article abonné offert

EMPLOI

Chômage: «La Région doit inverser la logique (fédérale) du bâton»

Chômage: «La Région doit inverser la logique (fédérale) du bâton»

«Sur les 33 500 exclus du chômage de 2015 à 2019, 55% sont toujours sans emploi et deux tiers sont des femmes.» Heymans

La Région va réformer l’accompagnement des chômeurs. Qu’en pensent les syndicats? Ils ont été entendus au Parlement wallon.

D’ici quelques mois, l’accompagnement des demandeurs d’emploi ne sera plus tout à fait la même. Un avant-projet de décret wallon dessine un autre modèle, fondé sur « un parcours personnalisé, d’orientation, de coaching, de conseils et de matching entre candidats et offres d’emplois ».

Tant à la CSC qu’à la FGTB, on salue la volonté de mettre en place un accompagnement dont l’objectif est de ne laisser personne au bord du chemin. Invités en commission Emploi du Parlement wallon, les syndicats ont pourtant exprimé une série de réserves sur ce projet décrétal porté par la ministre en charge Christie Morreale (PS).

Fusion et confusion?

«On n’est pas là pour tirer à boulets rouges – à boulets verts en l’occurrence – sur le décret », pose en préambule Nicolas Vandenhemel, membre du service d’études de la CSC wallonne. Mais il se dit préoccupé par plusieurs éléments du texte, notamment par les risques d’une fusion entre deux missions pour les référents du Forem: celle de conseiller et celle de contrôleur. «Est-ce que l’accompagnateur conseillera encore si sa mission, c’est le contrôle en continu? Poser la question, c’est y répondre», dit-il.

Nicolas Vandenhemel cite à cet égard une enquête de la Cour des Comptes selon laquelle 80% des conseillers seraient opposés à la fusion des deux métiers.

Sanctions

À la FGTB wallonne, le secrétaire général Jean-François Tamellini est encore très remonté. Ce week-end, les commentaires de Georges-Louis Bouchez lui ont chauffé les oreilels. Pour rappel, le président du MR recommande l’exclusion des demandeurs d’emploi de longue durée en cas de refus des formations ou des emplois dans les secteurs en pénurie.

« La politique du bâton, ça ne fonctionne pas!» martèle Jean-François Tamellini. Le rapport avec la Région wallonne? Le syndicaliste s’en réfère aux chiffres: « Il y a 80 fois plus d’exclusions définitives en Wallonie (1 589) qu’en Flandre (seulement 20) alors que le marché propose 3 à 4 fois moins d’offres en Wallonie.» Quel bonus en retour? Sur les 33 500 exclus du chômage entre 2015 et 2019, «plus de 55% sont toujours sans emploi et il y a plus de deux tiers de femmes parmi les exclus. Dans le même temps, on constate une augmentation des emplois morcelés et des contrats précaires. »

Selon lui, le cadre normatif fédéral qui impose cette «politique du bâton» doit être retoqué. «Et la réforme wallonne doit inverser la logique : moins sanctionner et mieux accompagner les publics les plus éloignés de l’emploi».

Moyens humains

Encore faut-il que les moyens humains soient suffisants au Forem. Ce dont doutent les deux syndicats: avec seulement 712 conseillers référents pour 130 000 à 175 000 accompagnements par an, on aurait vu trop juste.

On compte plus de 200 000 demandeurs d’emploi en Wallonie, dont 40 000 jeunes de moins de 25 ans.

La réforme de l’accompagnement devrait entrer progressivement en vigueur à partir de janvier 2022.

«Vulnérablité numérique»

Le projet de réforme est aussi fondé sur une meilleure utilisation du digital pour accompagner les demandeurs d’emploi (par ailleurs renommés «chercheurs d’emploi» dans le texte de l’avant-projet de décret). Ainsi, l’accompagnement à distance sera privilégié pour ceux qui sont en mesure de s’en sortir avec les outils numériques. Ce qui, en théorie, doit permettre de dégager du temps en face-à-face avec le public plus éloigné de l’emploi et moins connecté. Et cet élément retient aussi l’attention des deux syndicats.

À la CSC, Nicolas Vandenhemel parle de «vulnérabilité numérique»: «La moitié des demandeurs d’emploi est incapable de faire un copier-coller ou d’utiliser un traitement de texte. Que faire si, in fine, on sous-estime cette vulnérabilité numérique et que la jauge de l’accompagnement présentiel déborde? Les moyens sont majoritairement mis sur le digital, pas sur le personnel.»

Nos dernières videos