ALLEMAGNE

Élections en Allemagne: pas encore de successeur à Merkel, SPD et CDU veulent une coalition «avant Noël»

Élections en Allemagne: pas encore de successeur à Merkel, SPD et CDU veulent une coalition «avant Noël»

L’union conservatrice CDU-CSU, menée par Amin Laschet, obtiendrait 25%, comme les sociaux-démocrates. AFP

Les élections législatives allemandes se sont soldées dimanche par une véritable bataille au coude à coude entre l’union chrétienne-démocrate CDU/CSU et le parti social-démocrate SPD.

Le candidat à la chancellerie de ce dernier, Olaf Scholz, et son challenger Armin Laschet ont tous deux revendiqué la chancellerie au cours de la soirée. Angela Merkel n’a dès lors pas encore de successeur. Les deux formations souhaitent voir aboutir «avant Noël» la formation de la future coalition.

Selon les sondages de sortie des urnes, les deux partis obtiendront environ 25% des voix. Selon le dernier pronostic de la chaîne ZDF, le SPD en récoltera 25,9%, la CDU 24,5%.

Le match entre Armin Laschet et Olaf Scholz sera remporté par celui qui parviendra à bâtir une coalition majoritaire entre trois partis, à l’issue de tractations qui commenceront dès lundi. Ce n’est qu’une fois son remplaçant élu par les députés du Bundestag, dans plusieurs semaines voire plusieurs mois, qu’Angela Merkel pourra prendre sa retraite.

Quoi qu’il en soit, le résultat des chrétiens-démocrates dimanche est le plus mauvais jamais enregistré. Lors des dernières élections au Bundestag en 2017, la CDU/CSU avait encore obtenu près de 33% des suffrages. Le SPD, quant à lui, s’est remis sur la carte politique. Il y a quatre ans, le parti en était resté à 20,5%.

Selon les dernières prévisions, l’Union et le SPD pourraient obtenir ensemble une majorité au Parlement, mais les chances d’une nouvelle «GroKo» (grande coalition) semblent très faibles. Armin Laschet a déclaré dimanche soir à la télévision allemande qu’il n’y voyait pas d’avenir. «Il est temps de changer», a-t-il déclaré.

Coalition des «feux de signalisation» ou coalition «jamaïcaine»?

Les négociations de coalition, qui s’annoncent difficiles, pourraient déboucher sur une «coalition des feux de signalisation» (»Ampelkoalition») composée du SPD, des Verts et du FDP libéral, ou sur une «coalition jamaïcaine» composée de la CDU/CSU, des Verts et du FDP. Les Verts et le FDP pourraient ainsi jouer le rôle de «faiseurs de roi» dans les discussions sur la formation d’un futur gouvernement.

Selon les dernières prévisions, les Verts obtiendront 14,1% des voix, ce qui constitue le meilleur résultat historique pour le parti au niveau national, même si celui-ci avait espéré davantage. Avec son coprésident Robert Habeck, la candidate à la chancellerie Annalena Baerbock veut négocier un gouvernement climatique, a-t-elle assuré dimanche soir.

Le FDP de Christian Lindner est arrivé à un résultat de 11,7%, qui satisfait les libéraux. Pour le responsable, le plus grand accord de fond pourrait se faire dans une coalition jamaïcaine.

Après des années de coalition à deux partis, l’éparpillement des suffrages rend nécessaire une coalition à trois pour assurer une majorité. Fréquente au plan régional, elle est inédite au plan fédéral depuis les années 50.

Dans la plupart des systèmes parlementaires, c’est le chef de l’Etat qui charge un parti de former le gouvernement - généralement le parti arrivé en tête ou celui ayant les meilleures chances de rassembler.

Rien de tel en Allemagne où le coup d’envoi des discussions relève des formations politiques. A elles de se lancer des invitations mutuelles pour tâter le terrain lors de «discussions exploratoires».

Dans cette phase préliminaire dont la durée n’est pas limitée, rien n’interdit que les partis mènent plusieurs négociations en parallèle.

Mais le premier groupe parlementaire a généralement la priorité. Le SPD, donné avec une dizaine de sièges d’avance sur la CDU/CSU, veut mener les discussions, a d’aileurs revendiqué M Scholz dimanche soir. Les conservateurs ne s’avouent cependant pas vaincus et «feront tout (leur) possible pour former un gouvernement», a cependant prévenu Armin Laschet.

Le SPD et la CDU souhaitent en tous les cas voir aboutir «avant Noël» la formation de la future coalition. «L’Allemagne a la présidence du G7 en 2022», a notamment plaidé le chef de file des conservateurs, Armin Laschet. Son adversaire, Olaf Scholz, a lui jugé que «nous devons tout faire pour que cela soit possible avant Noël, et un peu plus tôt serait également bien». «C’est aussi possible si on se parle de manière constructive», a-t-il ajouté.

L’idée est qu’Angela Merkel n’ait pas à prononcer un autre discours du Nouvel An en tant que chancelière, a-t-il dit.

Après le scrutin de 2017, il a fallu à la CDU une période record de 171 jours pour aboutir à l’élection d’Angela Merkel par les députés.

L’article 63 de la Constitution charge le chef de l’Etat de proposer au Bundestag un candidat à la chancellerie. Si aucune alliance n’émerge entre le partis, le président social-démocrate Frank-Walter Steinmeier peut malgré tout désigner un candidat, selon toute probabilité issu du parti arrivé en tête des législatives.

