TOURNAI

Le Tournai d’avant: la guerre scolaire eut bien lieu

Tonnerre dans l'enseignement: le 1er août 1870, la majorité libérale décrète la création de l'Institut communal des demoiselles. Laïque!

En ce XIXe siècle, instruire les enfants demeure, une mission en sa généralité, dans les mains de l'autorité religieuse; disponibles, nantis des savoirs nécessaires, prêtres et religieux concentrent le corps enseignant.

Cependant, les idées plus libérales se font jour; l'exemple en est donné à Tournai avec l'athénée que le pouvoir communal prend en charge (1846). De plus, des écoles maternelles – appelées un temps «asiles» –et primaires pour garçons voient le jour sous le giron de la commune. Mais la gent féminine fréquente le «libre», sauf rares exceptions. D'où cette levée de boucliers lorsque naît l'Institut des Demoiselles.

Pour la classe aisée

L'Institut se loge au n° 9 de la rue des Clairisses, une artère du centre-ville vouée au commerce.

Le 7 septembre paraît le «Règlement d'ordre intérieur» dont la lecture démontre que ses géniteurs veulent inscrire cette école dans la catégorie d'excellence. Pour les classes, une du premier âge (moins de 6 ans), le primaire avec deux sections de deux divisions (4 ans d'études) et la classe supérieure (ouverte postérieurement), le programme est complet selon des normes de l'époque, de la religion ou morale aux ouvrages de mains via les sciences, l'arithmétique, l'anglais et l'allemand.

Encadrement féminin complet avec, directrice et institutrices logeant à l'école (sauf dérogation). Elles distribuent bons points et sanctions, bulletins et font rapport à la commission. À la tête est nommée Pulchérie Gilmet (Pottes 15 octobre 1845 - Tournai 6 avril 1929) qui quitte Bruges pour intégrer ce nouveau poste.

Le corps enseignant gonfle en 1878 avec l'adjonction de professeurs spéciaux; elles sont quatre pour la musique, les langues. Tout cela a un coût et, à Tournai, les écoles se partagent entre gratuites et payantes. C'est parmi celles-ci qui se range l'Institut: par trimestre, seront demandés 12 francs au premier âge; 18 en primaire et 25 en supérieure.

Comme prévu, le 1er octobre, les portes s'ouvrent sans trop d'optimisme ressenti dans le discours de l'échevin Carbonnelle «nous ouvrons dans des conditions toutes modestes avec 33 jeunes élèves». Il édulcore ceci en soutenant le principe «de faire un service public de l'instruction du peuple et particulièrement de l'instruction et de l'éducation des jeunes filles de la classe aisée». On ne pouvait mieux cibler les étudiantes..

Dénigrer par la plume et le mot

Évidemment, l'autre camp mobilise ses forces pour dire tout le mal qu'il pense «d'une école sans Dieu, inutile dans le canevas de l'enseignement tournaisien, qui grèvera un peu plus les finances d'une ville en proie à une indispensable modernisation».

Les séances du Conseil communal sont des plus animées mais c'est la lecture des journaux, Vérité et Économie contre le Courrier de l'Escaut et Le Tournaisien qui témoigne le mieux de la foire d'empoigne. Jusqu'au tribunal en 1881 pour le Tournaisien condamné pour avoir écrit «que les élèves de notre Institut sont des péronnelles bien éloignées de cette modestie qu'on aime à trouver chez les jeunes filles et dont plusieurs prennent des airs qu'on ne rencontre que sur les trottoirs de Paris ou Buxelles» .

Peu à peu, l'Institut grandit. Pas assez selon l'autorité communale qui voit grand, très grand.


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