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MUSIQUE

INTERVIEW | Stéphanie Blanchoud: «Ce n’est pas évident pour moi de figer pour toujours des choses sur un disque»

Stéphanie Blanchoud a hâte de présenter son disque sur scène ce samedi à l’Orangerie du Botanique. Vincent Calmel

Stéphanie Blanchoud a publié son 3e album, «Ritournelle», au début du mois. Un disque plus pop écrit avant le confinement.

Stéphanie Blanchoud est impatiente. Samedi, elle remonte enfin sur scène, dans le cadre des Nuits Botanique, pour présenter son nouvel album, Ritournelle, sorti le 3 septembre dernier. Un disque résolument plus pop que les deux précédents, inspiré par ce qu’elle a vécu avant le confinement. Une période qu’elle a eue du mal à traverser.

Stéphanie, certains artistes ont profité du confinement pour écrire, faire des projets… Et vous?

Moi, pas du tout! J’étais en train de répéter une pièce de Jessica Gazon et Thibaut Nève quand on a commencé à entendre parler de confinement. Et la veille de jouer, cela s’est arrêté. Donc j’ai vécu un confinement avec un bébé de 6 mois, ce qui était à la fois merveilleux, mais aussi parfois trop… En plus, je ne suis pas habituée à être enfermée entre quatre murs. Je suis inspirée quand je bouge! Mais finalement je m’y suis faite. Et c’est le déconfinement qui a été dur, après avoir passé trois mois en bulle.

Et finalement, vous avez écrit la chanson «Deux mille vingt»…

Oui, car je voulais figer ce moment quelque part… Ce qu’on a vécu et que l’on vit encore est dingue… Pour moi, le plus compliqué a été de ne pas pouvoir toucher ses proches, de rester à distance.

 

J’ai apprécié le côté spontané, sans pression.

 

C’est la seule chanson ajoutée, sinon tout le reste a été écrit avant le confinement?

Oui, bien avant. L’album était prêt, mais pas encore mixé. Du coup, j’ai pu prendre du recul. Et là, je viens de le réécouter pour la 1re fois depuis sa sortie. Et je suis très contente, car ce n’est pas évident pour moi de figer pour toujours des choses sur un disque. Mais ici, j’ai apprécié le côté spontané, sans pression.

Vous avez décidé de travailler avec Géraldine Capart et Pieter Van Dessel…

Géraldine, c’est mon ingé son en live et j’adore son travail. Et puis j’avais envie d’un son plus pop. J’écoutais beaucoup Peter Von Poehl, j’ai d’ailleurs été en contact avec lui, puis cela ne s’est pas fait. Et là, mon guitariste Gianni Marzo m’a dit: ‘Pourquoi tu ne contactes pas Pieter Van Dessel, le chanteur de Marble Sounds?’ J’ai donc envoyé la chanson Ritournelle à Pieter, cela lui a plu, on a travaillé sur trois ou quatre titres. Il m’a proposé quelque chose de moins acoustique et cela me convenait très bien. Il est venu avec son groupe pour jouer sur l’album, et ils vont aussi m’accompagner sur scène. J’aime beaucoup sa voix. Il chante en duo avec moi sur Deux mille vingt et aussi quelques titres de plus sur scène

 

Ici, la musique l’emporte presque. Et je suis heureuse de ça.

 

Pourquoi ne pas avoir choisi le pluriel pour le titre de votre album? Vos chansons sont toutes des ritournelles, non?

J’ai choisi le titre de la première chanson que j’ai écrite… Mais c’est vrai que les chansons de cet album – hormis deux ou trois – tournent autour des mêmes thèmes récurrents: le temps qui passe, les relations… Mais avec un côté plus lumineux que sur mon disque précédent. Ici, la musique l’emporte presque. Et je suis heureuse de ça.

La chanson la plus pop de cet album s’intitule «Rendez-vous».

Pour moi, cette chanson, c’est un bon single. Malheureusement, elle ne passe pas beaucoup en radio.

Vous y faites un clin d’œil à Jacques Brel dans les paroles: «Je t’offrirai des perles de pluie…»

Oui. Je l’ai beaucoup écouté, je connais ses chansons par cœur, ou presque. C’est comme Barbara. Mon père est un grand amateur de chanson française, tandis que ma mère est plus attirée par la musique anglophone ou la variété française, plus pop.

 

Ce que je dévoile dans cette chanson, peut-être que je ne lui dirai jamais, je n’y arriverai pas.

 

Vous dédiez une chanson à votre fils, «Ferdinand».

Je me suis posé la question de savoir si j’allais en écrire une sur lui. Et ensuite, je me suis également demandé si j’allais lui donner son prénom comme titre… Ce que je dévoile dans cette chanson, peut-être que je ne lui dirai jamais, je n’y arriverai pas. Des fois je lui chante, mais il n’a que deux ans…

Dans « Pays aux mille couleurs », vous évoquez le Cap Vert, où vous êtes allée plusieurs fois.

