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Salah Abdeslam, détenu le plus surveillé de France et depuis 5 ans à l’isolement

Salah Abdeslam, détenu le plus surveillé de France et depuis 5 ans à l’isolement

Salah Abdeslam, qui a mis en cause ses conditions de détention mercredi au premier jour du procès des attentats du 13 novembre, est depuis plus de cinq ans incarcéré à l’isolement total AFP

Salah Abdeslam, qui a mis en cause ses conditions de détention mercredi au premier jour du procès des attentats du 13 novembre, est depuis plus de cinq ans incarcéré à l’isolement total, suivi 24 heures sur 24 par vidéosurveillance, ce qui en fait le détenu le plus surveillé de France.

Capturé en Belgique le 18 mars 2016 après quatre mois de cavale, Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos djihadistes du 13 novembre 2015, a été transféré en France en vertu d’un mandat d’arrêt européen un mois plus tard, le 27 avril, et placé en détention provisoire à Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe.

Il est incarcéré dans cette maison d’arrêt du sud de Paris sous le régime très strict de l’isolement, seul dans une cellule et avec la particularité que celle-ci est équipée, une première en France, d’un dispositif de vidéosurveillance fonctionnant 24h sur 24.

«Ça fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint», a-t-il lancé mercredi, dans la cour d’assises spéciale de Paris, au premier jour du procès des attentats de novembre 2015.

Le ministre de la Justice de l’époque, Jean-Jacques Urvoas, s’était engagé sur cette mesure avant le transfèrement de Salah Abdeslam en France, afin de garantir «qu’il n’y ait pas de chaise vide au procès».

D’abord sans base légale, ce placement sous l’œil constant des caméras du suspect-clé des attentats de Paris et Saint-Denis a fait l’objet d’un arrêt ministériel a posteriori, le 9 juin 2016, et a ensuite été voté par le Parlement.

Ce dispositif exceptionnel de vidéosurveillance a également été validé par le Conseil d’Etat.

Contestant une atteinte excessive à sa vie privée, Salah Abdeslam avait saisi la haute juridiction administrative, qui avait considéré que «le caractère exceptionnel des faits terroristes» pour lesquels il est poursuivi «impliquait que toutes les précautions soient prises pour éviter son suicide et son évasion».

Concrètement, Salah Abdeslam est détenu sous la surveillance ininterrompue de caméras scrutant chacun de ses faits et gestes, dans sa cellule et lors de ses promenades quotidiennes, qu’il effectue seul sur une cour aérienne.

Selon la loi, un détenu placé sous le régime de l’isolement - différent du «mitard», une mesure disciplinaire - «conserve ses droits à l’information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l’exercice du culte» et «bénéficie d’au moins une heure quotidienne de promenade à l’air libre».

Le coût de la détention du prisonnier le plus surveillé de France s’élève à plus de 430.000 euros annuels, dont précisément «397.340» euros au titre des dépenses de personnels, avait indiqué en début d’année le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

Près de 190.000 euros ont également été nécessaires pour le brouillage anti-téléphones portables à proximité de sa cellule et plus de 16.000 euros pour la mise en place du système de vidéoprotection, des dépenses «désormais amorties» selon le ministère.

Outre la cellule occupée par Salah Abdeslam, quatre autres sont mobilisées: l’une est dédiée à l’installation du dispositif de surveillance, une autre - également vidéosurveillée - est équipée d’un rameur et d’un vélo, et les deux dernières sont laissées libres par sécurité.