SCHAERBEEK

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»

Aurélie Meunier partage sa voiture sur la plateforme Cozywheels: non seulement elle épargne des centaines d’euros par an, mais en plus elle se fait des copines. ÉdA – Julien RENSONNET

Sur Cozywheels, les voisins se partagent leurs voitures. Chaque véhicule repris sur la plateforme épargne 4 autos personnelles. Aurélie partage sa Dacia à Schaerbeek, où le service «cartonne». Et permet à la jeune femme de se faire des vraies copines. On la rencontre pour la Semaine de la Mobilité.

C’est une petite Dacia qui ne paye pas de mine. Elle a une fameuse écorchure sur un flanc. Mais elle rend de fiers services. Sa robe rouge cuivrée est assortie aux cheveux de sa propriétaire. Et aux étiquettes du pack de 6 bières bruxelloises que celle-ci en sort. «C’est le cadeau d’une voisine à chaque fois qu’elle l’utilise».

Car sa Dacia, Aurélie Meunier ne la laisse pas dormir dans les rues de Schaerbeek: le petit monospace est enregistré sur la plateforme Cozywheels. Tous les voisins de la travailleuse sociale peuvent donc lui «louer» lorsqu’ils en ont besoin.

J’ai divorcé il y a 3 ans. Je suis fonctionnaire au CPAS d’Ixelles. J’ai vite compris que je n’arriverais pas à payer la voiture avec mon salaire.

«J’ai divorcé il y a 3 ans. Je suis fonctionnaire au CPAS d’Ixelles. J’ai vite compris que je n’arriverais pas à payer la voiture avec mon salaire», confie cette mère célibataire. «Pourtant, j’en avais besoin: j’habitais loin de l’école. 45 minutes à pied. Et injouable à vélo vu les montées. Mais je n’utilisais la voiture qu’une semaine sur deux. Genre un plein tous les 2 mois».

55 lieux de travail différents

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»
Aurélie a augmenté son kilométrage mensuel ces derniers temps «avec 6 à 7 allers-retours vers Verviers pour aider les sinistrés des inondations». C’est ça aussi, le partage. ÉdA – Julien RENSONNET

Une amie lui parle de Cozywheels. La déléguée syndicale s’affilie pour 10€ par an. «Et très vite, des demandes tombent. J’ai déménagé, je me suis rapprochée de l’école. Mais j’ai encore besoin de la voiture pour aller voir ma famille en dehors de Bruxelles, pour faire les courses, ou pour mon métier: j’ai 55 lieux de travail différents. Sans auto, comment je ferais pour passer de l’École 8 au Bois de La Cambre au CPAS à Flagey entre deux rendez-vous?»

Cozywheels fonctionne comme une communauté entre voisins. Chaque affilié verse son abonnement de 10€ annuels. Ensuite, contact est pris entre «locataire» et propriétaire de la voiture. Une carte permet de repérer chacun dans son quartier. Leur relation est formalisée par contrat, notamment quant au prix du km (entre 0,25 et 0,35€). Le véhicule est assuré via une police spécifique à l’autopartage. Rien n’empêche un «locataire» d’utiliser plusieurs voitures inscrites sur la plateforme, où un agenda permet au propriétaire de gérer ses réservations. Reste à récupérer les clefs et démarrer.

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»
Cette carte de Schaerbeek montre la densité d’adhérents dans la Cité des Ânes. En bleu les propriétaires, en vert les utilisateurs. Lorsque les points sont jaunes, il faut zoomer davantage sur le site de Cozywheels pour le déterminer. Cozywheels

Dans son réseau, Aurélie Meunier compte 2 familles avec lesquelles le partage est régulier et 3 autres pour qui la location est occasionnelle. Soit une voiture pour 6 familles. Et 5 places de stationnement économisées dans les rues du quartier Dailly. «Dans la voiture, on indique sur la feuille de route le nombre de km parcourus et le plein éventuel. J’encode les km sur la plateforme, l’essence est déduite si nécessaire et la facture se calcule toute seule», précise la jeune femme. Elle a opté pour un prix de 0,30€ la borne.

Vraies copines

On le comprend: la relation marche à la confiance: «Je préfère rencontrer le candidat locataire, connaître ses intentions avec la voiture. J’ai parfois refusé des “clients”. Mais dans le groupe, je me suis fait de vraies copines. Certaines ont même le double des clefs». Le trousseau justement, «je le remets une fois ou deux en mains propres mais après, on le glisse dans les boîtes aux lettres avec un SMS pour indiquer où la voiture est parquée». De quoi plaider contre un système automatique d’ouverture de portière. «Noooon: voir son voisin, c’est chouette!»

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»
Une feuille de route reprend les utilisations de chacun. Les factures s’établissent après encodage du kilométrage de chaque voyage. Les pleins d’essence faits par les «locataires» sont déduits. ÉdA – Julien RENSONNET

J’ai parfois refusé des “clients”. Mais dans le groupe, je me suis fait de vraies copines. Certaines ont même le double des clefs.

