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PHOTOS | L’institut de l’abbaye de Flône est centenaire

Arrivées de Gand, les Dames de l’instruction chrétienne se sont installées à Flône en 1921.

Certes, trois chevaliers Hesbignons peuvent être considérés comme les pères fondateurs du lieu: vers 1080, ils construisent un complexe, constitué d’un hôpital et d’une église, qui sera rapidement reconnu comme abbaye par l’évêque de Liège. Et bien sûr, les premiers occupants durables de Flône furent des chanoines de Saint-Augustin, présents jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, et la confiscation de l’abbaye par les révolutionnaires. Mais celles qui ont donné à l’abbaye de Flône, la forme et la fonction que nous lui connaissons encore aujourd’hui, ce sont bien les Dames de l’instruction chrétienne, une congrégation de religieuses «spécialisée» dans l’éducation de la jeunesse. «À l’époque nous étions installées à Doorsele, dans la banlieue de Gand, explique sœur Marie-Cécile, l’une des dernières religieuses présente à Flône (voir ci-contre). Mais cela devenait insalubre à cause des usines, et Flône était une belle opportunité.» En 1921, après avoir racheté la propriété aux Dames du Sacré-Cœur, elles ouvrent donc une école fondamentale et secondaire. Qui fête aujourd’hui ses 100 ans.

Mixité, un vent de fraîcheur

En un siècle, l’Institut de l’Instruction chrétienne de Flône n’a cessé de croître (surtout au niveau des effectifs), même si l’essentiel des infrastructures remonte encore aux XVIIe et XVIIIe siècles. De quoi en mettre quotidiennement plein la vue aux élèves qui franchissent ses portes. Pour cette rentrée 2021-2022, ils sont d’ailleurs 1114 dans le secondaire et 460 dans le fondamental. Pour les sœurs, dont le rôle s’est progressivement réduit, l’instauration de la mixité en 1978 reste une étape marquante dans l’histoire récente de l’établissement. «Ça, je dois dire que cela a amené un vrai changement, analyse Sœur Marie-Cécile. Les filles étaient, comment dire, souvent mécontentes. Mais quand les garçons sont arrivés, cela s’est atténué, et elles ont moins fait les folles.» La répartition garçons/filles frise d’ailleurs aujourd’hui le 50/50 même si l’internat, lui, reste exclusivement féminin.

PHOTOS | L’institut de l’abbaye de Flône est centenaire
Pierre-Yves Helmus et Marie Dufour dirigent respectivement la section secondaire et la section fondamentale de l’institut de l’instruction chrétienne à l’abbaye de Flône. «Nous essayons de perpétuer nos valeurs, qui sont l’accueil, le respect, la solidarité et l’exigence», avance Pierre-Yves Helmus. «La continuité d’enseignement entre le fondamental et le secondaire est une richesse pour tout le monde», affirme Marie Dufour. Heymans

 

Trois sœurs pour une abbaye

Sœur André-Marie, sœur Marie-Cécile et sœur Eva sont toujours présentes à Flône.

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Les trois «descendantes» des fondatrices. Heymans

Elles sont un peu la «mémoire vivante» des lieux: sœur André-Marie, sœur Marie-Cécile et sœur Eva sont les trois dernières Dames de l’instruction chrétienne sur le site de l’abbaye. La doyenne, sœur André-Marie, est arrivée comme élève en 1944! «Ma première impression, c’est que le lieu était glacial», glisse celle qui a rapidement vu l’armée américaine débarquer dans les dortoirs, et a fini sa carrière comme directrice des études. « Au départ, nous étions évidemment plus nombreuses et divisées entre des sœurs enseignantes et des sœurs en charge de l’entretien des lieux, précise Sœur Eva, seule religieuse du trio à ne pas être passée par la case enseignement. Aujourd’hui, nous sommes au service de tout le monde.» Le trio devrait d’ailleurs prochainement recevoir en renfort une sœur du Brésil, pays où les Dames de l’instruction chrétienne sont encore bien implantées, à l’instar de l’Angleterre et du Congo.

