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UNION EUROPÉENNE

Projets durables: l'Europe doit revoir sa copie

Projets durables: l'Europe doit revoir sa copie

Il faudra aller plus loin en matière d’investissements pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre. H_Ko - stock.adobe.com

L’UE n’a pas suffisamment stimulé les investissements durables, estime la Cour des comptes européenne, qui a rendu un rapport pour le moins mitigé.

L’Union européenne n’en fait pas assez pour stimuler les investissements durables, qu’ils soient publics ou privés. Telle est la conclusion, décevante, du rapport spécial publié par la Cour des comptes européenne, ce lundi.

Suite aux accords de Paris, la Commission européenne avait pourtant établi, en 2018, un grand plan d’action sur le financement de la croissance durable comprenant, notamment, une réorientation des financements publics et privés.

«Les actions de l’UE en matière de finance durable ne pourront montrer toute leur efficacité que si des mesures supplémentaires sont prises pour tenir compte des coûts environnementaux et sociaux des activités économiques non durables, a précisé Eva Lindström, membre de la Cour des comptes européenne et responsable du rapport. Les activités économiques non durables restent trop lucratives. La Commission a beaucoup travaillé pour renforcer la transparence sur cette absence de durabilité, mais ce problème sous-jacent n’a toujours pas été résolu».

Un soutien mal distribué

Cette volonté de transparence n’est manifestement pas suffisante, puisque les auditeurs de la Cour des comptes recommandent notamment d’achever la mise au point d’un système commun de classification des activités économiques durables. Une classification qui n’existe toujours pas aujourd’hui. Résultat ? Des critères différents ou insuffisamment stricts peuvent être utilisés pour déterminer la durabilité environnementale et sociale d’activités identiques, financées par différents programmes de l’UE.

Autre élément interpellant mis en évidence par le rapport: l’aide financière apportée par l’Union, et gérée par le fonds européen pour les investissements stratégiques, n’est pas forcément allouée de manière optimale. Ce soutien ne serait, par exemple, pas centré sur les régions où les investissements durables sont indispensables, en particulier l’Europe centrale et orientale, «où les besoins sont pourtant criants».

« En outre, nous avons constaté que les projets d’adaptation aux effets du changement climatique, qui peinent à attirer des financements privés, bénéficiaient d’une aide financière limitée. Nous considérons également que l’UE n’a pas soutenu de manière suffisamment proactive la constitution d’une réserve de projets durables et qu’elle n’a pas pleinement exploité le potentiel des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat pour déceler les possibilités d’investissements durables.», relève encore la Cour des comptes.

Investir pour 1000 milliards

Suite ce rapport la Cour des comptes demande entre autres de générer une réserve de projets durables, de compléter les mesures du plan d’action de 2018 et de clarifier les dispositions en matière de conformité et d’audit.

C’est d’autant plus important que les objectifs de l’Union sont très ambitieux. Or, l’UE compte encore de nombreuses activités économiques à forte intensité en carbone.

La Commission européenne estime que 350 milliards d’euros d’investissements annuels supplémentaires dans le seul système énergétique sont nécessaires pour atteindre l’objectif de réduction des gaz à effet de serre de 55% à l’horizon 2030.

Les dépenses totales d’investissement pour la période 2021-2050 devraient même atteindre 1000 milliards d’euros par an pour parler de neutralité carbone.

«À l’heure actuelle, la contribution du soutien financier de l’UE à cet effort pourrait s’élever à plus de 200 milliards d’euros par an sur la période 2021-2027, note la Cour. Cela montre l’ampleur du déficit d’investissement et prouve que les fonds publics ne suffiront pas pour atteindre ces objectifs.»

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