Le candidat doit obtenir la majorité absolue. S’il échoue au bout de deux votes, un troisième vote se tient à la majorité simple.

Le président décide alors s’il nomme le chancelier à la tête d’un gouvernement minoritaire, ou s’il dissout le Bundestag et convoque de nouvelles élections.

Ce scénario du pire avait été évité de justesse en 2017: devant l’impasse des négociations, Frank-Walter Steinmeier avait exhorté les partis à se revoir, poussant à la reconduction de la grande coalition que conservateurs d’Angela Merkel et sociaux-démocrates avaient exclu durant des mois.

Les Verts battent leur record de voix, l’extrême droite confirme son enracinement

La dirigeante des Verts en Allemagne, Annalena Baerbock, se félicite du «résultat historique» que son parti semble avoir obtenu dimanche lors des élections législatives allemandes. Selon elle, De Groenen a pour la première fois l’occasion «d’être une force de premier plan pour façonner le pays».

Dans les sondages de sortie des urnes, sa formation obtient environ 15% des voix. Lors des dernières élections au Bundestag en 2017, le parti en avait obtenu 8,9%. Le précédent meilleur résultat avait été obtenu par le parti en 2009, avec 10,7% des votes.

Dans les sondages réalisés plus tôt dans l’année, les Verts avaient cependant obtenu de bien meilleurs résultats et Mme Baerbock a reconnu qu’elle avait commis des erreurs dans sa campagne.

«Nous voulions plus», a-t-elle déclaré lors de la soirée électorale de son parti, où elle a été accueillie par des foules enthousiastes. Si le résultat n’est pas celui espéré, c’est de sa faute, a-t-elle admis.

Cependant, avec les 15% attendus, les Verts peuvent prendre une position clé dans les négociations de coalition. «Ce pays a besoin d’un gouvernement climatique», a estimé Annalena Baerbock, âgée de 40 ans. «Nous allons nous battre pour cela avec vous tous.»

De Groenen présentait pour la première fois une personnalité à la chancellerie.

L’AfD, parti d’extrême droite allemand, a obtenu un «résultat solide» lors des élections législatives du pays, selon son principal candidat, Tino Chrupalla.

Selon les premières projections, l’AfD devrait remporter entre 10 et 11% des voix, ce qui signifie qu’il a confortablement dépassé la barre des 5% des voix pour la deuxième fois. Lors des dernières élections de 2017, l’AfD avait obtenu 12,6% des votes.

«Nous avons un noyau d’électeurs que nous avons consolidé», s’est félicité le chef de file de la formation politique, ajoutant que l’objectif des partis traditionnels de pousser l’AfD hors du Bundestag avait clairement échoué.

Les conservateurs de Merkel veulent former un gouvernement malgré leur recul

Les conservateurs d’Angela Merkel veulent former le prochain gouvernement malgré leur recul aux élections législatives de dimanche, a affirmé leur chef de file, Armin Laschet alors que les sociaux-démocrates ont eux aussi revendiqué de mener les négociations.

«»Un vote pour l’Union est un vote contre un gouvernement dirigé par la gauche. Nous ferons tout notre possible pour former un gouvernement sous la direction de l’Union» chrétienne-démocrate (CDU) et chrétienne-sociale (CSU, son allié bavarois)», a-t-il affirmé, s’exprimant au côté de Mme Merkel.

Armin Laschet a toutefois souligné que le camp conservateur ne pouvait «pas être satisfait» du recul enregistré lors du scrutin, avec un score estimé entre 24,2% et 24,7%, contre 24,9% et 25,8% pour le SPD.

Le chef du SPD estime que les électeurs le veulent comme «prochain chancelier»

Le chef de file du parti social-démocrate allemand Olaf Scholz estime que les électeurs l’ont plébiscité pour être «le prochain chancelier» au regard des premiers résultats des élections législatives de dimanche, où son parti mène d’une courte tête devant les conservateurs.

«Je suis bien sûr heureux du résultat des élections», a déclaré M. Scholz dimanche soir à Berlin. Selon l’un des grands sondages de sortie des urnes, son parti a une avance minime sur la CDU/CSU de la chancelière sortante Angela Merkel.

«C’est un grand succès et la soirée s’annonce longue, c’est certain», a encore dit Olaf Scholz lors de la soirée électorale de son parti. «Une autre chose est certaine: que beaucoup de citoyens ont fait une croix pour le SPD parce qu’ils veulent un changement de gouvernement et aussi parce qu’ils veulent que le prochain chancelier s’appelle Olaf Scholz.»

«Je pense que nous pouvons en tirer un mandat pour dire ‘Nous voulons former le prochain gouvernement’», a-t-il ensuite déclaré au radiodiffuseur public ARD.

«Les citoyens veulent un changement. Ils veulent que le prochain chancelier soit le candidat du SPD. Cela ressort très clairement des sondages d’opinion, mais aussi du résultat des élections», a-t-il insisté, notant que certains autres partis avaient obtenu de bons résultats, tandis que les conservateurs avaient subi des pertes importantes.

«Le vote est vraiment très clair, et j’en tire également la force de faire maintenant ce qui est possible pour aboutir rapidement à la formation d’un tel gouvernement», a conclu Olaf Scholz.

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