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CHAUMONT-GISTOUX

Des sorcières furent exécutées à Chaumont-Gistoux

Des sorcières furent exécutées à Chaumont-Gistoux

L’église Saint-Bavon, à Chaumont, sera au cœur des Journées du Patrimoine dans la localité. ÉdA - 501595628183

Aux Journées du Patrimoine, les 11 et 12 septembre, le cercle d’histoire de la localité a concocté un programme au titre évocateur: «Des saintes et des sorcières à Chaumont-Gistoux».

Chaumont-Gistoux participe aux Journées du Patrimoine le week-end des 11 et 12 septembre. Thème retenu cette année: les femmes. Le cercle d’histoire de la localité a concocté un programme au titre évocateur: «Des saintes et des sorcières à Chaumont-Gistoux». Des sorcières?

Aux XVIe et XVIIe siècles, plusieurs procès en sorcellerie se sont tenus à Chaumont et ont mené à l’exécution des accusés, par pendaison ou strangulation avant que leur corps ne soit brûlé.

«Pas quelque chose de rare»

«Il ne faut pas croire que c’était quelque chose de rare», commente Benoît Beyer de Ryke, historien et philosophe, collaborateur scientifique à l’ULB qui tiendra une conférence sur la sorcellerie, le samedi 11 septembre, à 17 h, à l’église de Chaumont, dans le cadre de ces Journées du Patrimoine.

Et de poursuivre: «On assiste à une vague de chasses aux sorciers et surtout sorcières au tournant des XVIe et XVIIe siècles, soit aux Temps modernes et non pas au Moyen Âge comme on le pense souvent. L’image et la hantise des sorcières se sont construites au Moyen Âge mais leur persécution est venue par après, aux Temps modernes.»

L’historien explique que l’Inquisition a été créée au Moyen Âge pour lutter contre les hérésies. Une fois celles-ci vaincues, «il y a eu un vide et l’Inquisition, remplacée plus tard par des tribunaux laïcs, s’est tourné vers la sorcellerie. À partir de là, l’image de la sorcellerie démoniaque se construit et aux XVIe et XVIIe siècles, il y a des exécutions de sorciers et sorcières dans pas mal de patelins du pays.»

«Des victimes innocentes»

La plupart des personnes condamnées sont «des victimes innocentes, jugées par une justice expéditive. Dans beaucoup de cas, elles pratiquaient la médecine par les plantes. Certaines vivaient à l’écart du village. Il y avait aussi des questions de jalousie.»

Par après, il y a bien eu des tentatives pour réhabiliter ces personnes, comme à Nieuport où sur la place, en face de la maison communale, on trouve la mention des personnes exécutées.

Mais pourquoi pourchasse-t-on les sorciers et sorcières? «Aux Temps modernes, nous sommes en plein contexte des guerres de religion, l’Europe est déchirée et tant les protestants que les catholiques ont poursuivi les sorcières et rejeté ces personnes qu’ils considéraient comme étant du côté du diable. Dans les campagnes, la christianisation n’est pas complète non plus et on va s’attaquer aux pratiques considérées comme païennes. Les raisons sont diverses et différentes hypothèses existent donc. Des historiens allemands pensent même à des raisons climatiques: il y a eu un refroidissement du climat, ce qui a entraîné de mauvaises récoltes. La population était donc à la recherche de boucs émissaires, de victimes expiatoires.»

«Suspectées de pactiser avec le démon»

À Chaumont-Gistoux, on retrouve la trace de procès en sorcellerie dans les procès-verbaux de la cour scabinale de Chaumont et dans un registre des décès, notamment.

Dans un article intitulé «Procès en sorcellerie à Chaumont» signé Robert Huughe que nous a transféré Benoît Beyer de Ryke, il est question de quatre procès en sorcellerie dont celui de Marie Stevenart, pendue le 21 août 1597.

L’année 1614 fut prolifique avec trois procès, ceux de Catherine Hacquedaulx, François Fecq et Jehenne Gillart (ou Jehanne Gillart).

Ceux-ci sont aussi évoqués par Philippe Martin, dans un article de Wavriensa, la revue du Cercle d’histoire, d’archéologie et de généalogie de Wavre et du Brabant wallon, paru en 1996 (tome XLV, n°4, pp. 131-141).

Dans cet article, «Vague de chasses aux sorcières», on peut y lire que ces personnes sont «suspectées de pactiser avec le démon». Les deux femmes ont été étranglées à mort tandis que l’homme est décédé en prison.

Ces personnes vivaient «dans le plus grand dénuement, puisque rien n’a pu être prélevé à leur domicile afin de pourvoir au coût desdits procès».

«La corde se rompit»

Philippe Martin relate les derniers moments de Jehenne Gillart. «Au moment de sa mise à mort, un incident inopiné survint: la corde avec laquelle le maître des œuvres étranglait sa victime se rompit, avant que celle-ci ne passât de vie à trépas. Une stupeur se propagea alors parmi les rangs de l’assistance, les gens croyant sans doute à une ultime intervention du malin en faveur de sa protégée. Il fallut donc renouveler l’opération, cette fois avec plus de succès.»

Il n’est pas clair si son corps a été incinéré ou non. Toujours est-il que ses restes ont été inhumés dans un cimetière consacré, celui de l’église de Chaumont, car elle s’était repentie.

Le pasteur de Thorembais-les-Béguines déposa toutefois une requête contre cette décision. Mais le seigneur local «fut confirmé dans son droit de rendre grâce en accordant une sépulture sainte et fut déchargé de l’accusation de porter offense à Dieu pour avoir autorisé un tel acte».

Le programme

Lors des Journées du Patrimoine (11-12 septembre), à l’église de Chaumont, conférence «La sorcellerie» par Benoît Beyer de Ryke (samedi 17 h); «Procès en sorcellerie» par la Compagnie du Mascaret (dimanche à 14 h, 15 h 30 et 17 h); visite des vitraux aux effigies de saintes (samedi de 10 h à 18 h et dimanche de 11 h 30 à 18 h). Réservations conseillées pour la conférence et les spectacles (010 68 90 82; a_mailleux_louette@yahoo.fr).

À l’église Sainte-Catherine de Bonlez, qui fête ses 250 ans, trois artistes à l’honneur: Jean Willame (sculpteur), Max van der Linden (céramiste) et Bernadette Bihain (vitrailliste). Samedi de 10 h à 17 h 30 et dimanche de 12 h à 18 h.

Port du masque à l’intérieur.


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