article abonné offert

«UNE» EN WALLON

Dans les coulisses des Unes de L’Avenir en wallon: «On n’arrêtera jamais de dire ‘‘Oufti!’’»

Comme le veut la tradition, depuis 2013, notre journal fête la Wallonie avec sa Une en wallon. Chaque édition locale troque le français pour un patois du coin à l’occasion d’une édition très spéciale. Voici comment cela s’est passé à L’Avenir du Luxembourg.

Joël Thiry, Jean-Paul Pirson et Michel Therer nous ont rendu une petite visite, dans nos bureaux de Marche-en-Famenne, pour transformer notre «une» en wallon.

Après deux bonnes heures de négociations, de gribouillages, de corrections, après avoir plongé deux cents fois leur paire de lunettes dans leur collection de dictionnaires, nos trois comparses ont fini par accorder leurs violons. Notre «une» luxembourgeoise du jour en wallon, c’est leur œuvre. Interview.

Joël, Jean-Paul, Michel, vous ne vous êtes pas trop chamaillés en traduisant notre «une»?

Joël: Si, un peu, comme chaque année. Pas toujours facile de se mettre d’accord sur le choix d’un mot. Prenez «Chez», par exemple. Vous pouvez le traduire de beaucoup de manières différentes. Moi, je vais dire «addé». Mais Jean-Paul, lui, emploiera plutôt «ad’lé». Arrive un moment où il faut trancher…

Jean-Paul: Moi, je n’aime pas le mot «traduire», car ce n’est jamais du «mot à mot» quand on passe du français au wallon. Après avoir lu le titre en français, je le cache immédiatement. Je m’imprègne de l’idée, je «tûze» en wallon, puis quand la lumière s’allume, je retranscris ce qui me vient à l’esprit.

Joël: Il n’y a pas UN wallon. Je ne vais pas dire qu’il y en a un par village, mais presque. Notre wallon, c’est celui du Nord, mais ce n’est pas le même que le wallon gaumais. En dessous de Neufchâteau, Bertrix, on ne parle plus vraiment la même langue que chez nous (NDLR, Jean-Paul Pirson vient de Bourdon; Joël Thiry de Grimbiémont; et Michel Therer de Chéoux). Ces différences ne nous empêchent cependant pas de nous comprendre 95% du temps.

Le wallon est appelé à disparaître?

Joël: Il est menacé, on ne peut le nier. Il reste quelques combattants qui tentent de garder le wallon au goût du jour, en inventant des néologismes notamment, mais en 2021, il faut bien avouer que les jeunes ont davantage intérêt à maîtriser l’anglais que le wallon…

Jean-Paul: Le wallon n’est pas mort, croyez-moi. On n’arrêtera jamais de dire «Oufti»! Mais toutes les langues ne sont-elles pas appelées à disparaître un jour? Tôt ou tard, il ne restera probablement qu’une langue universelle.

Joël: Même le français s’efface petit à petit, au profit de l’anglais. On n’organise plus un événement, mais un «event»… Il faut reconnaître qu’avec l’anglais, on s’en sort quasiment partout sur la planète.

Michel: Avec le wallon aussi! Un ancien maître d’école m’a dit un jour: «Quand je ne me fais comprendre dans aucune langue, à l’étranger, je parle en wallon et bien souvent, ça marche!»

Jean-Paul: Quand j’étais instituteur, on nous donnait deux directives: les élèves ne pouvaient pas cracher par terre… ni parler wallon.

Joël: Nos parents parlaient wallon entre eux, mais ils utilisaient le français quand ils s’adressaient à nous.

Michel: La radio, la TV, les journaux se sont aussi introduits progressivement dans les ménages. Cela a favorisé l’émergence du français.

Votre expression favorite en wallon?

Joël: Un grand classique. Vas’ti fé coûr arèdjî! Va au diable, autrement dit.

Jean-Paul: Si vous voulez faire plaisir à une fille, dites-lui: «Djî v’veû vôltî!» On ne peut pas la traduire littéralement, mais cela signifie, en gros, que vous êtes content d’être avec elle.

Michel: One basse c’è-st-one basse, mins èle rilût â solo. Une flaque, c’est une flaque, mais elle reluit au soleil.

À l’année prochaine!

 

La Une en français

Dans les coulisses des Unes de L’Avenir en wallon: «On n’arrêtera jamais de dire ‘‘Oufti!’’»
La Une luxembourgeoise de ce samedi. EdA

Vous vous demandez à quoi ressemblaient les titres de notre «une» avant que Joël, Jean-Paul et Michel ne mettent leur nez dedans? Le wallon est aussi incompréhensible que du chinois pour vous?

Allez, cadeau, voici les titres en français.

1. Vaccimobile | Tous les endroits où se faire vacciner près de chez soi.

2. Mode | La Lux Fashion Week 2021, une valse à trois temps.

3. Basket-ball | Un exploit de Neufchâteau face à Limburg (D1) ce samedi?

4. Premier Clasico de Refaelov: il est prêt à marquer de nouveau à Sclessin!

5. Horeca et commerces: le fédéral laisse tomber les masques

 

Toutes nos éditions à consulter sur www.lavenir.net/journal


Nos dernières videos