TOURNAI

Le Tournai d’avant: quand la générosité était surtout privée

L'édifice d'origine, au 1 rue Barre st-Brice, de 1594 est intéressant pour la pierre gravée aux noms des fondateurs, Pierre Cazier et deux épouses.

Lorsque les révolutionnaires français décidèrent, entre autres ukases, de transférer, par la loi du 6 septembre 1797, tout ce qui ressortait des hôpitaux, veuves, fondations et «recrans» vers la structure nouvelle des Hospices Civils, cet organisme se vit confier le soin de gérer pas moins de soixante-trois établissements de charité publique qui cumulaient 180 000 francs, de dettes. Le «recran» Cazier, pris comme modèle, était du nombre.

Pour le salut de leur âme?

Dans les rues de la ville, il ne manque pas de rappels de cette charité voulue par nombre de bourgeois; c'était une maison, un capital avec, pour des jeunes filles isolées, de vieux ménages sans ressources, des ouvriers incapables d'encore travailler. L'administration en était confiée à un ecclésiastique, un bourgeois réputé honnête...

Évidemment, au fil du temps, la demeure se dégradait, les revenus financiers subissaient l'inflation, ce qui explique la dette que durent supporter les Hospices Civils. Quelle était la situation du recran Cazier? Les documents n'en disent rien.

Un notable

Pierre Cazier naît à Fleurbaix: il est seigneur d'Hauthinge, Tour-Baudrin, Camphin. C'est à Tournai qu'on le retrouve en tant que greffier de l'Échevinage de Saint-Brice – encore distinct de celui de la ville –. Un poste qui fait de lui un personnage important, au moins en rive droite.

Il épouse Françoise Robert le 20 juin 1575 dont il aura sept enfants. Les époux, par testament du 18 novembre 1605 «donnent une maison située rue Barre Saint-Brice, faisant le coin de la ruelle devant le cimetière de l'église, pour y loger six recrans ou gens cassés par le travail».

La nomination des pourvus et l'administration de la maison sont confiées aux élus de Saint-Brice et à deux des parents des fondateurs. Le droit d'entrée passe de six à douze livres, chaque ménage a sa chambre personnelle et tous sont tenus « d’'assister chaque vendredi à un messe en mémoire des donateurs au couvent des Capucins, d'y baiser la croix érigée devant et de prier à Saint-Brice pour le repos de l'âme de Pierre et Françoise»,

L'immeuble actuel est une reconstruction de 1759, la façade avec pignon à ailerons se termine par un fronton classique. Fin des années 80, elle fut enduite totalement.

Il en manque une

Devenu veuf, P. Cazier épouse en secondes noces, le 1er février 1607, en l'église Saint-Jacques, Jehanne Dennetières, famille bourgeoise très honorablement connue; il est aura un fils, Nicolas.

C'est ainsi que la pierre commémorative, au-dessus de l'ancienne entrée, fait état des noms et armoiries de Pierre Cazier qui sont «parti à dextre d'argent à trois étoiles d'or, au chef de sable chargé d'une rose d'or; à senestre d'argent à une demi-aigle de sable mouvant de la dextre de la partition». De part et d'autre sont sculptés les armoiries de Françoise Robert et Jehanne Dennetières.

La pierre commémorative était sans doute posée lorsque Pierre Cazier épousa Marguerite qui survécut à son époux.


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