TOURNAI

Le Tournai d’avant : le rêve périt dans les flammes

L'Institut des Demoiselles, construit dans l'ex-jardin Buffin n'a pas le temps de s'inscrire dans la durée. Le 16 mai 1940, il flambe...

Il est intéressant de suivre les promoteurs de cet établissement dans leurs prévisions: le jardin d'enfants, côté Sondart, est prévu pour 200 bambins, les classes payantes peuvent accueillir 280 élèves, au pensionnat pour 40 demoiselles est prévu une extension d'un ou deux étages. Sincèrement, est-ce bien raisonnable?

Élitiste?

Alors que la paix est revenue après la tourmente de 14-18 durant laquelle l'Institut est réquisitionné et les leçons données dans des maisons particulières, la voie semble s'ouvrir.

Pas vraiment. Durant l'année 1929-30, il n'y a que 54 enfants au jardin qui leur est destiné, les sections préparatoires de 6 années font état de 103 élèves, la section commerciale ne compte que 12 inscriptions alors que le parti comptait en faire un fer de lance.

Avec le temps et les documents d'époque, plusieurs explications se font jour:

- La force réelle du parti catholique - au pouvoir durant les quarante années antérieures - a été mal envisagée. Dans une ville assez bourgeoise comme Tournai, le côté «bien pensant» fait pencher la balance vers le libre, surtout pour les filles.

- L'Institut est bien celui des «Demoiselles». Instruction et éducation vont de pair avec, en exemples, une équipe d'enseignantes particulièrement exigeante, avec bulletins visés et annotés par la directrice.

Il n'y a pas à proprement d'uniforme mais c'est bien proche. La jupe plissée, arrêtée sous le genou, est proche du bleu et le chemisier blanc doit être impeccable. Sur la tête un petit chapeau bleu et rond (un béret gris ensuite) arbore le nom de la section; enfin, les gants sont indispensables.

Inutile de tenter de changer, c'est la tenue de la jeune fille parfaite: les professeures patrouillent dans les rues et tout manquement est sanctionné.

Dès l’entrée franchie, le manteau est mis en place, le grand tablier noir est enfilé et c'est en faisant la ronde dans le couloir que l'on attend l'entrée en classe

Qui s'y plie gagne

C'est assurément un règlement dur mais celles qui vont l'accepter et travailler leurs cours formeront un esprit de corps évident avec une forte camaraderie, générant une motivation qui poussent à l'étude, à la réussite; avec un diplôme qui ouvre les portes du monde du travail. le taux d'échec est insignifiant.

Dans cette vision globale, on ne peut oublier le rôle éminent des directrices. À Melle Gilmet succède Madame Demaret, distinguée et courtoise puis Céline Colinet, régente scientifique entré ver 1920, qui grava son nom dans l'esprit de ses élèves tant par son caractère «carré» que par, dès 1939, son inventivité, ses dons d'organisatrice et ses initiatives parfois osées comme la création des humanités anciennes en 42 sans en souffler mot à l'occupant.

En cendres

Les cours continuent, même durant le conflit. Dans des conditions difficiles car les grands immeubles du Becquerelle furent parmi les premiers à brûler le 16 mai 1940, dans le tracé de cet axe qu'est la rue Royale. Il reste quelques classes, côté Sondart, un garage est aménagé et la vie de l'Institut se poursuit avec même de meilleurs chiffres en 1945.

Le temps passe et la décision est prise de ne pas reconstruire, l'Institut tombe sous les coups des engins démolisseurs en 1996. Le nom de l'Institut des Demoiselles est disparu déjà, remplace par lycée royal..

La roue tourne et l'espoir renaît:, en 1969 sont inaugurés les nouveaux locaux de l'athénée Robert Campin...


Nos dernières videos