BRUXELLES

Geste fort de la Ville de Bruxelles: une rue nommée en l’honneur d’Eunice Osayande, prostituée «sauvagement assassinée»

Geste fort de la Ville de Bruxelles: une rue nommée en l’honneur d’Eunice Osayande, prostituée «sauvagement assassinée»

Les hommages envers Eunice ont dépassé le milieu de la prostitution bruxelloise. BELGA PHOTO OPHÉLIE DELAROUZEE

En 2018, Eunice Osayande est morte de 17 coups de couteau. En 2021, la Ville de Bruxelles annonce que cette jeune travailleuse du sexe nigériane ne restera pas oubliée: elle aura une rue à son nom.

C’est un geste fort qu’annonce aujourd’hui la Ville de Bruxelles: une nouvelle rue va être baptisée en l’honneur d’Eunice Osayande. Cette travailleuse du sexe nigériane a été «sauvagement assassinée» en juin 2018.

Dans la foulée, la vague d’indignation avait dépassé le milieu de la prostitution bruxellois pour s’étendre à d’autres couches de la société. Son meurtrier, un mineur de 17 ans, a avoué. Fait exceptionnel: son procès prévu cet automne a été repoussé faute d’un quota suffisant de jurés masculins.

La rue concernée est une voirie nouvellement tracée entre le quai des Péniches, en bord de canal, et le quai de Willebroeck, qui borde le parc Maximilien. Soit une rue pas très éloignée du quartier Nord, connue pour abriter les activités de prostitution dans la capitale.

Les travailleuses du sexe sont souvent oubliées. Cette fois-ci, ce ne sera pas le cas.

«En nommant cette nouvelle rue “Eunice Osayande”, la Ville de Bruxelles souhaite attirer une attention permanente sur toutes les femmes oubliées victimes de traite humaine, de violences sexuelles et de féminicides», annoncent les autorités. «Un hommage fait à notre collègue qui nous a été enlevée si sauvagement», se réjouit Maxime Maes pour le collectif UTSOPI (Union des Travailleur. se.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance). «Les travailleuses du sexe sont souvent oubliées. Cette fois-ci, ce ne sera pas le cas».

Ans Persoons, Échevine de l’Urbanisme en charge de la Dénomination des voiries (one.brussels), explique que dans son travail de féminisation des noms de rues, la Ville a «jusqu’à présent toujours choisi des femmes aux réalisations exceptionnelles». Et de nuancer: «Le féminisme ne concerne pas uniquement les femmes qui “excellent”. Il concerne toutes les femmes et inclut les droits et les luttes des femmes à tous les niveaux sociaux». Persoons égrène des chiffres glaçants: «42% des femmes âgées de 16 à 69 ans ont subi des violences sexuelles et/ou physiques. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé chez les travailleuses du sexe. La lutte pour faire tomber ces chiffres incroyablement élevés mérite plus d’attention et d’urgence. Et c’est exactement pourquoi nous dédions cette rue à Eunice Osayande».

42% des femmes âgées de 16 à 69 ans ont subi des violences sexuelles et/ou physiques. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé chez les travailleuses du sexe.

«Violées à plusieurs reprises» dans leur voyage vers l’Europe

Le communiqué de la Ville de Bruxelles en dit un peu plus sur le destin tragique vécu par Eunice Osayande. En 2016, la jeune femme est encore au Nigeria. C’est alors qu’elle fait la rencontre d’un groupe de trafiquants. Le coup est classique: ils lui font la promesse de lui trouver un travail avec un avenir radieux en Europe.

Vers l’Italie

Eunice part. D’autres filles l’accompagnent vers la terre promise européenne qui se transforme rapidement en une descente aux enfers. Durant ce voyage, les filles doivent observer un rituel et sont obligées de rester fidèles à leurs proxénètes. Elles seront violées à plusieurs reprises. Arrivées en bord de Méditerranée, elles prennent la direction de l’Italie dans un canot pneumatique.

Geste fort de la Ville de Bruxelles: une rue nommée en l’honneur d’Eunice Osayande, prostituée «sauvagement assassinée»
Les prostituées bruxelloises se sont mobilisées dans la douleur après la mort abjecte de leur collègue Eunice Osayande. Plusieurs ont un parcours de vie horrifiant. PhotoNews

C’est là qu’Eunice Osayande rencontre un passeur. Il fait partie du réseau qui l’exploitera en Belgique. Une fois à Bruxelles, la jeune femme est immédiatement contrainte à la prostitution. Elle doit payer 45.000€ à ses maquereaux pour le trafic et pour un loyer hebdomadaire. Elle et d’autres victimes sont hébergées dans un appartement délabré du quartier Nord.

Un client «mécontent»

Le cauchemar prend fin tragiquement dans la nuit du 4 au 5 juin 2018: un client «mécontent» la poignarde de 17 coups de couteau. L’agresseur est un mineur de 17 ans. Arrêté deux semaines plus tard, il passe aux aveux. Son procès prévu dès cette rentrée judiciaire de septembre 2021 a été reporté. La cause est un fait exceptionnel : trop peu de jurés masculins pour assurer la parité du jury. «Les prostituées risquent de se sentir encore plus oubliées par la justice, alors qu’elles ont déjà le sentiment de ne pas être considérées comme des victimes, de ne pas être suffisamment importantes pour qu’on tienne compte des agressions qu’elles subissent», déplore à ce sujet une membre du collectif UTSOPI.

Le procès contre le groupe de trafiquants s’est pour sa part tenu en janvier 2021. Les quatre auteurs ont été condamnés de 33 mois à 4 ans de prison. Trois autres filles ont pu être sauvées des griffes du réseau.


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