La 5G en Belgique: un déploiement mi-2022 sans quatrième opérateur?

La 5G en Belgique: un déploiement mi-2022 sans quatrième opérateur?

Comme dans d’autres pays européens, c’est la tenue des enchères pour les fréquences qui retardent le plein déploiement des réseaux 5G chez nous. stock.adobe.com

Les enchères des fréquences de la 5G seront organisées au mieux mi-2022, le temps de résoudre notamment la question du quatrième opérateur.

Le refrain est connu. Le train de la 5G, le réseau mobile de nouvelle génération, est toujours à quai en Belgique. Pour le libérer, il est nécessaire que l’État attribue aux enchères des licences d’utilisation des nouvelles bandes de fréquences radioélectriques. Durée de ces licences: 20 ans.

C’est l’IBPT (Institut belge des services postaux et des télécommunications) qui est appelé à orchestrer ces enchères ouvertes aux opérateurs mobiles (Proximus, Orange, Telenet/Base) et aux candidats opérateurs. «En tant que régulateur, nous sommes le gestionnaire des radiofréquences qui appartiennent à l’État belge», rappelle Michel Van Bellinghen, président de l’IBPT. «C’est un peu comme si l’État était propriétaire de l’immeuble et l’IBPT le concierge.»

«Loyers» fixés

En gestation douloureuse depuis 2018, les modalités de ces enchères sont toujours en cours de définition dans un jeu de ping-pong entre l’IBPT, le fédéral et les entités fédérées (régions, communautés). En ligne de mire: une loi votée au parlement le 27 juin 2021 et cinq projets d’arrêtés royaux âprement discutés. «Nous rédigeons les textes, le pouvoir politique les adopte dans un sens ou dans un autre», résume Michel Van Bellinghen. «Puis dans un deuxième temps, nous les mettons en œuvre.»

Avancée notable dans le dossier 5G, la loi du 27 juin 2021 fixe les «loyers» minimums que s’engagent à payer les candidats pour l’utilisation des bandes de fréquences, par Mhz (mégahertz) et par mois. Selon le principe des enchères, libre au postulant de proposer le minimum syndical ou de faire grimper la mise, histoire d’augmenter ses chances de décrocher le lot convoité. «Ces radiofréquences ont une valeur parce qu’elles sont limitées en nombre», détaille Michel Van Bellinghen. «On ne peut pas en distribuer à n’importe qui pour faire n’importe quoi. Le parlement fixe par une loi la valeur de ces nouvelles fréquences.»

Pactole de 800 millions d’€

C’est ainsi que, si toutes les fréquences trouvaient acquéreur, la procédure devrait rapporter environ 800 millions d’€. Avec quelle clé de répartition? Les communautés ne veulent plus du ratio 20/80 qui profite au fédéral. Face à cette pierre d’achoppement qui divise depuis 2018, le Comité de concertation a décidé de botter en touche en mai 2021. La problématique de la répartition sera résolue… après les enchères.

Le Comité de concertation fait également entendre sa voix dans les cinq projets d’arrêtés royaux qui définissent tous les autres critères des enchères, en marge de la valorisation. Avec une question sensible qui est revenue sur le devant de la scène: faut-il oui ou non favoriser l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile?

Pour rappel, la Belgique compte trois propriétaires d’un réseau mobile: Proximus, Orange et Telenet, propriétaire de Base. Ce sont les trois candidats naturels à l’octroi des licences 5G. Dans l’absolu, n’importe qui peut solliciter une licence. Mais en démarrant de zéro, sans antenne, sans accès temporaire aux réseaux des concurrents, c’est mission impossible, l’investissement est trop lourd. C’est pourquoi en 2018 Alexander De Croo, alors ministre des Télécommunications, plaidait pour des enchères qui prévoient des conditions censées aider un quatrième opérateur à se lancer. But de la manœuvre: renforcer la concurrence, faire baisser les prix.

De l’eau a coulé sous les ponts et les entités fédérées ont demandé de nouvelles études et consultations sur la pertinence d’accueillir un quatrième opérateur en Belgique, un rôle que la société brugeoise Citymesh convoite ouvertement.

Bref, le dernier verrou à faire sauter avant l’organisation des enchères, c’est le vote de ces cinq arrêtés royaux. «Raisonnablement, si d’ici la fin de l’année on pouvait avoir un accord avec textes adoptés et si possible publiés», analyse le président de l’IBPT, «on pourrait encore viser la tenue des enchères dans la fin de la première moitié de l’année qui suit.» Soit mi-2022.

La procédure des enchères en elle-même «sera assez rapide», assure Michel Van Bellinghen. «Ce n’est pas quelque chose qui dure six mois. Une fois que tout est préparé et que le signal est lancé, c’est l’affaire de quelques jours, après la recevabilité de l’offre de chaque candidat..»

«Nous exclure ralentira le déploiement de la 5G en Belgique»

La 5G, c’est aussi une question de sécurité des équipements et des infrastructures sur laquelle le parlement doit encore adopter le texte définitif. «Dans le texte proposé», explique le président de l’IBPT Michel Van Bellinghen, «les futurs exploitants des réseaux 5G devront soumettre à autorisation préalable leur schéma de réseau pour vérifier s’ils ont prévu suffisamment de garantie de fonctionnement et de protection par rapport des intrusions et à des dysfonctionnements accidentels ou intentionnels par des tiers avec intention de nuire.»

En juin 2020, le Conseil national de sécurité avait déjà décidé de sévèrement limiter le rôle des fabricants définis comme à haut risque. Même si son nom n’a jamais été directement cité, Huawei, jusqu’ici partenaire de Proximus et Orange, tire la sonnette d’alarme.

«Exclure un producteur d’un marché réduit la concurrence et augmente mécaniquement les prix», argumente Steffen Van Roosbroeck, Senior Public Relations and Public Affairs Manager de Huawei Belgium «Le coût d’investissement est dès lors plus important, ce qui ralentit bien sûr le déploiement. Une étude d’Oxford Economics a notamment analysé les conséquences de l’exclusion de Huawei du marché belge. Tous les scénarios pointent dans la même direction: un prix de revient en hausse et un déploiement plus lent. En fonction du scénario, l’investissement annuel supplémentaire serait de 31 à 98 millions d’euros, et de 900 000 à 2,7 millions de Belges auraient accès plus tard à la 5G d’ici 2023. Enfin, il ne faut pas oublier que certains opérateurs collaborent depuis longtemps avec Huawei. Ils doivent donc réaliser des investissements conséquents pour remplacer tout le matériel et les logiciels, ce qui requiert à son tour du temps et des ressources, même si nous sommes conscients que cela aurait également été le cas s’ils avaient choisi un autre fabricant sur un marché libre».

Pour le déploiement de leurs réseaux 5G, Orange, Proximus et Telenet ont noué des accords avec les Européens Nokia et Éricsson.

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