 

 

«Ce n’est pas une école de ville, ça crée une certaine cohésion»

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Anne-Françoise SEREDYNSKIDoyenne des professeurs de langue Heymans

«Je suis entrée à l’abbaye de Flône en primaire, en 1973. Ma maman y était enseignante, et mes enfants sont également venus étudier ici. Je pense que la force de l’école est d’être restée très familiale même si elle n’a cessé de grandir. Les élèves me disent souvent qu’ici on se soucie d’eux, et c’est vrai. Il y a aussi beaucoup de solidarité. Ce n’est pas non plus une école de ville: il n’y a rien à faire à proximité directe. Donc, les élèves restent sur place sur le temps de midi, ce qui est plus sécurisant et crée une certaine cohésion.»

 

 

Programme du centenaire: une messe a lancé les festivités

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L’église Saint-Mathieu a accueilli les trois coups de l’année du centenaire. Heymans

Un centenaire cela se fête même si, en matière d’organisation, on aurait pu rêver mieux comme période. L’institut a donc décidé de démarrer en petit comité, avec des événements réservés au personnel et aux anciens. Vendredi soir, une messe avait lieu dans l’église Saint-Mathieu, en présence de l’organiste Thomas Deseranno et d’une chorale d’enfants de la section fondamentale. Le père Éric de Beukelaere a ensuite présenté une conférence sur la devise de l’école dans le hall omnisports, laquelle s’est clôturée par un cocktail dînatoire. Et après? Le programme des festivités du centenaire est encore à construire, mais des pistes sont à l’étude. «Au printemps, on pense déjà à la reconstitution d’une classe à l’ancienne, et à une visite des locaux pour les anciens, avance Colette Pineur-Mossoux. Il y aura sûrement une fête dansante, voir un goûter pour les plus anciens. Pour les élèves actuels, la manière de fêter les 100 ans est encore en réflexion.»

 

 

 

Interview«Nous sommes bien de notre temps»

 

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Colette Pineur-Mossoux, présidente du Pouvoir organisateur Heymans

Madame Pineur-Mossoux, une école dans une abbaye, avec des sœurs dans les couloirs, cela n’est pas un peu dépassé?

Chez nous, technologie et tradition font bon ménage, et je crois que nous sommes vraiment de notre temps. Nous avons été très proactifs sur les nouvelles technologies bien avant l’enseignement à distance. Pareil pour les labos que nous avons mis en place. La ligne pédagogique de la fondatrice est restée, mais il y a eu des évolutions. Les rangs rectilignes et les repas en silence, c’est par exemple fini.

La devise historique de l’école est «Gaudere et bene facere!» («Vis dans la joie et agis bien!») Quel sens cela a-t-il encore aujourd’hui?

Je pense qu’elle traduit toujours le dynamisme et l’enthousiasme que nous mettons dans notre enseignement, et qui font que nous sommes toujours là.

Quels seront les défis dans les années venir pour l’institut de l’instruction chrétienne?

En tant que pouvoir organisateur, on a toujours du boulot! La problématique de la maintenance des bâtiments est toujours présente, d’autant que nous nous agrandissons tout le temps. Sur le plan financier, ce n’est jamais facile, et nous cherchons constamment à organiser des activités pour faire rentrer de l’argent.

 

 

 

«Flône reste une école familiale où on vous tend la main»

 

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Alix Di Croce, élève de rhéto (17 ans) -

«Quand je suis entrée en première à l’abbaye de Flône, j’ai été directement impressionnée par l’école, par les bâtiments et le nombre de locaux. Mais on s’y fait très vite. Flône reste une école familiale où on vous tend la main, et je sens qu’on m’a donné les armes pour la suite. Cela reste une école catholique, avec une messe de rentrée, mais il y a une certaine mixité, car des élèves ne sont pas tous croyants. S’agit-il d’une école élitiste? Non, je ne le pense pas. Mais il faut se donner les moyens de réussir, c’est sûr.»

 


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