ASSISES DU HAINAUT

«Camille Tonnoir, c’est docteur Jekyll et Mister Hyde version brut de décoffrage»

«Camille Tonnoir, c’est docteur Jekyll et Mister Hyde version brut de décoffrage»

Camille Tonnoir a déclaré qu’il éprouvait sincèrement des regrets, qu’il était peiné pour les parties civiles mais qu’il ne pouvait pas leur demander pardon, «car ce n’est pas pardonnable». BELGA

Maître Jean-Philippe Rivière a plaidé, jeudi devant la cour d’assises du Hainaut, «une peine juste et équilibrée» pour Camille Tonnoir, reconnu coupable d’avoir assassiné Daniel Frantzen à Mouscron, le 11 décembre 2018.

Il estime que l’avocat général quI a requis une peine minimale de 25 ans de réclusion criminelle, sont lourdes. Il a plaidé quatre circonstances atténuantes: la personnalité colérique et le contexte psychologique, l’absence d’antécédent judiciaire correctionnel, la collaboration immédiate à l’enquête et, enfin, sa vie de travail.

Camille Tonnoir est né de père inconnu, élevé par sa maman dont la vie affective était instable, il travaillait dès l’âge de quatorze ans, dans le bâtiment, la restauration, les abattoirs avant de devenir carreleur. «Le travail est chez lui une addiction, comme l’a déclaré le psychiatre, la valeur essentielle de sa vie». Grâce au fruit de son travail, l’assassin gagnait beaucoup d’argent «qu’il dépensait pour son bien-être et celui de ses proches».

Si son client pouvait se montrer colérique et violent, il pouvait aussi se montrer généreux. «C’est docteur Jekyll et Mister Hyde version brut de décoffrage», dit-il, rappelant les déclarations maladroites de l’assassin lors de l’instruction d’audience, lundi matin. Camille Tonnoir avait déclaré que Daniel Frantzen n’était pas très courageux et qu’il pensait au crime, au moins une fois par semaine, voire deux.

« Derrière cette machine à broyer, il y a une fragilité structurelle, comme l’ont déclaré le neuropsychiatre et le psychologue», poursuit le pénaliste. Camille Tonnoir a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique «pour trouble de personnalité abandonnique», soit la peur d’être abandonné. Un trouble lié à son enfance.

Selon son avocat, Camille Tonnoir s’est senti abandonné quand Mo Gerbovits, avocat à Mouscron, lui a annoncé qu’il n’avait pas d’autres solutions de payer les dettes locatives de son ancienne compagne, fille de Daniel Frantzen, dont il s’était séparé. Lors de la signature du bail locatif du magasin repris par la fille de la victime, Camille Tonnoir s’était porté garant. «En plus, les huissiers allaient saisir ses véhicules, dont sa camionnette, son outil de travail», insiste Me Rivière.

Camille Tonnoir s’est ensuite rendu chez les parents de son ancienne compagne, à la rue du Manège à Mouscron, armé d’un couteau et d’un marteau. Il est passé par l’arrière de la maison, il a brisé une porte vitrée avec son marteau et est entré dans la maison. Il a croisé le chemin de Daniel Frantzen qui descendait des escaliers. Il l’a poignardé à sept reprises, au thorax. Il a ensuite pris la fuite et s’est rendu au poste de police pour se dénoncer. Tout ce drame s’est joué en moins d’une heure.

S’il s’en est pris au père de son ancienne compagne, et non à cette dernière, c’était pour la faire souffrir, car il la considérait comme responsable de ses malheurs.

Contrairement à l’accusation, l’avocat de la défense a constaté un début d’amendement, dès le 11 décembre 2018, chez l’assassin qui a très vite regretté son geste. «En raison de la crise Covid, le juge d’instruction a, en avril 2020, placé M. Tonnoir en détention sous bracelet électronique chez un ami, jusqu’en septembre 2020», rappelle l’avocat.

Camille Tonnoir a pris la parole en dernier, il a déclaré qu’il éprouvait sincèrement des regrets, qu’il était peiné pour les parties civiles mais qu’il ne pouvait pas leur demander pardon, «car ce n’est pas pardonnable».

Le jury et la cour sont partis délibérer sur la peine vers 10 h 30.


Nos dernières videos