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JUDICIAIRE

Accident mortel à Marche: «Je comprends la révolte, l’incompréhension et la douleur des proches»

Accident mortel à Marche: «Je comprends la révolte, l’incompréhension et la douleur des proches»

Valérie Lecomte, bourgmestre de Somme-Leuze ÉdA – Florent Marot

La bourgmestre de Somme-Leuze est poursuivie pour homicide involontaire pour avoir percuté une octogénaire. Elle conteste sa responsabilité.

Le 16 juillet 2020, une dame de 84 ans, Monique Doppagne, avait été percutée par une voiture alors qu’elle traversait à pied avec son déambulateur le boulevard urbain de Marche-en-Famenne, à hauteur du home Libert, où elle résidait. L’octogénaire est décédée des suites de ses blessures. L’automobiliste qui l’a percutée est Valérie Lecomte, la bourgmestre de la commune voisine de Somme-Leuze. Ce lundi, la mandataire s’est retrouvée devant le tribunal de police de Marche, poursuivie en tant qu’automobiliste devant répondre d’homicide involontaire. Une première audiences’était déjà tenue voici quelques mois afin d’entendre des témoins.

Si elle reconnaît avoir percuté la piétonne, Valérie Lecomte réfute toute responsabilité dans cet accident mortel. Selon ses explications, l’octogénaire a traversé la route en dehors d’un passage pour piétons et le choc, sur la gauche du véhicule, a eu lieu au moment où elle l’apercevait. Une explication réfutée par les proches de la victime. «Il n’y a pas le moindre doute dans ce dossier mais on maintient la contestation de la responsabilité, plaide Me Michel Ghislain, conseil des parties civiles.

 

Nous ne sommes pas en présence d’un enfant qui surgit mais bien d’une dame âgée se déplaçant avec un déambulateur

 

On maintient aussi que la victime aurait traversé en dehors d’un passage pour piétons mais elle aurait dans ce cas dû passer au-dessus d’un terre-plein avec un déambulateur.»

La présence sur le passage pour piétons mise en doute

L’avocat de Valérie Lecomte, Me Alexandre Wilmotte, estime, lui, que des éléments plaident en faveur de sa cliente qui est constante dans ses explications. «Madame Lecomte n’a pas une vision tronquée de l’accident et elle n’a aucun intérêt à raconter autre chose, dit le conseil de la bourgmestre de Somme-Leuze. Elle assume des responsabilités et elle assume ses responsabilités.»

La défense retient aussi la conclusion de devoirs complémentaires selon laquelle la succession d’éléments urbains – arbres, tuteurs ou protections – est susceptible d’atténuer la visibilité.

 

Il est certain que nous avons un piéton traversant sans se soucier des véhicules pouvant survenir alors qu’il pleut

 

estime aussi M Wilmotte. Pour la défense, seul un acquittement peut-être prononcé.

Le parquet va dans le sens des parties civiles, sur la présence de la victime sur un passage pour piétons et étant un obstacle prévisible. La substitut Pascale Robert estimant qu’on ne peut donner du crédit à un témoin de l’accident se trouvant à 200 m et qui aurait vu la victime en dehors d’un passage. Pour la représentante du ministère public, acquitter reviendrait à conclure que l’octogénaire est responsable de son décès.

 

Il y a eu une faute minimale de manque de réflexion ou d’anticipation

 

retient la substitut à l’égard de Valérie Lecomte, réclamant une peine de 3 mois de prison avec éventuel sursis – soit la peine minimale – et une déchéance de 6 mois du permis de conduire. Jugement le 25 octobre.

 

«Je comprends l’incompréhension»

Valérie Lecomte était présente personnellement, lundi, devant le tribunal de police pour entendre les plaidoiries et le réquisitoire. Elle a ensuite pris la parole à quelques mètres des proches de l’octogénaire assis sur le banc des parties civiles. «Nous sommes face à un terrible accident et je comprends la révolte, l’incompréhension et la douleur des proches, s’est exprimée la bourgmestre de Somme-Leuze. J’ai été bouleversée et ma famille aussi. Dans les fonctions que j’occupe, je dois prendre mes responsabilités. Je ne suis pas quelqu’un de méchant ou qui a l’intention de mentir. Elle n’était pas sur un passage pour piétons.»

Valérie Lecomte explique aussi que la police lui avait d’abord dit que la victime avait une jambe cassée et qu’elle avait ensuite appris son décès. «J’ai percuté son déambulateur et je n’oublierai jamais ce regard, a-t-elle aussi confié, émue, en fin d’audience. Je suis désolée de la suite.»

 


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