BANDE DESSINÉE

Olive, la tête dans ses nuages

Une jeune fille aux accents autistiques surmonte ses angoisses dans «Olive», une série en forme de trait d’union entre adolescence et âge adulte, dont le troisième tome (sur quatre) vient de sortir. Et confirme son incroyable potentiel. Un merveilleux voyage, plein d’une belle sensibilité, qui propose de poser un autre regard sur la différence. Énorme coup de cœur.

Olive n’est pas comme tout le monde. Et c’est très bien ainsi. En mars 2020, nous avions découvert avec un premier album cette jeune fille à la marge, un peu perdue entre adolescence et âge adulte, et qui nous avait présenté «son» monde, différent du nôtre, dans lequel elle pouvait s’isoler, au grand dam de ses proches, dès que le besoin s’en faisait sentir.

 

Je n’ai jamais voulu dresser le portrait d’une jeune femme autiste, mais de quelqu’un d’un peu décalé, qui cherche à sortir de sa bulle

 

Un univers fantastique, fait d’eau et d’animaux étranges, sorti tout droit de sa tête, ou de ses souvenirs, ou des deux. Et qui avait fait dire à beaucoup qu’on avait affaire, là, à une série sur l’autisme: «Ça m’a un peu embêtée qu’on dise ça, même si je le comprenais, assure Véro Cazot, la scénariste. Parce que je savais où je voulais en venir, et qu’il s’agissait, quelque part, d’une fausse piste qui pouvait induire le lecteur en erreur. Il est vrai qu’Olive possède des caractéristiques propres à l’autisme… sauf qu’il y a beaucoup de formes d’autisme, et que je ne me sentais pas du tout légitime pour aborder la question, que je connais mal. Au final, je n’ai donc jamais voulu dresser le portrait d’une jeune femme autiste, mais de quelqu’un d’un peu décalé et qui va, pour s’intégrer, devoir sortir de sa bulle.»

Elle fait même beaucoup plus que cela dans le troisième volet, sorti voici quelques jours, et qui la voit prendre l’avion en direction de la Russie, à la recherche d’un mystérieux astronaute français porté disparu et entré en contact avec elle par le biais de rêveries dont elle avait un peu perdu le contrôle… en même temps que sa vie s’était emballée au contact de Charlie, sa nouvelle et bruyante «coloc».

«Personne n’est normal»

 

Davantage qu’à l’autisme, donc, c’est à la notion même de normalité, l’une de ses marottes, que s’attaque Véro Cazot, avec énormément de créativité, et l’aide du dessin rond et lumineux de Lucy Mazel: «L’idée de la norme m’a toujours contrariée, dit-elle encore. Parce qu’être dans la norme, c’est… ne pas être soi. Et en sortir est une liberté, mais aussi un acte courageux, car on s’expose au jugement des autres. Or, personne n’est normal. Mais c’est difficile à assumer, surtout à l’adolescence.»

Inutile de dire qu’il y a beaucoup de Véro Cazot dans Olive, ne serait-ce que par sa propension à enfiler ses vêtements… à l’envers. «Et comme elle, j’ai souvent tendance à parler sans filtre, ce qui peut désarçonner », sourit celle qui espère que cette série qui attend encore un quatrième et dernier volet, prévu en septembre 2022, poussera ses lecteurs à davantage de tolérance pour tout qui est (un peu) différent: «La fiction est très forte pour ça: beaucoup de gens qui aiment Olive n’auraient pas accepté, dans la vie, les comportements qu’elle peut avoir dans la série.»

Dupuis «Sur les traces du Nerpa», Mazel/Véro Cazot, 56 p., 12.50€.

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