PARLEMENT EUROPÉEN

Climat: inquiète, l’Europe veut enfin agir

Climat: inquiète, l’Europe veut enfin agir

«Ne rien faire contre le changement climatique conduira à des inégalités sociales les plus terribles», dit F. Timmermans AFP

Sur fond de catastrophes climatiques, le parlement a débattu des mesures de lutte mises sur la table par la Commission.

Dans le débat européen sur la lutte contre le réchauffement climatique, les pays de l’Est, encore très dépendant du charbon, sont rarement à la pointe. Ce mardi, lors de la session plénière du parlement européen, on a bien senti que les événements météo extrêmes de cet été ont marqué une certaine inflexion dans les discours. Ainsi en fut-il de ce député roumain qui s’inquiétait que son pays avait, pour la première fois, été frappé par un cyclone. «Et on voit aussi des régions qui se désertifient, ajoutait Nicolae Stefanuta. Et si nous avions dû affronter des incendies comme en Grèce, on n’aurait pas pu y faire face, car nous n’avons pas les équipements.»

Alors qu’il s’agissait pour le parlement débattre pour la première fois sur le paquet de mesures présenté en juillet par la Commission («Fit for 55 in 2030»: réduction des émissions de CO de 55% en 2030 puis la neutralité carbone en 2050), aucun député, même parmi les plus conservateur, n’a osé remettre en cause les impacts du changement climatique qui se marque désormais violemment aussi sur le vieux continent. Même si certains ont malgré tout appelé à tirer le frein à main sur le volet mobilité qui prévoit a fin des moteurs thermiques pour 2035. S’inquiétant notamment du coût pour les ménages et en termes d’emplois.

Des arguments que Frans Timmermans, le vice-président de la Commission a balayés: «Un des écueils à éviter est de parler sans cesse du coût de la transition pour éviter de parler du coût de la non-transition, a-t-il dit. Or, on voit que le coût de l’absence de transition n’est pas qu’économique. Regardez les coûts humains des inondations et des incendies de cet été. Et pensez aux coûts futurs. Nos enfants pourraient connaître des guerres de l’eau ou de l’alimentation si nous n’agissons pas.»

De la même manière, le vice-président de la Commission prenait le contre-pied de ceux qui pointaient le risque de voir le portefeuille des ménages souffrir des mesures climatiques, alors que les coûts de l’énergie fossile ne cessent de grimper avec la reprise économique post-Covid qui s’amorce: «Si nous avions eu le Green Deal européen il y a cinq ans, nous n’aurions pas été dans cette situation, car alors nous aurions été moins dépendants des combustibles fossiles et du gaz naturel.»

À l’opposé de ceux qui veulent tirer le frein à main, d’autres députés veulent pousser plus fort sur l’accélérateur. C’est le cas de la Française Manon Aubry, du groupe de la gauche: «Vous continuez à faire l’Autruche en visant une réduction de CO2 de 55% alors qu’il en faudrait au moins 65% pour atteindre les objectifs de Paris. Autant utiliser un arrosoir de jardin pour éteindre l’incendie!»

Tiraillé entre les députés qui estiment qu’on en fait trop, trop vite et ceux qui voudraient en faire plus, le projet «Fit for 55» de la Commission sera sans doute amendé par des alternatives proposées par les parlementaires. Mais on sent que l’inquiétude née des récents événements climatiques empêchera un virage à 180 degrés. La député belge Frédéric Ries notait ainsi: «Oui, l’Europe fait beaucoup pour la lutte contre le changement climatique. Et oui, de toute évidence, elle doit faire plus quand on voit les catastrophes climatiques qui se multiplient et les cris d’alarmes des experts du Giec. Nous n’avons plus le choix.»

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