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JEMELLE

VIDEO & PHOTOS | À Jemelle, la rentrée les pieds au sec

Après un mois et demi de contre-la-montre, l’école communale de Jemelle est parvenue à accueillir ses 80 écoliers le premier septembre. Trois classes, le réfectoire et la salle de gym ont été remis en état.

Le 15 juillet, ce ne sont pas les écoliers qui envahissaient le rez-de-chaussée, la salle de gymnastique et la cour de l’école communale à Jemelle, mais bien l’eau, la boue et le mazout. La rentrée a donc été avancée au cœur de l’été pour la directrice Catherine Collignon, le corps enseignant et les nombreux volontaires armés de raclettes et de torchons. «Le mois d’août a été chaud, une vraie course contre la montre être prêts pour la rentrée de ce mercredi» souffle la directrice.

Le 15 juillet, l’eau est montée à 56 centimètres dans les classes de maternelle. La mesure est précise et suffisante pour que tous les meubles scolaires se retournent, vident leur contenu dans le tourbillon de boue alors en cours au cœur de l’école. La cave a été complètement submergée et le système de chauffage détruit. «Nous chauffons les classes en permanence avec des petits radiateurs d’appoint pour empêcher les moisissures. Tout l’été, on a dû placer des déshumidificateurs. Le pire, ce n’est pas l’eau, c’est la boue et le mazout» explique Alica, institutrice de maternelle.

Le sujet de la rentrée

Ce mercredi 1er septembre, parents et écoliers étaient invités à un déjeuner de rentrée dans la cour de l’école. L’occasion d’échanger sur l’incroyable été rochefortois. «Nous avons demandé une permanence psychologique au PMS, raconte Catherine Collignon, pour les enfants mais également pour les parents. Les trois quarts de Jemelle ont été inondés, cela laisse des traces et de l’émotion. C’est important que les familles puissent en parler.»

L’école a par ailleurs perdu une petite dizaine d’écoliers, forcés de déménager ailleurs suite à la destruction de leurs logements. Il s’agit en réalité d’enfants dont les familles bénéficient d’un logement public et qui ont été relogés dans d’autres localités. Et par conséquent, dans d’autres écoles. «Notre population est multiculturelle comme l’est le village de Jemelle, raconte la directrice, avec tous les logements sociaux, les habitations de Fedasil et autres logements privés qui ne sont plus salubres à Jemelle, c’est tout un pan de la population jemelloise qui n’est plus là. Cela nous oblige à un déficit d’élèves.»

Le sujet des inondations sera abordé en classes par les institutrices, de la maternelle à la primaire. «C’est inévitable, raconte Sylvie, institutrice maternelle, cela se fera probablement naturellement. Les élèves retrouvent les mêmes classes, mais tout le matériel a changé. Évidemment, ils auront des questions.»

Des torrents de dons

L’école a bénéficié de nombreux dons et la majorité des donateurs est issue de Flandre. Ces dons ont permis de meubler et équiper les classes et la salle de gymnastique en chaises, tables, jeux, outils de bricolage, armoires ou encore tatamis. «Nous étions le nez dans le guidon, gérer de tels événements, ce n’est pas notre métier. Je n’ai pas eu le réflexe de prendre le nom des donateurs au téléphone et suis dans l’incapacité aujourd’hui de tous les remercier personnellement. C’est un véritable regret» ajoute Catherine Collignon. L’école a croulé sous les dons, pour le meilleur, certes, mais cette générosité a aussi entraîné un travail conséquent de tri. Au grenier, bien au sec, l’établissement a créé un magasin pour offrir les surplus à qui de droit. Du côté des parents, la confiance envers le corps enseignant a été totale depuis le début. C’est le cas de Sabine et ses deux filles, Taylor et Ginger. Heureuse de rentrer à l’école en 3e primaire, cette dernière n’a jamais douté de retrouver sa classe malgré la catastrophe. «Nous avons été inondés aussi chez nous et étions donc trop occupés que pour venir aider l’école. Mais d’autres parents sont venus prêter main-forte» raconte sa maman, Sabine. La jeune écolière Eden et son papa sont tout aussi réjouis par la rentrée. «On fait confiance, c’est la commune qui gère cette école, on imagine qu’ils savent ce qu’il faut faire pour être prêt à temps.»

À 9 h, la cloche a retenti pour le début de cette étrange rentrée. Après le Covid en 2020, c’est le Covid et le sinistre en 2021. Les quelques 80 jeunes écoliers ont donc vécu cette première demi-journée dans des classes marquées de cicatrices discrètes des inondations. Il ne reste plus que quelques aménagements sur certains murs et portes pour retrouver des classes aussi intactes qu’en juin dernier.

Mais ce ne sont que des détails, qui ne peuvent noircir en ce premier septembre des tableaux où figure en grand «Vive la rentrée.»

 

 

Les inondations auront une influence sur le comptage

 

C’est l’inquiétude de beaucoup de petites écoles, le comptage des élèves. Le premier octobre pour les maternelles et le 15 janvier pour les primaires, la Fédération Wallonie-Bruxelles compte les élèves inscrits dans chaque établissement et ajuste le nombre d’emploi en fonction. La directrice de Jemelle, Catherine Collignon, plaide pour un gel du comptage cette année au vu des événements exceptionnels subis par certaines écoles. Le déménagement forcé de près de 10% des élèves dû aux inondations risque de déforcer l’école de deux mi-temps. «Mais la rentrée suivante, les logements insalubres seront probablement redevenus habitables. Et nous risquons alors d’entamer une année scolaire avec trop peu d’instituteurs pour le nombre d’élèves.»

 

 


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