit Audrey Séminara. Alors, avec beaucoup de lucidité, il se rappelle qu’il y a de l’argent chez lui. Argent qu’il utilise pour assouvir son appétence sexuelle. Plutôt que de choisir une relation sexuelle consentie avec sa compagne, il se rend vers un bar à champagne à Gembloux (qui est fermé) puis à un autre à Lives-sur-Meuse, où il en entretient une avec une prostituée. D’après les images des caméras de surveillance, Xavier Van Dam marche normalement et est présentable lorsqu’il arrive devant la vitrine.»

Après une demi-heure avec la prostituée, il poursuit son chemin et croise la route de Wivinne Marion, blonde, jolie, sportive. «Il fait plusieurs allers et venues, prend la décision de la suivre et évalue à quel moment propice il va pouvoir l’intercepter pour la violer et la tuer. Son projet criminel, il l’a fomenté et arrêté de sang-froid, estime l'avocate générale. Il va aller au bout coûte que coûte et va jusqu’à la mettre à l’eau sans savoir si elle est toujours vivante ou déjà morte.» Il sait ce qu’il fait, il choisit même la meilleure pente pour faire glisser la voiture plus facilement.

Un trou noir auquel seul l’accusé croit

Quant au trou noir que l’accusé évoque depuis le début, la magistrate n’y croit guère. «Il n’a jamais eu de trou noir, il ne veut simplement pas s’expliquer sur les faits. Depuis le début, j’ai trouvé Monsieur Van Dam spectateur de son procès. C’est son choix. Mais la famille et les proches de Wivinne Marion attendent des réponses. Or, il persiste et signe à ne pas les donner». La psychologue venue témoigner au procès avait fait une déclaration qui en dit long: «Le psychopathe a une bonne mémoire pour oublier». Audrey Séminara rappelle que la drogue et l’alcool ne sont pas des circonstances qui permettent de dédouaner l’accusé de sa responsabilité pénale. Pour elle, il y a une nette différence entre ne pas se souvenir et refuser de s’expliquer. Même acculé par des éléments accablants, Xavier Van Dam a fait usage de son droit au silence. «Ça traduit un mépris pour tout le monde», considère-t-elle. Au vu de tous ces éléments, elle réclame que la culpabilité de l’accusé soit retenue par les douze jurés. «Le deuil de la famille et des proches de Wivinne Marion passe nécessairement par la reconnaissance de la responsabilité pénale de Xavier Van Dam», a conclu la magistrate.