C’est surtout le principe de solidarité, «valeur phare», qui convainc Aurélie d’adhérer à Cozywheels, elle qui n’a pas hésité à faire grimper son nombre de kilomètres mensuels avec «6 ou 7 allers-retours à Verviers pour aider les sinistrés des inondations». Elle met les points sur les i: «Soyons clairs: je ne veux pas m’enrichir. Mais pour moi, posséder une voiture, c’est vraiment cher. Je veux juste pouvoir la garder». Et comme Cozywheels estime qu’un propriétaire adhérent économise jusqu’à 3.000€ annuels via ses services, «désormais, elle ne me coûte plus rien».

Bonjour la LEZ, adieu la Dacia d’Aurélie

Malheureusement, Aurélie et son cercle de voisines, «dont deux mamans célibataires comme moi», vont bientôt dire adieu à la Dacia de leur cœur. «La voiture est vieille: c’est une Euro4. Et à partir de janvier, elle ne peut plus rouler à Bruxelles à cause de la LEZ». La zone de basse émission met la Schaerbeekoise hors d’elle. «J’ai une utilisation exemplaire de ma voiture, elle sert énormément pour les longs trajets, et on m’empêche de l’utiliser. C’est une attaque envers les travailleurs. L’excuse environnementale ne tient pas. D’abord, ceux qui ont les moyens rachèteront une voiture. Ensuite, si on la revend, elle polluera à l’exportation. Ce qui augmentera au final les émissions globales».

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Et pour le futur: quid d’un passage à Cambio? «Ça fonctionne pas avec l’intermodalité». Le vélo? «Impossible à ranger dans mon appart. J’ai demandé un parking il y a 6 mois, mais pas de nouvelle». La syndicaliste ne décolère pas: «On nous demande de lâcher la voiture, mais la politique de mobilité oublie les Bruxellois comme moi. On pourrit l’existence des automobilistes et il faut 2 ans pour une place en box vélo. Un vélo doit être accessible à tout le monde et pas uniquement aux bobos. Demandez à un balayeur de rue d’arriver au boulot à 6h en bus! Tout ça, c’est de l’écologie élitiste».

24m2 d’espace public épargné par voiture

Sandrine Vokaer, vous êtes coordinatrice de Mpact, ASBL active dans la mobilité de partage notamment avec Cambio et Cozywheels. Y a-t-il un profil type des utilisateurs de Cozywheels?

En tant qu’ASBL, nous ne disposons pas d’analyse poussée. Nous ne recueillons pas non plus les données de nos adhérents. Mais de manière générale, les utilisateurs de carsharing sont des personnes diplômées aux revenus moyens.

Combien de membres comptez-vous?

2.600 membres et 280 véhicules proposés à Bruxelles depuis le lancement en 2018. Pour la Wallonie, nous sommes à 1.200 membres et 200 véhicules depuis 2015. La différence s’explique évidemment par le fait qu’on se passe plus facilement d’une voiture personnelle en ville, vu l’omniprésence d’alternatives de mobilité.

Certaines villes marchent mieux?

Ça cartonne vraiment à Schaerbeek. Suivent la Ville de Bruxelles, Ixelles et Saint-Gilles. En Wallonie, c’est Liège qui fonctionne le mieux. Puis le Hainaut et le Brabant wallon. Mais pas Namur.

Combien de voitures personnelles sont-elles remplacées par les voitures inscrites sur Cozywheels?

Nos calculs les estiment à 4 voitures privées. Et donc 3 places de stationnement. Parfois, il y a de vrais petits groupes formés autour d’une auto, parfois ce sont juste deux ménages. On reste loin de Cambio, avec sa proportion d’une voiture partagée pour 15 privées.

Aurélie partage sa Dacia sur Cozywheels: «Sinon, je n’arriverais pas à la payer»
Si vous partagez votre voiture comme Aurélie, l’impact sera sans doute à terme d’épargner 3 places de stationnement dans votre quartier. Soit 24m2. ÉdA – Julien RENSONNET

Le gain sur l’espace public, c’est un de vos arguments.

Il correspond à 24m2. Dans une rue, c’est conséquent. Avec nos membres, nous développons donc des actions ponctuelles pour marquer ces espaces réappropriés. On a installé un banc géant à Forest ou des bacs à plantes et hôtels à insectes à Saint-Gilles. Dans le futur, on espère que certains de ces aménagements se pérenniseront.

Jusqu’en janvier 2021, le service s’appelait Cozycar…

Le changement de nom marque notre volonté d’élargir le partage à d’autres véhicules: camionnettes, vélos, vélocargos, véhicules adaptés aux personnes à mobilité réduite. On met aussi en relation les organisations, pour le partage d’un utilitaire par exemple. Entre elles ou avec des riverains. Cœur de cible: administrations communales, associations, PME…

L’accent est mis sur le partage.

On se démarque de concurrents qui misent sur la recherche du profit. Ça pousse certains loueurs à se professionnaliser, à développer une flotte. C’est le cas de Getaround. Cozywheels mise sur la confiance, la cohésion sociale, la sécurisation de l’espace public, le partage, oui.


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