CORONAVIRUS

Le Covid Safe Ticket pour manger au resto à Bruxelles? «Les clients vont fuir vers la Flandre ou la Wallonie»

Le Covid Safe Ticket pour manger au resto à Bruxelles? «Les clients vont fuir vers la Flandre ou la Wallonie»

Le CFT pour boire une Zinnebir en terrasse? La Fédé Horeca Brussels estime que c’est pas jouable. Mais le secteur est favorable à un renforcement du coronapass pour voir la réouverture sans barrière du monde de la nuit, le retour des foires et salons, ainsi que des événements. BELGA HATIM KAGHAT

Et si le Covid Safe Ticket s’étendait aux restos et aux bars de la capitale? La question est sur la table du gouvernement bruxellois. Mais rien n’est décidé. Dans l’horeca, certaines filières s’y opposent, d’autres le soutiennent.

Étendre le Covid Safe Ticket (CST) à Bruxelles? L’idée est dans l’air. La Ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden l’a confirmé ce 3 septembre: «Des préparatifs sont en cours pour aider Bruxelles à permettre une éventuelle utilisation plus large des coronapass». Il faut dire que la vaccination plafonne à 62 % dans la capitale. Au cabinet du Ministre bruxellois de la Santé Alain Maron (Écolo), on confirme ce 6 septembre 2021 que «les discussions sont en cours». Sans plus de précisions actuellement.

Mais pour quels secteurs? Il semble que l’événementiel, les salles de sport, la nuit et l’horeca font partie des pistes étudiées. Devrez-vous bientôt présenter un code QR à scanner pour boire une Zinnebir ou manger une pita? L’idée n’enchante pas les restaurateurs. «Nous ne sommes surtout pas demandeurs pour les bars et les restaurants. Car comment le contrôler?», questionne d’emblée Fabian Hermans, administrateur à la fédération Horeca Bruxelles, qui regroupe 7.000 établissements et 8.000 indépendants.

Le Covid Safe Ticket pour manger au resto à Bruxelles? «Les clients vont fuir vers la Flandre ou la Wallonie»
Le CST dans les restos? La fédé horeca veut une application éventuelle à l’échelle nationale, et uniquement. BELGA HATIM KAGHAT

Les clients iront manger ailleurs. Vous savez, je vis à Bruxelles, mais si je traverse la rue, je suis en Flandre

Le secteur insiste sur un point capital à ses yeux: «Un éventuel CST dans l’horeca doit être NA-TIO-NAL. Sinon, les clients vont fuir Bruxelles pour aller manger ou boire un verre en Flandre ou en Wallonie. Vous savez, je vis à Bruxelles, mais si je traverse la rue, je suis en Flandre». Le représentant des tenanciers estime aussi qu’un tel sésame à l’entrée des établissements «doit rester un libre choix de nos restaurateurs, comme un lunch à 25 ou 50€».

Un CST pour relancer les salons et congrès

Si le CST semble crisper au comptoir et à table, d’autres filières de l’horeca y voient une lueur d’espoir. «C’est le cas de la nuit, des traiteurs et de l’événementiel. Ils sont demandeurs», nuance Fabian Hermans. Avec le télétravail et les congrès à l’arrêt, une telle mesure pourrait donner de l’air. «Les congrès à Bruxelles, on ne les envisage pas avant mars 2022. On ne sait même pas s’il y aura un Salon de l’Auto», déplore celui qui est traiteur lui-même. «Moi aujourd’hui, au lieu de faire 200 couverts, j’en fais 50 sur place. Et les 150 participants derrière leur écran, ils ne mangent pas. Le télétravail est devenu la norme. À moi aussi, on me colle des réunions électroniques», ironise le traiteur.

Le Covid Safe Ticket pour manger au resto à Bruxelles? «Les clients vont fuir vers la Flandre ou la Wallonie»
Selon la fédé horeca, le CST affiné à Bruxelles permettrait de relancer le secteur des congrès et salons, qui n’a aucune perspective avant le printemps. Difficile en effet d’imaginer de tels événements et leur catering XXL sans des mesures supplémentaires. ÉdA – Julien RENSONNET

Au lieu de faire 200 couverts, j’en fais 50 sur place. Et les 150 participants derrière leur écran, ils ne mangent pas

Zéro congrès, c’est aussi zéro chambre d’hôtel. Et c’est surtout le Pentagone qui morfle. «L’hôtellerie est moribonde, elle crève, avec 80% de chiffre d’affaires en moins. Les bâtiments du centre, de la gare du nord et du quartier européen restent vides. Restos et cafés plafonnent à 25% de leur chiffre. Certains se demandent si ça vaut encore le coup avec 6 clients à midi. Les cuisines de collectivités souffrent tout autant». Ce qui n’est pas le cas en 1re et 2 couronne, voire dans les Brabants où les confrères «cassent la baraque».

Dans ces conditions, «le CST à Bruxelles serait une bonne chose». Mais pas la solution miracle. «J’ai des clients banquiers qui repoussent leurs événements de mois en mois. Ils ne veulent pas imposer le CST à leur clientèle. Ils préfèrent ne pas prendre position: c’est fou. Et moi pendant ce temps-là, je mange des cailloux?»

«Philosophiquement» contre le CST, le MR craint «une double société»

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David Leisterh, Président du MR bruxellois, craint la fuite des clients de l’horeca en cas de CST renforcé à Bruxelles. BELGA
Dans l’opposition à Bruxelles, le MR se montre prudent à l’égard d’une potentielle extension du Covid Safe Ticket. La position libérale n’est pas très différente de celle de l’horeca.

Ainsi, le MR s’oppose «philosophiquement» à l’instauration d’un pass «qui engendrerait une double société», pointe David Leisterh, son président dans la capitale. Qui doute de son efficacité: «si quelqu’un ne veut pas du tout se faire vacciner, se sentira-t-il obligé par l’interdiction d’aller au restaurant?»

Tout en «respectant l’autonomie des régions», le libéral craint les effets pervers d’une telle mesure: une fuite des clients. Il rejoint par là les pros du secteur. «Instaurer ce CST sur un territoire aussi petit que Bruxelles n’a pas de sens. Franchir la frontière régionale, ce n’est pas comme franchir la frontière française: cela conduirait à alimenter les économies wallonne et flamande», prévient le leader de l’opposition libérale. Qui souligne qu’«en France, le pass sanitaire a été imposé partout».

L’argument des spécificités bruxelloises n’est plus recevable: Wallonie et Flandre ont aussi des disparités économiques

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Le MR prévient qu’il s’opposera à toute idée de fermeture de l’horeca en cas de saturation des hôpitaux. BELGA – HATIM KAGHAT

Leisterh souligne cependant que «les Régions ont fait leur devoir de vacances» en vaccinant plus que Bruxelles. Et d’exiger désormais de «mettre le paquet» d’ici octobre en suivant cette stratégie nouvelle «de proximité et de pédagogie». Car le MR prévient: «nous nous opposerons à une fermeture des horecas en cas de saturation éventuelle des hôpitaux».

Et qu’on ne serve plus à David Leisterh «l’argument pas recevable des spécificités bruxelloises: Wallonie et Flandre ont aussi des disparités économiques» dans leurs centres urbains. Aussi le chef de file libéral salue-t-il le déploiement des VacciBus, des vaccins dans les centres commerciaux ou les antennes quartiers. Mais selon lui, «c’est très tard».



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