TOURNAI

Le Tournai d’avant: l’Institut? Grandiose

C'est le cri d'enthousiasme de Louis Delwart échevin libéral découvrant les premières esquisses du futur et nouvel Institut. Et il a raison!

Les décennies d'après 1863 sont riches de projets notamment la destruction de l'enceinte communale et l'assainissement d'un quartier destiné à recevoir – en 1879 – la nouvelle gare.

La ville y abat les masures, supprime des rues – dont celle de la Poterie – pour en tracer d'autres, plus larges, rectilignes qui attireront les beaux commerces dans des immeubles de qualité.

C'est là, entre Becqurelle et Sondart que l'on élèvera l'Institut des demoiselles.

Cher, très cher

Rien n'est trop beau pour les enfants – de la classe aisée, rappelez-vous – mais le coût est à la mesure.

En 1879 sont présentés les plans et devis de l'architecte Hubert pour l'entrepreneur Ghislain Vincent de Bruxelles, adjudicataire pour la somme de 316 340 francs: à achever pour le 1er avril 1881. L'opposition se plaint «pourquoi avoir donné préférence à un étranger» avec réponse courroucée de L Crombez; «Ltat et la Province qui subsidient la construction obligent à choisir le moins cher». Ambiance, ambiance.

Le prix annoncé sera largement dépassé car, de modifications et agrandissements, de nouveaux subsides obtenus englobés dans le grand œuvre, le coût réel sera de 600 000 francs dont 220 000 sont à charge de la ville. Le jeu en valait-il la chandelle?

Coïncidence ou conséquence?

La guerre politique fait tache d'huile au bénéfice des écoles qui fleurissent dans tous les villages. Soit en libre soit en officiel selon l'influence du curé ou du notable du coin. Il y en aura parfois deux (Vaulx). Toujours déficiente, la fréquentation car en zone rurale les travaux des champs ont priorité. En 10 ans, la ville dépense 1 500 000 francs dont 238 834 pour la porte de Lille..

Bénéfice net pour l'instruction de la jeunesse même si, ici et là, des frictions apparaissent lorsque sont dénoncés certains procédés de recrutement; comme, à Froyennes, où les bons points sont remplacés par des tartes de chez Mamour! Notre horizon scolaire régional actuel est né à cette époque.

Exit l'Institut

Les travaux vont allés bon train et, à Pâques 1881 les locaux incommodes de la rue des Clairisses sont abandonnés. On les retrouvera comme siège du Comité de patronage des condamnés libérés et des enfants moralement abandonnés.

Bonheur de courte durée car, par la loi du 15 juin 1881, acceptée en Conseil le 10 août, l'État prend les rênes. Rien ne change cependant dans la gestion d'un établissement hors normes pour l'époque.

La façade multiplié la pierre et les décors, son style néo-classique épris de fastes et de grandeurs n'en est pas moins plus grandiloquent qu'agréable à l'œil de cette fin XIXe.

C'est le journal «L'Économie» – Le Courrier n'est pas invité – du 16 avril 1882 qui invite «à pousser le porte de l'entrée principale afin de parcourir un corridor long de 40 mètres; à droite se succèdent les sept classes principales, à gauche les salles d'études pour la musique. Toutes les menuiseries sont ici en chêne, le frêne est réservé au pensionnat. Au fond, la salle de jeu, très haute, de 40 x 40 mètres. Ouvrages manuels, dessin, sciences naturelles, leurs classes bénéficient d'un mobilier construit selon les modèles les plus perfectionnés. L'escalier vers le pensionnat meublées avec une élégante simplicité, est en pierre d'Écaussinnes. Une passerelle le fait communiquer avec les logements de la directrice et celui des institutrices».

Ce n'est là qu'une synthèse de la volonté des promoteurs de faire de leur Institut un reflet de la condition sociale d'une certaine classe. De telles somptuosités ont-elles ramené des élèves? Non elles sot que 152 dont 19 aux cours supérieurs.


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