En fait, j’ai fait beaucoup de voyages en Afrique. J’ai essayé de mettre tout ça dans un seul morceau. Je pense aussi au Mali, au Bénin, à l’Éthiopie… C’est un véritable coup de cœur. J’ai hâte d’y retourner et d’y emmener mon fils. J’ai fait mon 1er voyage en 2005 au Niger, pour les Jeux de la francophonie. J’ai été bouleversée… Depuis, j’y suis retournée de nombreuses fois. Le Cap Vert, j’y ai notamment écrit mon deuxième album, Les Beaux jours.

 

Je ne suis pas sereine face à la maladie ou la souffrance.

 

Dans cette chanson, vous dites: «Je garde au fond du cœur que notre monde ne devienne pas fou…»

Oui. Ce qui est dingue, c’est que j’ai écrit ça avant la pandémie. C’est comme la chanson Serre moi. Chantée aujourd’hui, elle prend une autre dimension.

Vous y dites aussi «Que la beauté vous guide et vous garde chez vous.»

Quand je suis allée dans tous ces pays, j’ai pris mon temps et j’ai beaucoup échangé avec les gens. Et j’ai été confrontée à cette espèce de paradis que nous représentons pour eux. Il y a bien sûr plein de choses inadmissibles chez eux. Mais il y a aussi plein de choses merveilleuses. Au Mali ou au Bénin, la vision qu’ils ont de chez nous est faussée.

Le disque se termine sur un moment plus triste, avec «Après-midi d’hiver»…

Oui, c’est l’histoire d’un au revoir, d’un enterrement.

Vous êtes sereine par rapport à la mort?

Tout à fait, mais beaucoup moins depuis que je suis maman. Avant d’être maman, cela pouvait m’arriver demain. Ce qui est con, en fait… Par contre, je ne suis pas sereine face à la maladie ou la souffrance.

 

Tournages: le film «La linge» et Ennemi public»

Vous avez récemment joué dans le film «La ligne», d’Ursula Meier, aux côtés de Valéria Bruni Tedeschi, Benjamin Biolay et India Hair. C’était comment?

Normalement, le tournage aurait dû avoir lieu au printemps 2020 et finalement, nous avons tourné en janvier dernier. Les conditions étaient difficiles, on a tourné dans le froid en Suisse, mais j’étais tellement contente de travailler! C’est un projet sur lequel je travaille avec Ursula depuis cinq ans. Comme je faisais partie du casting, je me suis retirée de l’écriture sur la fin pour avoir de la distance. J’ai beaucoup appris comme auteur et comme actrice. Cela m’a fait du bien de passer d’Ennemi public à ce projet.

Pourquoi?

Car Ennemi public, c’est assez intensif.

Quel est le pitch de «La ligne»?

C’est l’histoire d’une fille qui, après une bagarre familiale, se retrouve avec une injonction d’éloignement. Elle ne peut plus s’approcher de la maison familiale – où elle était retournée vivre après une rupture – à moins de 200 m. C’est Valéria Bruni-Tedeschi qui joue ma mère, India Hair est une de mes sœurs et Benjamin Biolay interprète mon ex-compagnon.

 

Mon activité principale, c’est d’être actrice, mais j’aime tellement faire de la musique…

 

Cela s’est bien passé avec lui?

Il a été formidable. Il a pris le rôle au pied levé, et donc nous avons fait une semaine assez intensive où l’on a tourné que nos scènes. Je l’aime énormément comme musicien, et dans le film, nous chantons à deux un morceau qu’il a composé. C’était une belle rencontre et j’espère que cela débouchera sur une collaboration plus tard, on verra.

Ce film et cette chanson avec lui pourraient vous ouvrir les portes de la France?

Je ne l’ai pas fait pour ça, mais oui, je l’espère. Grâce à ce film ou à «Ennemi public», mon univers musical va peut-être être un peu plus médiatisé. Et je suis heureuse de ça. Mon activité principale, c’est d’être actrice, mais j’aime tellement faire de la musique… Je souhaiterais qu’elle prenne un peu plus de place dans ma sphère artistique.

Où en est-on dans le tournage de la suite d’«Ennemi public»? On avait parlé de saisons 3 et 4…

D’après les dernières nouvelles que j’ai eues, il n’y aura plus qu’une saison 3 de 6 épisodes. On va commencer le tournage en janvier. Cela va être beau pour toute l’équipe que cela se clôture.

 

Stéphanie Blanchoud, «Ritournelle», art-i. Concerts: 18/09, Orangerie du Botanique; 09/10 salle Columban Wavre; 29/10 Centre culturel de Mouscron; 06/11 La Tchatche, Chastre. 27/11 Nuit Art-i.


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